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Le chemin de croix d’un converti

Joseph Fadelle, Le Prix à payer, éditions de l’Œuvre

L’histoire est authentique : elle s’est déroulée entre 1987 et 2001. C’est seulement maintenant que nous la découvrons, à travers un ouvrage qui est en train de se faire une belle place en librairie, sans soutien médiatique, par les seules vertus du bouche à oreille. Pourquoi ce succès ? Parce que l’aventure racontée ici est dramatique, parce qu’elle constitue un vrai témoignage de foi, et parce qu’elle bouscule nos consciences endormies de chrétiens occidentaux.

En 1987, Mohammed, un Irakien issu d’une grande famille chiite, est confronté, lors de son service militaire, à un conscrit chrétien. Par son truchement, c’est Jésus qu’il va rencontrer. De retour à la vie civile, le jeune homme n’aspire plus qu’à se convertir, ce qui est interdit aux musulmans. Dès lors, il entre en conflit avec sa famille et son milieu. Pour parvenir à ses fins, il va devoir acquitter « le prix à payer ».

Ce prix, pour lui, sera lourd : la prison, l’exil en Jordanie, une fatwa, un attentat fomenté par ses propres frères, la longue attente avant d’obtenir le baptême (les Eglises d’Orient étant contraintes à la prudence), et enfin, en 2001, la fuite vers l’Europe. Baptisé sous le nom de Joseph, ce converti vit aujourd’hui en France avec sa femme – elle aussi convertie – et ses enfants.

Le récit de Joseph Fadelle ne doit pas être le prétexte à des extrapolations abusives. Il serait cependant aveugle de ne pas voir ce qu’il illustre. Pour être particulier, ce cas apporte un témoignage éclairant sur le sort des chrétiens dans les pays musulmans, et pose la question de la criante dissymétrie du christianisme et de l’islam en ce qui concerne la liberté religieuse. Un avertissement pour l’avenir ?

Jean Sévillia

En avant, route ! Sur les chemins de Compostelle

Alix de Saint-André, En avant, route ! Editions Gallimard, 2010

Alix de Saint-André, ancienne journaliste de Elle et de Canal + a pris à trois reprises la route de Compostelle, et pourtant elle déteste marcher. Une de ses amies dit d’elle qu’elle rentre au restaurant en voiture. Alors est-ce par défi ou par volonté de méditer loin des siens ? Plus on marche dit-elle, plus on se tait sur soi même. De ces voyages, elle a construit un récit charmant et gracieux, revigorant et sans concessions. Elle n’idéalise pas Compostelle : le mal de dos, les ampoules, les odeurs et les ronflements des compagnons de dortoirs, les vilaines banlieues quand on approche des villes suivi par les aboiements des chiens, tout y est dépeint et avec quelle drôlerie, mais derrière tout cela affleure la fois son incroyable volonté, elle veut y arriver même si elle peine, et sa très grande humanité, elle est riche d’une inépuisable réserve d’amitié et d’une capacité de s’émerveiller sur les paysages parcourus. Quelle émotion quand elle évoque des amis trop tôt disparus ou la figure de son père dont elle brosse un si beau portrait !

Alix de Saint-André n’est évidemment pas la première à avoir pris la plume pour raconter le chemin « el camino » comme on dit, mais elle a su comme personne trouver le ton juste et sensible, drôle et grave, pour nous dire qu’au fond toute vie est un pèlerinage.

Bertrand Deschamps

L’œuvre de Newman : une présence et une humanité remarquables.

Jean Honoré, La pensée de John Henry Newman, Une introduction, Ad Solem, 2010
Ramon Fernandez, Newman, Ad Solem, 2010

