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Newman en quelques livres

La béatification de John-Henry Newman par Benoît XVI permet de mettre en lueur la pensée et la destinée d’une des figures les plus emblématiques du christianisme moderne. Paul VI disait que son itinéraire spirituel était comparable à celui de saint Augustin ! C’est dire !

On sait que Newman est né en 1801 dans l’anglicanisme. On sait moins qu’il vécut une première conversion à l’âge de 15 ans. Etudiant au Trinity College à Oxford, il approfondit sa vocation et est ordonné dans l’Eglise anglicane en 1825. Il devient le chef de file de mouvement d’Oxford qui renouvelle en profondeur l’anglicanisme. Tout cela, vous le retrouverez dans une petite biographie limpide de Keith Beaumont, Petite Vie de John-Henry Newman, chez DDB.

C’est de cette époque anglicane que datent les fameux Sermons paroissiaux, édités en huit volumes au Cerf, dont je vous recommande par exemple le deuxième, suivant l’année liturgique. Mais en 1845, Newman est reçu dans l’Eglise catholique, approfondissant ainsi sa première conversion par une adhésion pleine et entière à la foi catholique. Il achève alors son premier chef d’œuvre, lEssai sur le développement de la doctrine chrétienne, qui montre qu’il y a continuité et changement dans l’élaboration du dogme ; non pas évolution mais développement, maturation. Ce livre essentiel est publié chez Ad Solem, éditeur principal de son œuvre aujourd’hui.

Fondateur en Angleterre de l’Oratoire créé par saint Philippe Néri auquel il a consacré un bel hommage, Newman paye cher sa conversion au catholicisme : rejeté par ses anciens amis anglicans, il est dédaigné au sein de l’Eglise catholique. C’est dans ces circonstances douloureuses qu’il écrit en six semaines son autre immense texte : Apologia pro vita sua, qui expose les raisons de son adhésion en pleine conscience au catholicisme. Ce livre retentissant retournera l’opinion en sa faveur. Newman expose une quête radicale de vérité dans la liberté. La foi de Newman est tout sauf fidéiste : en 1870, son testament philosophique, Grammaire de l’assentiment, sera une des réponses majeures du christianisme à la modernité en retrouvant la force de l’articulation entre l’intelligence et la foi.

Créé cardinal par Léon XIII en 1879, Newman est enfin reconnu. Mais on peut dire que c’est le XXe siècle qui prendra pleinement conscience de son importance. Louis Bouyer, lui-même oratorien et venu du protestantisme, fera beaucoup pour sa reconnaissance et son Newman, sa vie, sa spiritualité (Cerf) est une référence indémodable. De toute évidence Newman est un des inspirateurs majeurs du concile, et son attachement à la tradition et au dogme sont un indice pour proposer avec Benoît XVI une herméneutique de la continuité, et non de la rupture. Sa béatification confirme aussi que sa stature de géant n’est pas seulement intellectuelle : elle est également spirituelle. Pour ceux d’entre vous qui n’auraient jamais lu Newman et seraient intimidés, un conseil : commencez par la lecture de la belle anthologie de Charles Stephen Dessain chez Ad Solem, Pour connaître Newman : un alliage singulier entre altitude intellectuelle et profondeur spirituelle. Exactement ce dont les chrétiens ont besoin !

François Maillot

A l’occasion cette béatification, une table ronde exceptionnelle était organisée à la librairie La Procure. En prélude à cette soirée, le Père Keith Beaumont, qui avait assisté à la béatification de John-Henri Newman quelques jours plus tôt, nous a livré ses impressions.

La table ronde regroupait des spécialistes de Newman, Mgr Olivier de Berranger, le Père Keith Beaumont, Irène Fernandez, et Grégory Solari, éditeur Ad Solem.

Jean-Pierre Denis, éloge d’une contre-culture : le christianisme

Jean-Pierre Denis, Pourquoi le christianisme fait scandale : éloge d’une contre culture, Seuil

Jean-Pierre Denis présente son nouveau livre : « Pourquoi le christianisme fait scandale, éloge d’une contre culture », paru en septembre 2010 aux Éditions du Seuil.

Jean-Pierre Denis dirige la rédaction de l’hebdomadaire La Vie. Il participe comme chroniqueur ou comme invité à de nombreuses émissions de radio ou de télévision. Journaliste, écrivain et poète, il a publié Nos enfants de la guerre (Seuil, 2002) et Dans l’éblouissant oubli (Ad Solem, 2010).

