La béatification de John-Henry Newman par Benoît XVI permet de mettre en lueur la pensée et la destinée d’une des figures les plus emblématiques du christianisme moderne. Paul VI disait que son itinéraire spirituel était comparable à celui de saint Augustin ! C’est dire !
On sait que Newman est né en 1801 dans l’anglicanisme. On sait moins qu’il vécut une première conversion à l’âge de 15 ans. Etudiant au Trinity College à Oxford, il approfondit sa vocation et est ordonné dans l’Eglise anglicane en 1825. Il devient le chef de file de mouvement d’Oxford qui renouvelle en profondeur l’anglicanisme. Tout cela, vous le retrouverez dans une petite biographie limpide de Keith Beaumont, Petite Vie de John-Henry Newman, chez DDB.
C’est de cette époque anglicane que datent les fameux Sermons paroissiaux, édités en huit volumes au Cerf, dont je vous recommande par exemple le deuxième, suivant l’année liturgique. Mais en 1845, Newman est reçu dans l’Eglise catholique, approfondissant ainsi sa première conversion par une adhésion pleine et entière à la foi catholique. Il achève alors son premier chef d’œuvre, l’Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, qui montre qu’il y a continuité et changement dans l’élaboration du dogme ; non pas évolution mais développement, maturation. Ce livre essentiel est publié chez Ad Solem, éditeur principal de son œuvre aujourd’hui.
Fondateur en Angleterre de l’Oratoire créé par saint Philippe Néri auquel il a consacré un bel hommage, Newman paye cher sa conversion au catholicisme : rejeté par ses anciens amis anglicans, il est dédaigné au sein de l’Eglise catholique. C’est dans ces circonstances douloureuses qu’il écrit en six semaines son autre immense texte : Apologia pro vita sua, qui expose les raisons de son adhésion en pleine conscience au catholicisme. Ce livre retentissant retournera l’opinion en sa faveur. Newman expose une quête radicale de vérité dans la liberté. La foi de Newman est tout sauf fidéiste : en 1870, son testament philosophique, Grammaire de l’assentiment, sera une des réponses majeures du christianisme à la modernité en retrouvant la force de l’articulation entre l’intelligence et la foi.
Créé cardinal par Léon XIII en 1879, Newman est enfin reconnu. Mais on peut dire que c’est le XXe siècle qui prendra pleinement conscience de son importance. Louis Bouyer, lui-même oratorien et venu du protestantisme, fera beaucoup pour sa reconnaissance et son Newman, sa vie, sa spiritualité (Cerf) est une référence indémodable. De toute évidence Newman est un des inspirateurs majeurs du concile, et son attachement à la tradition et au dogme sont un indice pour proposer avec Benoît XVI une herméneutique de la continuité, et non de la rupture. Sa béatification confirme aussi que sa stature de géant n’est pas seulement intellectuelle : elle est également spirituelle. Pour ceux d’entre vous qui n’auraient jamais lu Newman et seraient intimidés, un conseil : commencez par la lecture de la belle anthologie de Charles Stephen Dessain chez Ad Solem, Pour connaître Newman : un alliage singulier entre altitude intellectuelle et profondeur spirituelle. Exactement ce dont les chrétiens ont besoin !
François Maillot
A l’occasion cette béatification, une table ronde exceptionnelle était organisée à la librairie La Procure. En prélude à cette soirée, le Père Keith Beaumont, qui avait assisté à la béatification de John-Henri Newman quelques jours plus tôt, nous a livré ses impressions.
La table ronde regroupait des spécialistes de Newman, Mgr Olivier de Berranger, le Père Keith Beaumont, Irène Fernandez, et Grégory Solari, éditeur Ad Solem.