En un peu plus d’un siècle l’Angleterre a donné au catholicisme deux de ses génies : John Henry Newman (1801-1890) et Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Si dissemblables soient-ils, ces deux auteurs ont en commun, outre la conversion de l’anglicanisme à la religion romaine, un goût prononcé pour la spéculation intellectuelle. Le premier sera béatifié par Benoît XVI en septembre prochain, lors de la visite historique que le pape effectuera en Angleterre. Du second, on lira avec profit, bonheur et même jubilation, la toute nouvelle traduction, aux éditions Climats, de ces maîtres livres que sont Hérétiques et Orthodoxie, qui datent respectivement de 1905 et de 1908.
Avec le cardinal Newman, nous sommes évidemment dans un autre univers mental. Cependant, il serait injuste de ranger Chesterton dans la catégorie des ironistes ou des faiseurs de paradoxes tandis qu’on relèguerait le maître d’Oxford dans les rigidités de la hiérarchie ecclésiastique. La liberté de ton, le goût de la discussion, la place faite à l’affect et à la personnalité, donnent au contraire à l’œuvre newmanienne une présence et une humanité remarquables. Ainsi, les admirables Sermon paroissiaux (Cerf, huit volumes, 1993-2007), qui datent de la période anglicane, constituent l’un des sommets de la prédication chrétienne moderne et répondent parfaitement au but que leur assignait l’orateur : « nous faire tourner le regard vers notre cœur pour le sonder » tout en « allumant » en nous « le visage du Christ ».
Le cardinal Jean Honoré a publié plusieurs ouvrages clairs et informés sur Newman. Dans le dernier en date, le plus synthétique, il montre la cohérence entre la réflexion doctrinale, théologique, du prélat anglais et son expérience humaine et religieuse. « Ses idées théologiques, écrit Jean Honoré, suivent le canevas de son anthropologie et de sa spiritualité ».
Mais après avoir conseillé cette éclairante lecture, je voudrais m’arrêter sur un autre ouvrage consacré à Newman, plus inattendu, plus intrigant… Ramon Fernandez, on s’en souvient, fut l’un des grands critiques littéraires de l’entre-deux guerres, notamment à La NRF. Un peu plus tard, il se fourvoya gravement dans la Collaboration, puis mourut en août 1944, à l’âge de cinquante ans. Les deux articles ici rassemblés, sont encadrés d’une préface d’Irène Fernandez, philosophe, fille de l’auteur, et d’une postface de son frère, l’académicien Dominique Fernandez, qui consacra à son père un livre (Grasset, 2008).

On pourrait s’étonner de l’intérêt de Ramon Fernandez pour Newman, dont il ne partageait nullement la foi. Mais c’est justement cette extériorité qui fait le prix de son analyse. Partant d’un parallèle avec Proust, Fernandez détaille la manière dont Newman résout la question des rapports de la croyance et de la raison. Ce n’est pas au terme d’une pure opération intellectuelle que la foi prend, dans le cœur, la fermeté d’une certitude qui, « par une décision créatrice, dépasse la limite des probabilités ». La sensibilité et l’intuition personnelles jouent un rôle essentiel. Loin de « modérer l’audace de l’imagination », le mystère chrétien, « la réchauffe à la chaleur d’une présence ineffable qui l’accompagne dans tous ses détours » écrit Fernandez à l’écoute de Newman.
Patrick Kéchichian

Marie de Hennezel et Bertrand Vergely, Une vie pour se mettre au monde

Marie de Hennezel et Bertrand Vergely présentent leur dernier livre : Une vie pour se mettre au monde.

« Nous avons une vocation, celle de devenir. Devenir signifie que nous avons un avenir. Notre vocation est la vie. De plus en plus de vie ». Avancer en âge, à la lecture de ce livre, devient une merveilleuse perspective, un chemin plein de vie, de promesses, de confiance, de joie et de paix. A lire sans modération.

Si des petits cochons pouvaient voler

L’humour anglais nous surprendra toujours ! Le simple titre de ce Cd et l’illustration de sa pochette en sont une preuve qui ne le dément pas ! « Pigs could fly … si des petits cochons pouvaient voler ». Mais où est le rapport, me direz-vous ? C’est tout simplement le titre de la première chanson qui a donné son nom à ce nouveau disque du célèbre Chœur anglais The new London Children’s Choir. Nous n’en saurons guère plus, l’éditeur ayant refusé de transmettre le texte de cette chanson pour raison de droits d’auteur… ah ! Ces Anglais… !
Mais revenons à nos chères têtes blondes qui chantent si merveilleusement ici. C’est un vrai tourbillon de vie qui emplit votre maison dès que le disque commence.
En route pour 35 plages de joie et de lumière, où alternent chansons religieuses et profanes. Les quatorze compositeurs anglais du XX° siècle, choisis pour ce récital, s’inscrivent parfaitement par leur style d’écriture, à la fois léger et vivant, dans la longue tradition de la musique chorale anglaise. Point d’orchestre ni d’orgue comme dans les grandes cathédrales, non, juste un piano qui apporte sa note instrumentale et claire à un ensemble qui ne manque ni de justesse ni de précision.
Mais la surprise, c’est la joie de ces enfants qui chantent comme ils respirent et savent communiquer leur émerveillement à l’auditeur. Tous les textes sont simples, ils parlent des fleurs et des oiseaux, des hommes et de la Création, de Dieu aussi, le tout baignant dans un univers très poétique.
Une tonicité et un vrai rayon de soleil pour votre journée. Croyez-moi !
Nous ne saurions que vous recommander ce disque. En écoutant plus particulièrement les plages 1, 14 et 23 … vous comprendrez notre enthousiasme!