Pourquoi le christianisme fait scandale est un « état des lieux du christianisme qui face à la généralisation d’une vision marchande des échanges humains, se trouve dans la situation paradoxale de pouvoir sauver les valeurs au nom desquelles il avait été combattu : droits de l’homme, individu, humanisme. »

Alexandre Jollien, Le philosophe nu

Alexandre Jollien, Le philosophe nu, Seuil

Le portrait d’hommes dans le clair-obscur de la foi

Jérôme TERNYNCK, Le Très-Vif, Salvator

La scène des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 35), on le sait, a fasciné les peintres. La figure de Cléophas, et plus encore, sans doute, celle de son compagnon qui demeure innommé, laisse place, non à la spéculation seulement, mais à la méditation. Bref, venant à la suite des Douze et comme dans leur ombre, les deux pèlerins du soir nous laissent la place : ils sont nos prête-nom, qu’il s’agisse de l’anonyme ou de celui qui ne l’est pas. C’est cette place des disciples d’Emmaüs que Jérôme Ternynck a eu l’art de prendre au fil de ce petit livre qui ne se peut lire d’une manière cursive ou distraite, mais qui se respire plutôt, longuement. Il faut s’arrêter, comme s’arrêtent les disciples à la tombée du jour, avec le Compagnon inopiné. L’auteur était tout prédisposé à « habiter » du dedans le personnage de Cléophas par sa qualité de bibliste, évidemment : il est diplômé à la fois de l’Institut Biblique de Rome et de l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem (le va-et-vient de l’une à l’autre Ville est déjà symbolique) : c’est dire que nous n’avons pas à craindre la fantaisie – quand ce n’est pas la malhonnêteté – de bien des élucubrations sur des textes ou des figures bibliques. La connaissance du judaïsme contemporain de Jésus et des tensions internes à la toute première communauté chrétienne affleure délicatement et confère aux propos de Cléophas une dimension sensible d’enracinement historique. Reste qu’il s’agit de tout autre chose, ici, que d’une reconstitution à visée documentaire. Le « journal » du disciple met à notre portée l’appréhension ô combien subtile que les premiers témoins, les premiers intimes, ont pu avoir de l’événement de la Résurrection et de la présence du Ressuscité, appréhension toute pleine de la mémoire du long compagnonnage avec le Jésus pré-pascal.

Proche de nous, il était en même temps insaisissable, incontrôlable. Aucune loi, aucune considération de stratégie, aucune crainte, pas plus celle de manquer d’argent que celle de se trouver face à un opposant dangereux, n’a eu prise sur lui. Et pourtant, qui lui reprocherait ne serait-ce qu’un geste d’impatience, une parole blessante, un mot de mépris ? Qui l’a jamais pris en faute par rapport à notre Loi ? Qui l’a surpris dans un mouvement égoïste, ou dominateur, ou prononçant une parole de critique ? Il est tard. Demain il viendra. Il n’y a qu’à l’attendre sans même chercher à savoir comment cela se passera. Quand il est là, il est le Maître (p. 14-15).

C’est ainsi que, dans le transparent de la conscience du disciple – mais un disciple sans mièvrerie et qui connaît le doute – se voient évoquées, ou plutôt discrètement suggérées les grandes scènes de l’entre-temps pascal de Jésus, c’est-à-dire de ses manifestations aux siens, jusqu’à l’Ascension sur laquelle se clôt le livre :

Il a levé le regard vers les collines. Collines de Judée. Monts au-delà de Jéricho. Collines de Samarie entre fleuve et mer. Villes et vallées d’au-delà des frontières.

Il faudra aller vite. Le Royaume, c’est pour bientôt.

« Je suis avec vous. Partez ! »

J’ai ramené mon regard. Vide, sa place devant moi (p. 75)

L’écriture a le rythme d’un pas, ou celui d’une haleine, comme le souffle d’un homme qui se parle tout bas à lui-même pour ne se redire que l’utile, l’essentiel, les questions ayant en l’occurrence autant de part que les certitudes et les émerveillements. Et tandis que, de mémoire, en filigrane, s’érige la stature du Très-Vif avec ses cicatrices sur son corps de pain frais (p. 27), c’est notre propre portrait qui se dessine, celui d’hommes dans le clair-obscur de la foi et que l’envoi de Pentecôte conforte dans leur fragilité.

fr. François Cassingena-Trévedy, osb

Le cinéma ou l’art de la grâce

Certains d’entre vous l’ont déjà vu. Je parle bien sûr du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des Dieux. Une semaine après l’avoir visionné, je tiens à vous en dire quelques mots.

