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Le métier de théologien

La citation de la semaine

Tirée de Louis Bouyer, Le Métier de théologien, entretiens avec Georges Daix

« G.D. – La théologie est bien pour vous un métier ?

L.B. – Je dirais que le métier de théologien est essentiellement un métier d’interprète de la Parole de Dieu à la lumière de cette expérience que l’Eglise a d’elle-même et qui ne se sépare pas d’une expérience de l’humanité toute entière, qui se développe au cœur même de cette expérience de l’humanité pour la clarifier, pour la conduire sous la providentielle direction de l’Esprit à ce but que Dieu en créant le monde lui a assigné : la rencontre et l’union avec Lui. Le théologien doit donc être pourvu de solides connaissances philosophiques qui lui permettront l’étude des textes, des connaissances historiques pour pouvoir interpréter ces textes, et au-delà des textes eux-mêmes pour interpréter le mouvement de pensée et de vie qu’ils reflètent. Mais il doit surtout être rempli de docilité à l’égard de l’objet de la vérité révélée, ce qui n’est pas séparable d’une docilité envers son sujet, le sujet de la Foi qui reçoit la Révélation et qui est l’Eglise, l’Eglise toute entière. Le théologien qui prétendrait exercer ses facultés intellectuelles en dehors de tout le courant de la vie de l’Eglise, sans s’insérer lui-même personnellement aussi à fond que possible, en s’unissant à sa prière, en se pliant docilement aux directives de son magistère et en s’ouvrant à tout l’esprit de l’Eglise tel qu’il s’exprime dans toute sa tradition, spécialement la tradition liturgique, patristique et celle des grands docteurs, et bien ! ce théologien là ne serait pas un théologien ».

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Le voyage de Benoît XVI à Malte : l’analyse de Jean-Marie Guénois

Un texte important de Jean-Marie Guénois sur son blog du Figaro, après le voyage de Benoît XVI à Malte :

Religioblog

Sans doute le plus court voyage du pontificat de Benoît XVI, la brève escapade à Malte, pourrait rester comme l’un des plus importants.

Comment Jésus est devenu Dieu

Le livre de Frédéric Lenoir, à plus d’un égard bien ficelé, est sur le fond à l’image de son titre, « Comment Jésus est devenu Dieu ». Il explore la manière dont la théologie chrétienne a codifié le fait que Jésus était bien fils de Dieu, mais en prenant ses distances. Pour la tradition chrétienne, celle des conciles œcuméniques, Jésus est Dieu, deuxième personne de la Trinité. Pour ses opposants, le christianisme aurait « inventé » la divinité de Jésus.  Entre ces deux options, Lenoir tente une improbable synthèse. Jésus serait à tout le moins un pont singulier et unique entre l’homme et Dieu. Cela peut satisfaire notre époque syncrétique. Mais pas l’exigence chrétienne de la vérité. Dommage.

François Maillot

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Dictionnaire amoureux de Jérusalem

Jean Yves Leloup s’est prêté à l’exercice du Dictionnaire amoureux pour une ville fascinante et complexe : Jérusalem. C’est peu de dire qu’il réussit là une anthologie personnelle et remarquable.

« Jean-Yves Leloup, Docteur en philosophie, psychologie et théologie, écrivain, conférencier, dominicain puis prêtre orthodoxe,
il offre à travers ses livres, conférences et séminaires un approfondissement des textes sacrés, ainsi qu’une approche et une réflexion d’une grande richesse sur la spiritualité au quotidien grâce à une formation pluridisciplinaire d’une rare complémentarité. Membre de l’Organisation des Traditions unies, docteur honnoris causa es sciences à l’Université de Colombo (Sri Lanka), Jean-Yves Leloup enseigne en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud dans différentes universités et instituts de recherche en anthropologie fondamentale.
Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages et de traductions et commentaires des évangiles de Thomas, Jean, Philippe et Marie de Magdala, il participe à de nombreuses rencontres intertraditions. »

Un dimanche à Saint-Benoît

L’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire est amarrée sur les bords de Loire, tel un grand vaisseau de pierre blanche et d’ardoise.

Habitée aujourd’hui par une communauté bénédictine qui lui a redonné la vie en 1945, elle continue de s’inscrire dans cette longue et belle tradition monastique française.

Voici plus de trente ans que ceux-ci n’avaient enregistré de disque. Dès lors, en ce début de millénaire, aventure audacieuse et belle initiative pour cette communauté jeune et dynamique de tenter une nouvelle confrontation aux micros et à la technique.

Un dimanche à l’Abbaye mêle à la fois l’originalité des compositions modernes en français, certainement plus appropriées à l’office, et la tradition séculaire des grandes pièces grégoriennes de la liturgie de la messe.