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Dominique Fournier

Guillaume de Thieulloy, Le pape et le roi [vidéo]

Guillaume de Thieulloy présente son livre « Le pape et le roi : Anagni, 7 septembre 1303″ aux éditions Gallimard

Le directeur de la publication du blog « Osservatore vaticano », Guillaume de Thieulloy, a 36 ans, il est journaliste et écrivain.
Il dirige notamment l’hebdomadaire politique et économique « Les 4 Vérités hedo ».
Docteur en sciences politiques et titulaire d’une maîtrise de théologie, il a obtenu en 2002 le prix Raymond Aron pour sa thèse sur la pensée politique néothomiste.

Voir le livre de Guillaume de Thieulloy  sur www.laprocure.com

Jacqueline de Romilly, La grandeur de l’homme au siècle de Périclès

Jacqueline de Romilly, La grandeur de l’homme au siècle de Périclès, Éditions de Fallois, 2010

Les longues fidélités sont un sujet particulier d’émerveillement et ce d’autant plus, peut-être, qu’autour de nous tout va si vite et qu’un « zapping » névrotique sape gravement les conditions nécessaires aux longs approfondissements intellectuels. Jacqueline de Romilly est toujours au milieu de nous, en son grand âge, comme un témoin, comme une mémoire, comme une promesse aussi. Avec elle, heureusement, la Grèce est toujours au milieu de nous, cette Grèce du grand âge classique en laquelle chacun de nous peut reconnaître aujourd’hui encore un « trésor pour toujours », selon l’expression dont usait l’historien Thucydide pour désigner ce qu’il entendait faire de l’histoire en l’écrivant, pour l’avenir. La Grèce… Comment ce mot-là ne nous ferait-il pas vibrer ? Cette Grèce dont on parle toujours, d’ailleurs, et qui a fait encore tout récemment parler d’elle. On se souvient du mot provocateur de Maurice Clavel : « Nous sommes tous Juifs… » Nous sommes tous Grecs aussi ! Nous le sommes toujours un peu, si Barbares que nous soyons devenus, je veux dire si généralement étrangers à ces fameuses Lettres Classiques qui formaient autrefois la substance de la culture occidentale et que Jacqueline de Romilly a défendues avec une détermination et une perspicacité remarquables, sans la moindre ringardise. Cachant son secret aux badauderies touristiques des Barbares contemporains, la Grèce est ce lieu au monde où la terre, la mer, la lumière ont contracté le mariage le plus intelligent qui soit, si bien que voir très jeune ce pays, comme ce fut mon cas, s’apparente à une illumination décisive, à une espèce de grâce prévenante. La Grèce appelle toujours notre gratitude pour ce qu’elle a fait du nombre une âme intime au marbre même, pour ce qu’elle a défini l’homme comme « la mesure de toutes choses » et pour ce qu’elle a inventé des mots élémentaires dont nous causons toujours. Deux surtout, peut-être : logos (parole, raison) dont on connaît la singulière promotion en christianisme, et polis (cité), que nous n’avons pas fini de mettre au monde. Car jusqu’à travers ses propres échecs à faire rayonner dans la communauté humaine le nombre d’or de la démocratie, la Grèce classique a légué une espèce de « testament » sur le fonds duquel avance encore notre histoire collective, sentant de ce côté-là, décidément, une lumière susceptible d’éclairer ses efforts pour la construction d’un difficile vivre-ensemble. Il n’est rien, dans la « politique », dont la Grèce ne soit l’institutrice, puisque, dans un échantillon presque dérisoire de l’espace et du temps, elle a posé de manière décisive les assises de sa grandeur, comme aussi bien elle a su tirer une sagesse, déjà, de l’expérience de ses misères.