La scène des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 35), on le sait, a fasciné les peintres. La figure de Cléophas, et plus encore, sans doute, celle de son compagnon qui demeure innommé, laisse place, non à la spéculation seulement, mais à la méditation. Bref, venant à la suite des Douze et comme dans leur ombre, les deux pèlerins du soir nous laissent la place : ils sont nos prête-nom, qu’il s’agisse de l’anonyme ou de celui qui ne l’est pas. C’est cette place des disciples d’Emmaüs que Jérôme Ternynck a eu l’art de prendre au fil de ce petit livre qui ne se peut lire d’une manière cursive ou distraite, mais qui se respire plutôt, longuement. Il faut s’arrêter, comme s’arrêtent les disciples à la tombée du jour, avec le Compagnon inopiné. L’auteur était tout prédisposé à « habiter » du dedans le personnage de Cléophas par sa qualité de bibliste, évidemment : il est diplômé à la fois de l’Institut Biblique de Rome et de l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem (le va-et-vient de l’une à l’autre Ville est déjà symbolique) : c’est dire que nous n’avons pas à craindre la fantaisie – quand ce n’est pas la malhonnêteté – de bien des élucubrations sur des textes ou des figures bibliques. La connaissance du judaïsme contemporain de Jésus et des tensions internes à la toute première communauté chrétienne affleure délicatement et confère aux propos de Cléophas une dimension sensible d’enracinement historique. Reste qu’il s’agit de tout autre chose, ici, que d’une reconstitution à visée documentaire. Le « journal » du disciple met à notre portée l’appréhension ô combien subtile que les premiers témoins, les premiers intimes, ont pu avoir de l’événement de la Résurrection et de la présence du Ressuscité, appréhension toute pleine de la mémoire du long compagnonnage avec le Jésus pré-pascal.
couverts, une haine du christianisme, c’est avant tout être « christophore ». Non pas prosélyte, au sens où l’on croirait que notre action serait de nature à convertir ce qui ne se tourne vers la lumière que par une rencontre qui nous échappe ; non pas bien sûr indifférentiste ou relativiste, option consternante qui consisterait à croire que la foi dans le Christ est un attribut superflu ! Mais être chrétien, à l’instar des moines de Tibhirine, c’est avant tout porter le Christ en soi et communiquer aux autres sa présence, sans penser au succès, mais en étant dans le don de son être entier, et par la même du Dieu qui est en soi. C’est très exactement ce que montre le film de Xavier Beauvois, dans une radicalité évangélique suivie au plus près. Nous ne dévoilerons rien ici du film en disant seulement que, s’achevant sur deux scènes évoquant le repas du Jeudi Saint et le Chemin de Croix, Beauvois donne à comprendre la présence des moines martyrs en Algérie pour ce qu’elle est : la présence du Christ sacrifié au cœur du monde, prolongée par l’oblation de ces hommes qui n’ont choisi cette voie que par amour.
Agrégée de Lettres classiques, mariée, mère de quatre enfants. Passionnée de longue date par l’écriture et par la politique ( elle a publié son premier article – de critique littéraire – à l’âge de 18 ans). Auteur de très nombreux articles et conférences, elle a été membre des instances dirigeantes du C.N.I.P. (Centre national des Indépendants et Paysans) dans les années 80 [plus particulièrement chargée des questions de politique familiale et d'enseignement] et est aujourd’hui engagée au parti chrétien démocrate comme directrice des Etudes.
Alexandre Jollien est né à Savièse, le 26 novembre 1975. À partir de 1981, il étudie la philosophie à la faculté des lettres de l’Université de Fribourg en Suisse, puis en 2001, il étudie la philosophie et le grec ancien au Trinity College à Dublin.
Jean-Pierre Denis dirige la rédaction de l’hebdomadaire La Vie. Il participe comme chroniqueur ou comme invité à de nombreuses émissions de radio ou de télévision. Journaliste, écrivain et poète, il a publié Nos enfants de la guerre (Seuil, 2002) et Dans l’éblouissant oubli (Ad Solem, 2010).
« Par l’amour de l’invisible : itinéraires croisés de John Henry Newman et Henri de Lubac », par Olivier de Berranger, chez Ad Solem (janvier 2010)
Alice Ferney a déjà publié sept romans chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L’Elégance des veuves (1995 ; Babel n° 280), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous ; Babel n° 439), La Conversation amoureuse (2000 ; Babel n° 567), Dans la guerre (2003 ; Babel n° 714), Les Autres (2006 ; Babel n° 857) et Paradis conjugal (Babel n° 990).
Blandine le Callet est née en 1969. Elle est maître de conférences à l’université Paris-XII et poursuit des recherches en philosophie ancienne et littérature latine sur les monstres dans la Rome antique (elle a publié un essai, Rome et ses monstres, paru en 2005 aux éditions J.Millon). Elle habite en région parisienne.

Deux de mes éminents voisins de blog ont dit le bien qu’ils pensaient, ou plutôt celui qu’ils avaient éprouvé, à la 