Le film de Xavier Beauvois, réalisateur d’une rare intransigeance, marquera plus encore le terreau du christianisme contemporain que les succès récents que furent le Grand Silence, l’Île ou La Passion du Christ. Pourquoi ? Parce que ce film est exactement ce que le christianisme peut dire aujourd’hui au monde, et dans une forme à la fois parfaitement contemporaine et totalement aboutie.

Ce que dit ce film, c’est qu’être chrétien dans un monde qui ne l’est plus et qui professe, à ciel ouvert ou à mots couverts, une haine du christianisme, c’est avant tout être « christophore ». Non pas prosélyte, au sens où l’on croirait que notre action serait de nature à convertir ce qui ne se tourne vers la lumière que par une rencontre qui nous échappe ; non pas bien sûr indifférentiste ou relativiste, option consternante qui consisterait à croire que la foi dans le Christ est un attribut superflu ! Mais être chrétien, à l’instar des moines de Tibhirine, c’est avant tout porter le Christ en soi et communiquer aux autres sa présence, sans penser au succès, mais en étant dans le don de son être entier, et par la même du Dieu qui est en soi. C’est très exactement ce que montre le film de Xavier Beauvois, dans une radicalité évangélique suivie au plus près. Nous ne dévoilerons rien ici du film en disant seulement que, s’achevant sur deux scènes évoquant le repas du Jeudi Saint et le Chemin de Croix, Beauvois donne à comprendre la présence des moines martyrs en Algérie pour ce qu’elle est : la présence du Christ sacrifié au cœur du monde, prolongée par l’oblation de ces hommes qui n’ont choisi cette voie que par amour.

Pour dire cela, il fallait peut-être un cinéaste réputé athée, comme ce fut le cas pour Pasolini, ou comme c’est aujourd’hui la profession de conscience des frères Dardenne. Un cinéaste qui est un immense artiste (voyez, si vous n’êtes pas « choquable »,  N’oublie pas que tu vas mourir). Les scènes de la vie nord-africaine ou celle du dernier repas, sont dignes de Sergio Leone, avec une caméra fluide et charnelle. Les scènes de prière où le plan fixe montre une fois de plus sa supériorité quand il s’agit d’atteindre la profondeur de l’âme, sont justes, naturelles et comme improvisées sous l’effet d’une grâce. Je ne connais pas de film plus impeccable du point de vue de la grande tradition spirituelle chrétienne, et notamment de l’abandon, dans sa visée pleine et entière, de Caussade à Charles de Foucauld. Pas de film plus abandonné à la grâce du cinéma, comme le montre cette fin dictée par une tempête de neige imprévue qui donne au film une conclusion inouïe. Car c’est ce que nous dit ce film : si la vie de l’homme est rétrécie sans la grâce, le cinéma peut être le vecteur par lequel celle-ci surgit. Et c’est pourquoi le septième art est grand !

François Maillot

Xavier Beauvois, Des hommes et des Dieux [DVD]

Ce mois-ci à La Procure

La Procure organise chaque mois de nombreux événements. Venez-y participer à la librairie, ou découvrez-les en vidéo.

Chaque jeudi, La Procure vous invite à passer une heure avec un auteur, de 18h à 19h. Réservez donc votre début de soirée pour des rencontres passionnantes avec vos auteurs !

Environ une fois par mois, de 20h à 21h30, La Procure organise pour ses clients une grande soirée autour d’un auteur ou d’un grand sujet. L’entrée est gratuite et vous êtes assis dans la limite des places disponibles. Inscription indispensable par téléphone au 01 45 48 20 25 ou par mail à laprocure@laprocure.com en précisant le nombre de personnes.