Mais c’était de Jacqueline de Romilly et de son livre que nous voulions parler. Au demeurant, c’est bien de tout cela qu’elle nous parle elle-même ! C’est de cela qu’elle a parlé, en toute connaissance de cause, et d’abondance du cœur, tout au long de sa vie, surtout peut-être en ce grand âge auxquels les Anciens vouaient tant de respect. La grandeur de l’homme (2010) vient dans la suite naturelle de Pourquoi la Grèce ? paru en 1992 aux mêmes éditions de Fallois. Les personnes de grand âge, il est bien connu, aiment à se répéter : ce n’est pas faiblesse, mais vision décantée de ce qui compte pour l’avenir. À la dignité du grand âge, Jacqueline de Romilly en joint une autre, très respectée, elle aussi, dans l’Antiquité : celle de la cécité physique. Il est émouvant de lire, dans l’introduction de l’ouvrage (p. 12), cette simple note sur les circonstances de sa rédaction : Ce petit livre a été dicté à une secrétaire qui ne savait pas le grec. Plusieurs amis se sont employés à en améliorer la forme… Il faut avoir vraiment quelque chose de très important à dire pour courir, les yeux fermés, le risque des médiations. Mais n’est-ce pas ainsi que, dans l’Antiquité, se faisaient souvent les livres ?

Jacqueline de Romilly a conçu le sien comme une réponse à deux jeunes gens dont elle a posé d’emblée la fiction. Deux jeunes gens de notre temps, qui ont une certaine culture, moderne et technique, qui n’ont aucune connaissance directe de la littérature grecque (p. 9) et auxquels le dénombrement du « trésor pour toujours » donne envie de découvrir ces textes de la Grèce classique que connaissaient bien leurs parents et les générations qui les ont précédés (p. 12). Ces textes, justement, l’auteur les connaît à la perfection et leur a voué sa vie. Les deux parties qui composent le livre, Les réalisations humaines, puis Le héros tragique, recouvrent respectivement, à bien des égards, les deux grands champs d’études que cette helléniste hors pair a inlassablement approfondis : d’une part l’œuvre de l’historien Thucydide dont elle a donné une remarquable traduction dans la Collection des Universités de France (éd. des Belles Lettres), d’autre part le monde de la tragédie grecque (citons ici seulement La crainte et l’angoisse dans le théâtre d’Eschyle, Paris, 1971). Thucydide, écrit-elle au terme de la première partie, n’a pas seulement donné un exemple inimitable de lucidité politique, qui serait en même temps une leçon politique : il a su décrire, grâce à cette intelligence même, le danger moral et pratique de tout impérialisme (p. 56). Et dans le temps même où l’historien, instruit par la Guerre du Péloponnèse, donnait cette leçon, les grands dramaturges proposaient au public des héros abattus, sans doute, mais profondément touchants à mesure même de leur humanité que leur épreuve met à jour, et surtout aidés, au cœur de leur épreuve, par des hommes aussi fragiles. C’est précisément dans cet idéal de tolérance et de pardon reposant sur la conscience de la fragilité humaine (p. 101) que Jacqueline de Romilly discerne, s’il se peut dire, la « bonne nouvelle » de la tragédie grecque, comme aussi la matière vive de cette « grandeur » de l’homme que l’Athènes des Ve et IVe siècles avant Jésus-Christ a découverte et promue.

Jacqueline de Romilly nous promène parmi les vieux textes, étonnamment jeunes. Ne nous y trompons pas : ce n’est pas un humaniste élitiste qui s’exprime dans ces pages, mais, osons le dire, un « évangile » pour notre temps. Pour toujours. « Un acquis pour toujours », ktèma es aei, comme cela se dit en grec. C’est par des confessions fort émouvantes, à nouveau, et par une véritable profession de foi en cet évangile grec (non sans inquiétude devant l’indifférence dont il fait aujourd’hui l’objet) que le livre s’achève : … je suis très vieille, âgée de plus de quatre-vingt-quinze ans, et j’ai vécu au contact de ces auteurs grecs pendant au moins quatre-vingts ans ; et je dois dire, moi, à mon tour, l’espèce de force et de lumière, l’espèce de confiance et d’espérance, que j’en ai toujours retirées. J’ai transmis la beauté de ces textes… il m’a semblé que c’était une dette de reconnaissance, après avoir vécu au contact de ces textes, de faire un dernier et ultime effort pour en dire les merveilles et pour souhaiter que, dans notre époque de tensions, de doutes et de découragements, on se tourne vers l’étude de la littérature et de la langue qui ne sont pas des arts superflus et visant à la seule élégance (p. 114-115).

