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Psaumes de Joseph Gélineau

Ce coffret de 4 CD représente le plus bel hommage que pouvaient rendre les Ateliers du Frêne – Studio SM au Père Joseph Gélineau. En effet, qui mieux que ce jésuite exceptionnel, musicien et bibliste, aurait su « habiller » les 150 psaumes d’une musique qui leur sied bien. On retrouve dans ce coffret un choix de plus de cinquante psaumes !

Cette anthologie enregistrée sur près de 5o ans peut apparaître à première vue, mais seulement à première vue, comme un peu composite. On retrouvera ainsi certains psaumes dans la traduction de la Bible de Jérusalem à une époque où celle-ci n’était pas encore supplantée par la traduction liturgique œcuménique; de même pour l’interprétation des psalmodies la chorale Brasseur et les moines de Tamié se partagent à proportion égale l’ensemble de ces disques. Il est intéressant de voir aussi que certains psaumes ont reçu des mélodies différentes.

Nous constatons qu’au delà du document historique que représente un tel coffret, ces airs ayant bercé des années durant les séminaires et autres choeurs de paroisses, ils témoignent au fil des ans du rayonnement qu’à eu ce grand pionnier de la musique liturgique en français. Vatican II ouvrait certaines portes à un renouveau liturgique que le Père Gélineau, dans son domaine, a su porter à son zénith.

Un indispensable du répertoire liturgique et religieux.

Dominique Fournier

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Maurice Barrès, les déracinés

Quoiqu’il faille louer les éditions Bartillat de l’avoir réalisée, j’ai grand peur que cette réédition d’un des plus grands romans français ne passe une fois encore inaperçue. S’il est un maudit dans notre littérature, ce n’est pas Artaud, ce n’est pas Sade, ce n’est aucun des poètes qui en revendiquèrent plus ou moins l’étiquette, c’est Maurice Barrès (1862-1923). Barrès commit une faute réelle : il fut antidreyfusard. Il eut ensuite un malheur : être condamné par les surréalistes (qui en réalité l’admiraient comme un maître). Après cela, Aragon comme Mauriac, Malraux comme Montherlant, eurent beau clamer toute leur vie qu’il était un grand écrivain, passez muscade… En France, tout est question de mode, disait Stendhal ; et Barrès fut démodé.

Lisons pourtant les trente premières pages de ces Déracinés (1897), qui mettent en scène une classe de philosophie à Nancy, en 1879. Et comparons, par exemple, à Entre les murs, de François Bégaudeau, si l’on veut savoir ce qui s’est horriblement perdu, en un siècle, en termes d’exigence éducative et de respect des adolescents. Déjà, vous pleurerez. Est-ce à dire que tout allait mieux ? Non, bien sûr. Le professeur, Paul Bouteiller, un de ces admirables boursiers, kantiens et républicains, qui firent la grandeur de l’enseignement à cette époque, est aussi un homme qui va détourner quelques jeunes gens de leur enracinement lorrain, pour les jeter, munis d’idées générales, sur le pavé de Paris. Il croit les élever, il va les perdre. C’est l’obsession de Barrès : le lien à la terre, à l’origine, à ce qu’il appelle « la race » (mais qui ne peut apparaître comme « raciste » qu’aux yeux d’un imbécile d’aujourd’hui.) D’ailleurs, oublions même les idées de Barrès – romancier parfois pontifiant, c’est son seul défaut. Et suivons dans Paris François Sturel, « tout composé de désirs et de dédains » ; Renaudin, plus réaliste, plus astucieux, qui devient journaliste ; Suret-Lefort, moins inspiré, qui se fait avocat. Cependant que leur maître à tous, Bouteiller, s’éloigne de l’enseignement pour viser une carrière politique.