L’émission l’Esprit des Lettres : Le Jour du Seigneur, KTO et La Procure s’associent pour proposer le premier magazine mensuel entièrement consacré au livre religieux. La présentation de ce rendez-vous unique a été confiée à Pierre-Luc Séguillon. Tournée dans la célèbre librairie du 6e arrondissement à Paris, cette émission donne la parole à trois auteurs. Leur échange est ponctué par les chroniques des libraires de la Procure qui nous font part de leur « coup de cœur du libraire », des « meilleures ventes du mois », ou encore d’un « portrait d’auteur ».

Voici le calendrier des événements du mois de septembre :


Le 09 septembre 2010 à 18h00 Marie-Joëlle Guillaume pour son livre : Rémy Montagne (Perrin)
Agrégée de Lettres classiques, mariée, mère de quatre enfants. Passionnée de longue date par l’écriture et par la politique ( elle a publié son premier article – de critique littéraire – à l’âge de 18 ans). Auteur de très nombreux articles et conférences, elle a été membre des instances dirigeantes du C.N.I.P. (Centre national des Indépendants et Paysans) dans les années 80 [plus particulièrement chargée des questions de politique familiale et d'enseignement] et est aujourd’hui engagée au parti chrétien démocrate comme directrice des Etudes.

Elle a publié deux ouvrages d’Entretiens avec le cardinal Poupard, au temps où il était président du Conseil pontifical de la Culture, et un roman historique en 2007, « Un printemps de gloire », autobiographie apocryphe de la marquise de Rambouillet.
Elle est éditorialiste à Famille Chrétienne depuis 1992, membre du Conseil éditorial de la chaîne KTO depuis 2003.

Le 15 septembre 2010 à 20h00 Alexandre Jollien pour son livre : Le philosophe nu (Seuil)

Alexandre Jollien est né à Savièse, le 26 novembre 1975. À partir de 1981, il étudie la philosophie à la faculté des lettres de l’Université de Fribourg en Suisse, puis en 2001, il étudie la philosophie et le grec ancien au Trinity College à Dublin.

Alexandre Jollien consacre sa vie à l’étude de la philosophie et à l’écriture. Il donne des conférences et participe à des débats et diverses émissions télévisées. En 1999, il publie « Eloge de la faiblesse » et reçoit pour cette oeuvre : le prix Prix Mottart de l’Académie Française de soutien à la création littéraire et le prix Montyon de littérature et de philosophie. En 2002 il publie « Le métier d’homme » et en 2006, « La construction de soi ».


Le 16 septembre 2010 à 18h00 Jean-Pierre Denis, Pourquoi le christianisme fait scandale : éloge d’une contre culture (Seuil)

Jean-Pierre Denis dirige la rédaction de l’hebdomadaire La Vie. Il participe comme chroniqueur ou comme invité à de nombreuses émissions de radio ou de télévision. Journaliste, écrivain et poète, il a publié Nos enfants de la guerre (Seuil, 2002) et Dans l’éblouissant oubli (Ad Solem, 2010).

Jean-Pierre Denis présentera son nouveau livre : « Pourquoi le christianisme fait scandale, éloge d’une contre culture », paru en septembre 2010 aux Éditions du Seuil.

« Etat des lieux du christianisme qui face à la généralisation d’une vision marchande des échanges humains, se trouve dans la situation paradoxale de pouvoir sauver les valeurs au nom desquelles il avait été combattu : droits de l’homme, individu, humanisme. »

Le 22 septembre 2010 à 20h, table ronde consacrée à John Henry Newman

Le pape Benoît XVI sera bientôt en Angleterre pour la béatification de John Henry Newman. À l’occasion de cet événement, La Procure organise une table ronde avec :
Mgr Olivier de Berranger
Père Keith Beaumont
Irène Fernandez
Grégory Solari, éditeur Ad Solem

« Par l’amour de l’invisible : itinéraires croisés de John Henry Newman et Henri de Lubac », par Olivier de Berranger, chez Ad Solem (janvier 2010)

Ce livre est tout simplement une bénédiction pour toute personne soucieuse de l’intelligence de la foi, et qui ne le serait pas quand on est ainsi guidé ? Non seulement il introduit magnifiquement à l’itinéraire et aux oeuvres majeures de « ces témoins qui sont aussi des maîtres », Newman et Lubac, mais par là il fait entrer de façon profonde et limpide dans les grandes questions de la théologie. Une chance à ne pas laisser passer.