Sophocle vécut jusqu’à un âge très avancé, lui aussi, et c’est à lui que la littérature universelle doit l’une des pages les plus splendides qui ait jamais été écrites sur l’homme, et dont Jacqueline de Romilly a fait, non seulement l’argument principal de son petit livre – ultima verba –, mais, certainement, tout bas, son évangile personnel, pour le partager aussi généreusement que possible, en assumant à cette fin une longue « liturgie », c’est-à-dire, au sens que les Grecs de l’Athènes classique donnaient à ce terme, un service public. Nous aurions grand peine à ne pas citer au moins quelques bribes de ce grand texte qui, non content de célébrer la grandeur de l’homme, en rappelle les plus fondamentales conditions, tant de fois oubliées et bafouées :

Il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme. Il est l’être qui sait traverser la mer grise… Parole, pensée vite comme le vent, aspirations d’où naissent les cités, tout cela, il se l’est enseigné à lui-même… Mais ainsi maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route du mal comme du bien. Qu’il fasse donc dans ce savoir une part aux lois de sa ville et à la justice des dieux… Il montera alors très haut dans sa cité… (Sophocle, Antigone, v. 331 sq., cité p. 18-22)

Merci à Jacqueline de Romilly d’avoir fourni cet ultime « effort » (ponos, une notion éminemment grecque, elle aussi). Comme elle le souhaite, certains au moins l’auront entendu. Pour eux, pour beaucoup, il ne sera plus possible à l’avenir de penser à la Grèce sans penser instinctivement à elle, tant elle en a saisi l’idée, tant elle en a aspiré l’âme, tant elle en a pris le visage.

fr. François Cassingena-Trévedy, osb

Jacqueline de Romilly, La grandeur de l’homme au siècle de Périclès

Guillaume de Thieulloy, Le pape et le roi

Voici un livre d’histoire tel qu’on les aime : de ceux dont on sort avec une conscience affutée de la compréhension de notre passé et de la manière dont il nous modèle encore. Derrière l’affaire d’Anagni (1303) – où le pape Boniface VIII fut maltraité par Guillaume de Nogaret – dont Guillaume de Thieulloy démêle l’écheveau des faits avec virtuosité, au-delà même des fascinantes personnalités que furent ledit pontife ou le roi Philippe le Bel, il y a le cœur secret du passage de la féodalité à la modernité, le tracé initial des destinées de l’Europe et de la France. Avec deux lignes de réflexion que je vous propose : tout d’abord cette curieuse identité de la France, qui s’est créée contre ; contre les seigneurs féodaux, contre l’Empereur, contre les prétentions temporelles de la papauté. Un tel pays ne peut être qu’hors norme. Et puis, ce que soulignait naguère Pierre Manent dans son chef d’œuvre, La Cité de l’homme (Champs Flammarion) : l’incapacité de l’Occident à assumer et dépasser le clivage entre la cité de Dieu et celle des hommes, sauf dans une course à une sécularisation dont on commence à remettre en question le caractère (paradoxalement) sacré (nous évoquerons à la rentrée la traduction du grand livre de John Milbank, héraut de la Radical Orthodoxy, qui est décisif sur la question). Oui, le travail de l’historien nous concerne, dans notre vie d’aujourd’hui.

François Maillot

Voir le livre de Guillaume de Thieulloy  sur www.laprocure.com

Le « 18 juin » de la relève politique

On ne le dit pas assez : l’Appel du 18 Juin est l’acte d’un mystique. Seul, muré dans son silence, incompris, banni par ses chefs, crucifié en son for intérieur par le doute et l’espoir, son auteur finit par aller jusqu’au bout de lui-même, subjugué par un soleil incandescent, dont seuls des aventuriers de feu comme Rimbaud ou Lawrence d’Arabie et des contemplatifs comme Bernard de Clairvaux ou Charles de Foucauld ont su s’approcher et s’y brûler. « Le spirituel est constamment couché dans le lit de camp du temporel », écrivait Péguy. Charles de Gaulle ne pouvait pas mieux incarner cette étreinte entre le spirituel et le temporel, invoquée par l’un de ses maîtres, qu’en ce jour d’été 1940 dans un banal studio de la BBC.