Au « trois claviers » du grand orgue construit dans les années 80, on peut entendre quelques belles pièces d’orgue de J.-S. Bach, qui ponctuent les différentes parties des offices et s’insèrent en contre point des voix humaines.

On notera cette continuité et cette riche interaction de la tradition vers la modernité, mais aussi la maturation nécessaire au quotidien d’un répertoire nouveau, et pas toujours facile à chanter, qui prend doucement et enfin ses lettres de noblesse.

La prière de ces moines s’élève sous les voûtes de la basilique et le chant qu’ils nous offrent sur ce disque en est l’expression la plus « visible ».

Une magnifique réalisation !

Dominique Fournier

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Michael O’Brien, Père Elijah

On n’est pas forcé d’aimer les théories du complot. Elles ne donnent pas ce qui se fait de meilleur dans la littérature contemporaine, en témoignent les blockbusters de Dan Brown ! Force est de constater pourtant que dans le genre thriller comploteur, les nord-américains ont de vrais atouts. Ainsi en est-il de Michael O’Brien, canadien, auteur d’une poignée de romans apocalyptiques, dont ce Père Elijah que Salvator a eu la riche idée de publier.

En voyant combien, vous, lecteurs de la Procure, l’avaient plébiscité, et après qu’un religieux de mes amis m’eut susurré de me pencher sur le bouquin,  j’ai enfin ouvert Père Elijah. Et je l’ai dévoré ! Depuis la lecture de Millénium (dans un autre genre), je n’avais pas été autant scotché à une lecture, avec des effets secondaires perturbant gravement la vie familiale, du genre « je n’entends pas quand on me dit de passer à table ». Cette histoire d’un Juif polonais rescapé du ghetto de Varsovie, devenu homme politique israélien avant de se convertir au catholicisme et d’endosser l’habit brun des Carmes, est tout simplement fascinante. En effet, le père Elijah va recevoir du Pape une mission : celle d’infiltrer l’entourage d’un président mondial dirigeant en souplesse un univers suavement totalitaire. Cet homme, d’une aura et d’une intelligence exceptionnelles, vise en secret à détruire l’Eglise et la foi chrétienne et rallie à sa cause de hauts dignitaires de l’Eglise. Une figure de l’Antéchrist qui précipite le lecteur dans les temps derniers.

Tout dans ce livre est digne d’éloge : la construction, l’alternance de passages épiques et de moments d’introspection, la complexité des personnages, la montée d’un suspens qui pétrifie et, pour ne rien gâcher, une théologie parfaitement catholique et romaine ! C’est ce qui fait la différence avec tant d’ouvrages qui véhiculent une image acide et rance de l’Eglise, à fleurets mouchetés ou à ciel ouvert. Découvrez donc un grand écrivain catholique et offrez ce livre à vos amis, chrétiens ou pas. Cela les changera des fadaises convenues.

François Maillot

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Le militant et le baptisé

Parler d’un livre, c’est comme survoler un pays en avion. Quelle belle vue ! Ces lacs qui scintillent et ces routes qui serpentent, ces hauts reliefs modelés par un petit enfant, ces assemblages inspirés de rectangles et de carrés… Mais de derrière votre hublot  l’envie vous démange vite de descendre et d’aller voir de plus près. La vraie vie, quoi !  Vous promener dans les rues, entrer dans les maisons, goûter les plats, voir l’allure des femmes et le regard des vieillards…

Ainsi je ne vais pas parler dans les grandes lignes du dernier livre de Jean-Luc Marion, un recueil d’articles échelonnés de 1979 à 2009, présentés comme des « réflexions diverses sur la rationalité de la révélation et l’irrationalité de quelques croyants » ; je vais plutôt descendre sur terre et m’asseoir sur le bord d’un chemin.

Celui qui a succédé au siège du cardinal Jean-Marie Lustiger à l’Académie française critique de façon radicale la notion de « laïcat ». Pour lui, le laïc n’existe pas. Du point de vue du Christ, il n’y a ni laïcs ni laïcat, il existe seulement un peuple de Dieu dont le baptême entérine l’élection. Chrétien veut dire baptisé, point. Rien à rajouter. Si. Pour Jean-Luc Marion, quand on parle de « laïcat », il faut redouter le pire : le repliement du corps ecclésiastique sur lui-même, le « comble du cléricalisme ». Il apparaît au moment où l’Église croit pouvoir se définir à partir d’elle-même, au lieu de regarder Celui qui la constitue.

Pris à l’état achevé, le laïc est un « militant » que soutient une prothèse idéologique. Précision : le texte de Marion, qui remonte à un certain nombre d’années, semble parler d’une période presque révolue, où les idéologies extérieures  pouvaient secouer l’intérieur de l’Église avec violence – il renvoie d’ailleurs dos-à-dos les doubles « symétriques » du progressisme et du traditionalisme. Ce qui ne l’empêche pas de considérer comme une richesse, comme il l’a dit récemment, la coexistence  de différentes sensibilités au sein de l’Église catholique. Ce qui compte, c’est l’unité de la foi.