« Grammaire de l’assentiment », par John Henry Newman, chez Ad Solem (septembre 2010)

Après 10 années de réflexion sur la croyance religieuse, J.H. Newman publie en mars 1870 cet ouvrage, considéré comme son testament philosophique. Il y montre que l’acte de foi posé par l’intelligence devant le mystère révélé est bien rationnel, mais que la raison qu’il implique n’est pas celle des philosophes ou des scientifiques. Elle est ordonnée à la connaissance mais également éthique.

« Newman », par Ramon Fernandez, chez Ad Solem (avril 2010)

Jean Honoré, La pensée de John Henry Newman, Une introduction, Ad Solem, 2010 Ramon Fernandez, Newman, Ad Solem, 2010 En un peu plus d’un siècle l’Angleterre a donné au catholicisme deux de ses génies : John Henry Newman (1801-1890) et Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Si dissemblables soient-ils, ces deux auteurs ont en commun, outre la conversion de l’anglicanisme à la religion romaine, un goût prononcé pour la spéculation intellectuelle. Le premier sera béatifié par Benoît XVI en…

Le 23 septembre 2010 à 18h00 Alice Ferney, Passé sous silence (Actes Sud)

Alice Ferney a déjà publié sept romans chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L’Elégance des veuves (1995 ; Babel n° 280), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous ; Babel n° 439), La Conversation amoureuse (2000 ; Babel n° 567), Dans la guerre (2003 ; Babel n° 714), Les Autres (2006 ; Babel n° 857) et Paradis conjugal (Babel n° 990).

Alice Ferney présentera son nouveau livre : « Passé sous silence », paru en août 2010 aux Éditions Actes Sud.

« Un grand homme d’État qui trahit ses engagements, un conjuré pour qui rien ne vaut que l’honneur : leur affrontement met en jeu les notions de devoir et d’intégrité. »

Le 30 septembre 2010 à 18h00 Blandine Le Callet pour son livre : La ballade de Lila K (Stock)

Blandine le Callet est née en 1969. Elle est maître de conférences à l’université Paris-XII et poursuit des recherches en philosophie ancienne et littérature latine sur les monstres dans la Rome antique (elle a publié un essai, Rome et ses monstres, paru en 2005 aux éditions J.Millon). Elle habite en région parisienne.

Son premier roman, Une pièce montée, a remporté un grand succès auprès de la critique et du public en 2006. Il a reçu le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2007.

Blandine Le Callet présentera son nouveau livre : « La ballade de Lila K », à paraitre en septembre 2010 aux Éditions Stock.

« Une jeune femme, sensible et caustique, fragile et volontaire, raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arraché à sa mère et conduite dans un centre moitié pensionnat, moitié prison, où elle a été prise en charge. Surdouée, asociale, polytraumatisée, elle a tout oublié de sa vie antérieure et n’a qu’une idée : retrouver sa mère et sa mémoire perdue. »

Le 30 septembre 2010, L’Esprit des Lettres, le magazine consacré au livre religieux, recevra les auteurs Jean-Pierre Denis, Jean-Claude Lavigne, et le père Robert Scholtus. L’émission est diffusée sur KTO le dernier jeudi du mois, et les chroniques de nos libraires sont également disponibles sur ce blog.

Rémy Montagne, un démocrate-chrétien dans le siècle

Marie-Joëlle Guillaume, Rémy Montagne, un démocrate-chrétien dans le siècle, Perrin

Marie-Joëlle Guillaume était à la librairie La Procure le jeudi 09 septembre pour présenter son livre sur Rémy Montagne. Nous vous proposons l’intégralité de cet événement en vidéo, ainsi qu’une courte interview tournée quelques minutes plus tôt.

Jean-Pierre Denis, Pourquoi le christianisme fait scandale

Jean-Pierre Denis, Pourquoi le christianisme fait scandale, Seuil

Deux de mes éminents voisins de blog ont dit le bien qu’ils pensaient, ou plutôt celui qu’ils avaient éprouvé, à la lecture du recueil de poèmes de Jean-Pierre Denis, Dans l’éblouissant oubli (Ad Solem). Ce n’est pas faire trop d’honneur à l’auteur que de continuer, encore un instant, à chanter ses louanges, mais cette fois sur un autre terrain, moins poétique et intime… Pourquoi le christianisme fait scandale : tel est le titre de l’essai flamboyant et engagé que le poète (et accessoirement directeur de la rédaction de La Vie) publie aujourd’hui. Un essai qui vient à sa date, à son heure, pour nous sonner, si j’ose m’exprimer ainsi (mais la matière s’y prête !), les cloches. Oui, il était temps.