L’action pour l’action, l’engagement sans la spiritualité, la politique sans la mystique, qui sont notre pain noir de plus en plus quotidien, ne se résument-ils pas à nous donner en spectacle de vulgaires jeux de massacres et de vains simulacres d’espérance ?

Dans un livre d’entretiens rondement mené, seize responsables politiques plaident, chacun à sa manière, pour une sorte de spiritualisation de la politique : elle aiderait à humaniser « une vie moins faite que jamais pour laisser un peu de place à une certaine culture de l’âme qui a du mal à exister », regrette Philippe Séguin dans l’émouvant entretien posthume qu’il a accordé à l’auteur. Deux témoignages livrés par des quadras en vue m’ont épaté par leur franchise rafraîchissante et la savoureuse épaisseur de leur conviction. Valérie Pécresse, actuellement ministre de la Recherche et des Universités, est une catholique pratiquante bon teint. Pourtant, « croire est un combat », admet celle qui se frotte chaque jour au scepticisme scientifique, à l’athéisme de son mari et aux questions de ses enfants. Pourquoi résiste-t-elle ? Parce que son engagement politique s’origine dans sa foi : « Je fais le pari du pourquoi pas Dieu », argue la députée de la circonscription de Port-Royal… Manuel Valls cultive, quant à lui, les paradoxes qui caractérisent tout chercheur de sens sincère : agnostique, il administre Evry, ville interreligieuse par excellence ; fils de républicain laïc espagnol, il confie, « il y a quelque chose de foudroyant dans la figure du Christ et dans le christianisme » ; enfin, responsable socialiste, il considère que « notre société a besoin de sacré et de rites »…

Ce livre est bourré d’enseignements sur ce qui se trame dans les âmes de nos politiques. Et c’est plutôt rassurant. La plupart de ceux qui s’y expriment ne bottent plus en touche, comme leurs aînés, pour parler de religion et de leur spiritualité propre. Ils ne les comparent plus à un « baume » pour politiciens schizophrènes. Non, atteste l’un d’eux, « la spiritualité, c’est dans la vie, par la vie, avec la vie ».

Soixante-dix ans après l’Appel du 18 juin, on se reprend à espérer que la spiritualité re-enchante la politique !

Michel Cool

Voir le livre d’Isabelle Dillmann sur www.laprocure.com

Un Compagnon de Matteo Ricci

Cet extrait du livre de Vincent Cronin « Matteo Ricci, le sage venu de l’Occident » relate le périple d’un Compagnon de Ricci, le Père Valignano :

Le Père Valignano mourut à Macao le 20 janvier 1606, à l’âge de 66ans.
Lorsqu’il avait débarqué à Goa en 1574, le Japon ne comptait que vingt jésuites européens et un seul prêtre indigène, et les portes de la Chine demeuraient closes. A sa mort, le Japon se vantait de posséder 130 missionnaires et plus de deux cent cinquante mille chrétiens. Il avait fondé deux collèges florissants et jeté les bases de deux autres, moins importants ; une maison des novices ; deux séminaires pour les japonais ; une vingtaine de maisons et trois cents églises ou chapelles. Pendant trente ans il avait enjambé l’Asie, tel un nouveau colosse, de l’Océan Indien à la Mer de Chine. Bravant les typhons et la peste, la chaleur tropicale et la mousson,  manquant d’hommes et d’argent, il n’avait cessé de voyager, de construire, de fortifier, d’organiser, d’encourager… Tous ceux qui l’approchaient voyaient en lui un digne successeur de François-Xavier.

A la nouvelle de sa mort, on prit le deuil de Mozambique à Nagasaki, de la Cour du Grand Mogol à Malacca. Mais personne ne ressentit davantage sa disparition que Ricci … Pendant 23 ans, ils avaient collaborés, tous deux fermement convaincus, à une époque où de telles idées paraissaient subversives,

que l’Eglise devait déposer son épée et s’approcher en toute humilité des peuples d’Orient ; que ses prêtres devaient apprendre avant d’enseigner ; que la Compagnie de Jésus devait ouvrir ses rangs aux convertis d’Orient.

Vincent Cronin, Matteo Ricci, le sage venu de l’Occident.

Voir le livre sur www.laprocure.com