Leurs idées. Leurs questions. Leurs amours (la merveilleuse Orientale Astiné Aravian, initiatrice de Sturel ; la pathétique Léontine, maîtresse d’un de ses camarades). Et puis Paris. La République naissante, qui célèbre Gambetta, et porte au pavois Ferry avant Clemenceau, au prix de mille convulsions sociales et religieuses. Les coulisses politiques, les ambitions, les compromissions, les calculs. Toute une époque. Et le romancier portant sur sept jeunes gens un regard à la fois impitoyablement lucide et fraternel. Tout culmine pendant la folle semaine de la mort et des funérailles de Hugo, évoquées avec une puissance inégalée (sauf par Léon Bloy dans Le Désespéré). Là va se nouer définitivement le destin de ces jeunes provinciaux. Dont l’un finira sous la guillotine. Je passe les détails. Lisez.

Barrès n’écrit pas comme Balzac, ni comme Stendhal, ni comme Flaubert. Il écrit comme lui-même. Solennel, un peu phraseur, parfois fulgurant. Mort de Hugo ? « Des parlementaires venaient au cadavre pour lui emprunter de l’importance… » Il y a mille traits de ce genre dans la prose de Barrès. Si ça intéresse encore quelqu’un de savoir ce que fut la France de ce temps (à peine plus d’un siècle ), c’est là qu’on le trouve. Chez l’admirable Maurice Barrès. Dans ce très grand roman notoirement inconnu…

François Taillandier

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Le théâtre divin, une histoire de la messe

Le principal mérite de Philippe Martin dans son livre est de tordre le cou à un poncif sacrément coriace sur la messe dominicale : l’histoire de la messe aurait été une histoire sans histoires ; du Concile de Trente (1545-1563) à Vatican II (1962-1965), le missel romain aurait établi l’unité et la paix liturgiques dans toute la catholicité sans provoquer la moindre vague, le moindre tumulte. Cette vision est passablement irénique, argue cet historien lorrain, spécialiste des dévotions. Elle dénie même la vérité historique, estime ce professeur d’histoire moderne à l’université de Nancy II. Pour restituer ces quatre siècles de querelles liturgiques, il a concentré ses recherches sur la réception en France du Concile de Trente. En dévoilant une impressionnante collection d’archives aussi variées que surprenantes, il relate avec beaucoup d’érudition et aussi de truculence les joutes et les turbulences auxquelles a donné lieu l’introduction du rite tridentin dans la mère patrie de Blaise Pascal, lui qui voyait en la messe une « chose si grande et si sainte ».

De la lecture de ce passionnant livre d’histoire religieuse, il ressort au moins deux enseignements qui pourront éclairer utilement notre approche de l’actualité liturgique : celle-ci a été relancée par la décision récente du pape Benoit XVI de normaliser la pratique de l’ancienne liturgie, dite la messe de saint Pie V.

Le premier enseignement est la nature foncièrement passionnelle des débats que suscite la messe. D’abord, la messe idéale demeurera un rêve impossible en ce monde puisqu’elle fut instituée des mains mêmes du Christ. Elle enflamme donc les imaginations, mais aussi les interprétations et les frustrations. Ensuite, Philippe Martin montre comment les clercs et les fidèles investissent beaucoup d’eux-mêmes dans ce temps et cet acte liturgiques qui représentent l’acmé de leur foi. La messe « conduit du sensible au spirituel pour entraîner le cœur et l’intelligence » note l’historien pour souligner ses aspects hautement psychologiques.

Le deuxième enseignement éclairant de ce livre est que la messe ne peut pas se soustraire aux variations et aux évolutions du monde alentour. Le rêve tridentin d’instaurer une messe identique en tout temps et en tous lieux s’est avéré utopique pour cette raison : jusqu’en 1875, l’évêque d’Orléans a ainsi pratiqué un autre rite que romain !