Notez d’abord que l’expression n’est pas écrite sur le mode interrogatif. C’est une affirmation, nette, forte, déterminée – peut-être paradoxale. Une fois qu’elle est posée, il faut donc expliquer, comment, en quoi, dans quelle mesure ou démesure, face à quel refoulement ou contre quelle dénégation, le christianisme, ici et maintenant, fait scandale. Denis s’y emploie avec un esprit clair, un solide bagage de références, un sens de la vaste fresque du monde moderne – dont la première partie du livre, à mon humble avis, abuse un peu. Avec surtout une conviction et – il serait mal venu de reculer devant le mot – une foi à déplacer les montagnes. Celles, pesantes, sans grâce, de notre paresse, de notre timidité, de nos atermoiements. « Parvenus au terme de cette logique d’épuisement, nous éprouvons une sorte d’immense fatigue, écrit Denis, celle que procure le sentiment de la relativité de toute chose, sauf de notre propre relativité, laquelle nous apparaît, paradoxalement, comme absolue. »

L’impulsion est donnée. Il faut inverser le mouvement que le monde, la société, la culture impriment à notre conscience. Invités à élever notre ego, notre « individu autoconstruit », toute notre petite personne au rang d’un absolu, et du seul absolu qui vaille, nous devons renverser la vapeur, convertir notre regard, c’est-à-dire le porter sur ce qui est plus grand que nous, qui nous englobe, nous comprend. « Les « valeurs » du christianisme (…) ne sont pas des valeurs de conservation mais de conversion, voire de subversion. » Où donc, dès lors, se situe, se positionne celui que Jean-Pierre Denis nomme « le chrétien contre-culturel » ? La réponse n’est pas diplomatique ou contournée : il se tient loin d’« un certain catholicisme de confort, capitonné, chafouin, rondouillard, assez soigneusement refermé sur des certitudes « petites-bourgeoises » agréablement minoritaires pour ne jamais déranger personne. »

Ce « christianisme retrouvé », ce « nouveau christianisme » doit s’inventer, s’affirmer hors des poussiéreux clivages qui rangent les progressistes d’un côté, les traditionalistes de l’autre. Ni arrogance ou esprit de croisade, ni messes basses ou « foi ensevelie sous ses propres décombres ». Il y a comme un vent frais et vivifiant qui souffle dans le livre de Jean-Pierre Denis, qui invite à sortir sur les parvis, à ne pas cantonner la foi dans la sphère étroite de la vie privée.

Patrick Kéchichian

Michel Houellebecq, La carte et le territoire

Michel Houellebecq, La Carte et le territoire, Flammarion

On aime ou on n’aime pas. Mais on ne peut pas ignorer que, livre après livre, Houellebecq bâtit une œuvre qui a peu d’équivalent dans le panorama littéraire français. Après La Possibilité d’une île, qui eut le succès que l’on sait et qui était son roman le plus ambitieux, La Carte et le territoire est à nouveau un choc. Cette histoire d’un artiste plasticien contemporain qui peint Michel Houellebecq (l’auteur se met ici en scène avec un mélange assez rare d’ironie et de tendresse) et se trouve confronté à la maladie de son père devrait toucher un public plus large encore. Il n’est pas anodin que Houellebecq soit pour une fois assez sobre sur la question sexuelle. Dans ce livre en effet, même si le regard sur la société est toujours aussi acéré, l’acidité fait place à quelque chose de nouveau : l’acceptation plus simple de sa propre tristesse, une compassion qui était auparavant enfouie, par rapport à soi et aux autres, d’une pudeur absolue, mais qui donne à ce livre une humanité touchante. J’ai été très ému en le lisant, comme jamais par Houellebecq que je porte pourtant aux nues. Et c’est sous le regard de cette émotion que je repense à toute l’œuvre qui prend une dimension nouvelle. Houellebecq, on le sait, est depuis toujours, à sa manière – naturaliste-, un vrai moraliste. Il nous montre aussi qu’il pourrait bien être l’un des derniers humanistes. D’accord ou pas ? A vous de lire et de vous exprimer !

François Maillot