Mais au-delà de ce qui est circonstanciel, la réflexion du philosophe chrétien reste percutante. Elle garde son pouvoir d’irradiation pour la raison qu’elle renvoie à la condition du baptisé. La tentation du « militant », quelque forme que prenne la « cause », c’est de parler et d’agir en « adulte » et non en enfant de Dieu. Le militant chrétien, même s’il agit au « service de ses frères », se possède, se maîtrise et a déjà réglé son propre cas. Du moins le croit-il. Le baptisé, lui, se sait pris dans son propre péché. Il ne se cache pas la réalité. La réalité, c’est ce qui résiste. Il annonce le Christ d’abord par des reniements et des atermoiements, enfin par des risques et des peines, ce qui ne l’empêche pas de passer par des rechutes et des égarements. Il entend pourtant une voix qui l’appelle… et il connaît cette voix.

Jean-Marc Bastière

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Hammerstein ou l’intransigeance

Est-ce une biographie ? Est-ce un roman ? L’écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger publie un récit consacré au général Kurt von Hammerstein. Ce chef d’état major général de la Reichwehr, à l’instar d’un Tresckow,  vit très tôt le péril Hitler. Il ne s’en cacha pas. Mais Hammerstein, c’est plus qu’un homme, une famille. En apparence, c’est la famille von Trapp, celle de la Mélodie du bonheur : nombreuse, chrétienne, conservatrice. Les événements en décideront autrement. L’auteur brosse une vasque fresque de l’Allemagne weimarienne : on croise Hindenburg, Schleicher, Beck, Papen, tant d’autres qui furent des acteurs – parfois des complices de l’ascension de Hitler. Impuissance, complaisance, cynisme, angélisme, la haute société passe par tous les états d’esprit. La relation des contacts entre le haut commandement allemand et son homologue soviétique dans les années 20 est confondante. Au fil des pages, le puzzle prend figure : Hammerstein a beau occuper les plus hautes fonctions dans l’armée, sa méfiance pour le nazisme est immédiate. Il déclare au début des années 30 : « Nous avons plongé la tête la première dans le fascisme. Le peuple allemand est saoul à 88% ». Ses filles lisent Marx et Engels et fréquentent l’intelligentsia progressiste ou franchement communiste, souvent d’origine juive. Leur liberté de pensée et de moeurs est inouïe. Les Hammerstein vivront sous le régime nazi dans une relative impunité, passant d’une résistance instinctive à un rôle plus actif. Une partie de la famille – le général est mort en 1943 – sera déportée à Buchenwald en mars 1945.

Enzensberger s’autorise tout : romancier, il se résigne pas à la seule narration historique. Il imagine des entretiens imaginaires posthumes avec quelques uns des protagonistes. Ses dialogues rehausse un récit au demeurant très documenté, fourmillants de faits, de dates et de noms. Des photos de famille achèvent de conférer de la vie à cette reconstitution. L’une d’elles montrant Marie Therese von Hammerstein à califourchon sur une moto montre l’atmosphère qui régnait dans ce clan, mieux qu’un long discours sur le féminisme dans l’Allemagne de Weimar. Marie Therese, Marie Luise, Helga, Hildur, il y a quelque chose du destin des sœurs Mitford dans cette famille : inattendu, imprévisible, passionnant. Ainsi, Marie Luise, épouse von Munchhausen, choisit après la guerre de vivre en RDA, défendant le communisme avec une ardeur assez éloignée de ses origines aristocratiques.

L’auteur fait le pari difficile de nous introduire dans les interstices de l’histoire. Notre mémoire contemporaine conçoit le nazisme comme un bloc inexpugnable. Enzensberger installe son histoire dans une brèche où des hommes et des femmes purent penser, agir, résister à la dictature implacable établie par Hitler. Hammerstein ou l’intransigeance est donc une occasion de réflexion sur le combat contre le mal.

Etienne De Montety

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Histoire de la philosophie française au XXe siècle

Jean-François Petit présente son Histoire de la philosophie française au XXe siècle.

Un excellent guide pour comprendre la pensée des grandes figures philosophiques de ce siècle, de Blondel à Deleuze, dans leur dialogue avec le christianisme.

Jean-François Petit, assomptionniste, est maître de conférences à la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris.

Il collabore régulièrement aux pages « Livres » du journal La Croix.

Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il a publié notamment Saint Augustin et l’amitié (Desclée de Brouwer,
2008) et Une société en quête de sens politique (Desclée de Brouwer, 2009).

Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme, et la force d’aimer ?

L’on se souvient de la question fameuse posée par l’un de nos poètes : Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme, et la force d’aimer ? Pour autant, pas une once de romantisme en écharpe dans le dernier livre de Florence Delay dont la brièveté n’a d’égale que la pudeur, mais une pudeur souriante, dégagée, comme celle dont s’entoure un adieu. Lorsque l’on reçoit un pareil livre un mercredi des Cendres, l’on ne peut manquer d’établir à part soi quelque concordance : ce que l’on pressentait, ce que l’on attendait se trouve confirmé par les dernières pages, puisque aussi bien celle qui nous fait les honneurs de sa collection nous entraîne pour finir sur ses propres pas de paroissienne…

Je ne sais si pas si c’est très catholique, mais j’ai trouvé la fête liturgique qui leur convient. Elle revient à jour fixe, chaque année : c’est le mercredi des Cendres. Chaque mercredi des Cendres je fête mes cendriers. Et pas seulement eux, mais la part de moi qui leur échappe. Le mercredi des Cendres, je rabaisse mon corps, simple particulier, je sors plus tôt que de coutume et me dirige d’un bon pas vers ma paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, où je tends le front, courbe l’échine (…) La grande période des Pâques chrétiennes qui commence ce jour-là s’achève à la Pentecôte par un violent coup de vent et la venue du feu. Le feu succède à la cendre. C’est le monde à l’envers. Je crois au monde à l’envers et à la réversibilité des mérites (p. 130-131).

Sans doute n’est-ce pas très convenable de commencer un livre par la fin, encore moins de le faire découvrir à autrui par ses dernières pages, mais décidément ces « confessions » finales s’accordent merveilleusement à la saison pascale où nous sommes et, surtout, fournissent la clef – la très profonde clef – de ce petit livre qui cache une exquise gravité sous les commodités qu’il considère tour à tour avec émotion, avec détachement, avec humour. C’est l’art proprement spirituel de certains esprits que d’énumérer sans façon les choses de la vie, pour s’être aperçus du génie qu’elles possèdent de cristalliser autour d’elles tout un monde et de le rassembler pièce à pièce, de mémoire, pourvu bien sûr qu’on l’ait précise et délicate. Mais que l’on ne s’y méprenne pas : en racontant sans vergogne ses cendriers (quel courage, soit dit en passant, en ces temps qui se montrent si puritains sur de menus divertissements et si indifférents à de tout autres miasmes !), Florence Delay n’entreprend nullement une autobiographie. Elle demande expressément à ses petites soucoupes analphabètes de l’aider à raconter des histoires non sentimentales (p. 36). Elle sait d’expérience et prouve en effet que les choses de notre entourage sont nos interprètes les plus sûrs, elles qui nous provoquent à parler de nous-même à notre insu, dans une sorte de discours indirect. En touchant à tout – et jusqu’à de délicieuses et fragiles bagatelles – nous touchons à l’intime de nous-même et nous avons de surcroît la grâce de toucher certainement autrui.

Prestigieux ou ordinaires, les cendriers font indéfiniment allusion. À des voyages, à des circonstances, à des êtres, à des rues, à un monde révolu aussi bien que contemporain. À un monde à venir aussi, puisque, pour Florence Delay, comme pour Paul Claudel, les cendres évoquent des semences. Et c’est ainsi qu’ils composent le canevas d’une vie. Le miracle de ce petit livre, c’est que les bibelots ne donnent lieu à aucune « inanité sonore » et que l’accessoire – ou plutôt le nécessaire de cet indispensable superflu qu’est la fumée (comme il en est, comme il en faut d’autres dans nos vies pour qu’elles soient humaines) – fournit prétexte à tout autre chose qu’à un badinage sémillant. Les cendriers sont aussi sérieux, aussi utiles que des miroirs pour ce qui s’apparente bel et bien à un exercice spirituel, et l’inventaire débouche  tout à coup sur des saillies, des sous-entendus d’une étonnante profondeur :

Donner le bonjour aux morts avant de vous adresser aux vivants. Bonjour, sempiternellement bonjour. Une pensée pour celle qui s’endormit en fumant et mit le feu à elle-même (p. 37).

La cendre est chaste. Le Poverello d’Assise en saupoudrait les plats quand ils lui semblaient trop savoureux. C’est cela être un saint.  Lors d’une de ses dernières visites à saint Damien, au lieu de prêcher aux Pauvres Dames, il versa de la cendre sur son corps et chanta le psaume Miserere (p. 88)

On appellerait volontiers humilité ce qui fait le fond de ce livre, ce qui le signe. Mais une espèce très fine d’humilité, pleine d’esprit, et dans la plus complète apesanteur de soi.

fr. François Cassingena-Trévedy, osb

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