Une des idée-force de cette histoire instructive et savoureuse de la messe, réside peut-être dans cet avertissement conclusif de l’auteur :

« Vouloir enfermer la messe en un temps immobile, celui d’une liturgie issue d’une tradition posée en paradigme, est impossible. La tradition n’est que le moment du passé que l’on choisit de magnifier, pas une donnée définitive… »

Michel COOL

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L’auteur du mois : Christoph Theobald

Chronique pour l’émission l’Esprit des Lettres de mars 2010

Jean-François Rod présente l’œuvre du théologien Christoph Theobald

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La création pour quoi faire ?

Et si l’on convenait que la foi est un double mouvement, d’expansion et de concentration, d’inspiration autant que d’expiration, de souffle donné et repris (lisez à ce propos le beau livre récent de Jean-Louis Chrétien, Pour perdre et reprendre haleine, Bayard, 2009), que son lieu est partout, dans le cœur aussi bien que dans l’univers ? Un pas encore, et l’on admettrait sans beaucoup d’effort que ce mouvement, en réalité, est unique et que le cœur de l’homme et celui du monde sont intimement solidaires. Et que d’ailleurs la Révélation ne dit rien d’autre. Que le grand récit de la Création et celui de la L’Incarnation du Verbe se suivent et se ressemblent.
Généralement, ces questions sont laissées aux spécialistes, et le néophyte – l’auteur de ces lignes en est un – ne s’aventure pas dans de tels territoires de pensée. Mais c’est précisément là qu’intervient un jeune homme de 83 ans, Jean Bastaire, pour nous débarrasser de toute timidité. Pour secouer notre égoïste quiétude, sans pour autant nous attirer vers de suspects vertiges. Depuis une vingtaine d’années, ce fils de l’Ecole républicaine, grand spécialiste de Charles Péguy, poète et penseur qui a définitivement réconcilié intelligence et générosité, foi et énergie vitale, se bat Pour une écologie chrétienne – un de ses livres porte ce titre (Cerf, 2004).
A l’écoute des Saintes Ecritures, de Teilhard de Chardin et de Claudel, mais aussi de toute la tradition, des Pères de l’Eglise à saint François d’Assise, il démontre inlassablement que la Terre n’est pas l’espace de notre exil ou de notre relégation mais le royaume, la maison que Dieu nous a confiée. Loin de tout panthéisme, il nous invite à considérer qu’« aucune opposition n’existe entre la matière et l’Esprit, pas plus qu’entre l’argile et le potier ». Pour avoir un sens, le salut doit aussi être celui de toute la Création, et « tenir ensemble les deux bouts du mystère de l’Incarnation ». Comme le Christ réunit « les deux natures, terrestre et céleste, humaine et divine ».
Les deux livres que Jean Bastaire publie aujourd’hui prennent place parmi la dizaine d’ouvrages – essais et anthologies – qui figurent déjà dans le chapitre « écologie » de sa riche bibliographie. Le premier, La Création, pour quoi faire ? est une réponse à la dangereuse naïveté des courants créationnistes. Mais plus qu’une thèse ou une démonstration, c’est une méditation haute et large, informée et chaleureuse, que nous propose l’auteur. Pâque de l’univers est un livre plus intime et mystique, mais qui regarde vers le même horizon. Citons ces quelques phrases : « Le salut n’est pas de s’évader du temps, mais de l’assainir. Le temps malade est guéri par l’éternité. (…) Le mal obstrue cet élan. L’éternité est étouffée dans un temps qui ne respire plus à son rythme initial et finit par expirer sur les lèvres du créé… » Ou celles-ci : « Innocente de la faute humaine, la création entière est crucifiée avec les hommes. Le Christ ne laisse rien hors du pouvoir de sa vulnérabilité… »
Certains livres nous donnent des forces neuves, une énergie dont nous nous ignorions capables. Ainsi ceux de Jean Bastaire.

Patrick Kéchichian

L’Evangile de la Résurrection

La citation de la semaine :

« Nous ferons attention à ne pas séparer mort et résurrection. Si nous les séparons, comme on le fait trop souvent, toute l’oeuvre du salut se résume dans la souffrance endurée par Jésus en expiation de nos fautes par ordre de la justice divine, et sa résurrection, détachée de l’histoire, se réduit à sa glorification en Dieu et à la récompense qui nous attend au ciel ; du coup, nous nous empêchons de voir dans la mort de Jésus le pardon gratuit du Père, la marque suprême de son amour, et de voir notre résurrection s’accomplir en celle de Jésus par le travail de son Esprit en nous.

Tandis que, si nous les gardons unies, nous verrons la puissance de sa résurrection oeuvrer d’avance dans sa mort à la destruction de toute mort, et sa mort produire du fruit dans sa résurrection, une semence de vie éternelle, l’Esprit d’immortalité qui habite en nos corps pour les conduire à la résurrection. »

Joseph Moingt s.j.

Voir le livre de Joseph MOINGT s.j.

Coup de coeur : Quand Dieu s’en mêle – paroles de catéchumènes

Chronique coup de cœur pour l’émission l’Esprit des Lettres de mars 2010

Le coup de cœur de Mathilde Mahieux  :

Quand Dieu s’en mêle – paroles de catéchumènes

L’énigme du Suaire

Jusqu’au 23 mai prochain, deux millions de visiteurs sont attendus à Turin pour l’ostension du Saint-Suaire. Une bonne occasion de reposer la question : cette bande de lin est-elle l’authentique linceul qui a servi à ensevelir le Christ ? Des dizaines de livres ont tenté d’éclaircir le mystère. L’ouvrage que publie l’Anglais Ian Wilson présente le mérite de faire le point à partir des derniers développements scientifiques et historiques sur le sujet.

Fantastique énigme que le Saint-Suaire ! Attesté en Europe en 1357, conservé à Turin depuis 1578, il pourrait être le Mandylion, une représentation de Jésus qui était visible à Édesse (aujourd’hui Urfa, en Turquie) au IVe siècle, et qui passait déjà pour une relique incontestable. En 1988, les résultats d’une analyse au carbone 14 ont conclu que le Suaire était un faux, fabriqué au Moyen Age. Le problème, c’est que pour commettre leur mystification, les supposés faussaires ont dû recourir à des connaissances en anatomie, en pathologie, en anthropologie, en ethnologie et en archéologie qui n’existaient pas à leur époque. En 2005 et en 2008, des responsables de la datation au carbone 14 de 1988 ont confessé que leurs analyses avaient pu être faussées…

Reprenant l’ensemble du dossier, Wilson montre que l’homme du Suaire était un Sémite âgé de 30 ans, et qu’il est mort supplicié dans des conditions qui correspondent exactement au récit de la passion de Jésus. Avec prudence, l’auteur ne tire aucune conclusion définitive, car les recherches continuent. Jean-Paul II qualifiait le Saint-Suaire de « provocation à l’intelligence ». Justement, ce livre fait appel à l’esprit critique du lecteur.

Jean Sévillia

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Chronique actualité, Esprit des Lettres mars 2010

L’actualité du libraire, par François Maillot

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Méditations métaphysiques de Descartes

Citation de la semaine :

Nous avons une impuissance de prouver, invincible à tout le dogmatisme. Nous avons une idée de la vérité, invincible à tout le pyrrhonisme.

Descartes infirme la première partie de cette pensée pascalienne, et donne, comme personne avant lui, un contenu à la seconde. Il montre ainsi qu’une certaine conception classique de la philosophie conçue comme recherche de la vérité n’est pas vaine ou à tous égards insensée. Aux inévitables heures de doute, d’inquiétude et de fatigue, quand le découragement intellectuel saisit ou accable, lorsque tentent les séductions et facilités toujours renaissantes du scepticisme, ceux qu’intéresse encore cette conception pourront relire les deux premières Méditations pour puiser réconfort et confiance dans la puissance rare qui en émane, et , rassérénés, se remettre au travail.

Denis Moreau, revue Études, février 2010

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