Jean-Pierre Denis, Pourquoi le christianisme fait scandale, Seuil
Deux de mes éminents voisins de blog ont dit le bien qu’ils pensaient, ou plutôt celui qu’ils avaient éprouvé, à la lecture du recueil de poèmes de Jean-Pierre Denis, Dans l’éblouissant oubli (Ad Solem). Ce n’est pas faire trop d’honneur à l’auteur que de continuer, encore un instant, à chanter ses louanges, mais cette fois sur un autre terrain, moins poétique et intime… Pourquoi le christianisme fait scandale : tel est le titre de l’essai flamboyant et engagé que le poète (et accessoirement directeur de la rédaction de La Vie) publie aujourd’hui. Un essai qui vient à sa date, à son heure, pour nous sonner, si j’ose m’exprimer ainsi (mais la matière s’y prête !), les cloches. Oui, il était temps.
Notez d’abord que l’expression n’est pas écrite sur le mode interrogatif. C’est une affirmation, nette, forte, déterminée – peut-être paradoxale. Une fois qu’elle est posée, il faut donc expliquer, comment, en quoi, dans quelle mesure ou démesure, face à quel refoulement ou contre quelle dénégation, le christianisme, ici et maintenant, fait scandale. Denis s’y emploie avec un esprit clair, un solide bagage de références, un sens de la vaste fresque du monde moderne – dont la première partie du livre, à mon humble avis, abuse un peu. Avec surtout une conviction et – il serait mal venu de reculer devant le mot – une foi à déplacer les montagnes. Celles, pesantes, sans grâce, de notre paresse, de notre timidité, de nos
atermoiements. « Parvenus au terme de cette logique d’épuisement, nous éprouvons une sorte d’immense fatigue, écrit Denis, celle que procure le sentiment de la relativité de toute chose, sauf de notre propre relativité, laquelle nous apparaît, paradoxalement, comme absolue. »
L’impulsion est donnée. Il faut inverser le mouvement que le monde, la société, la culture impriment à notre conscience. Invités à élever notre ego, notre « individu autoconstruit », toute notre petite personne au rang d’un absolu, et du seul absolu qui vaille, nous devons renverser la vapeur, convertir notre regard, c’est-à-dire le porter sur ce qui est plus grand que nous, qui nous englobe, nous comprend. « Les « valeurs » du christianisme (…) ne sont pas des valeurs de conservation mais de conversion, voire de subversion. » Où donc, dès lors, se situe, se positionne celui que Jean-Pierre Denis nomme « le chrétien contre-culturel » ? La réponse n’est pas diplomatique ou contournée : il se tient loin d’« un certain catholicisme de confort, capitonné, chafouin, rondouillard, assez soigneusement refermé sur des certitudes « petites-bourgeoises » agréablement minoritaires pour ne jamais déranger personne. »
Ce « christianisme retrouvé », ce « nouveau christianisme » doit s’inventer, s’affirmer hors des poussiéreux clivages qui rangent les progressistes d’un côté, les traditionalistes de l’autre. Ni arrogance ou esprit de croisade, ni messes basses ou « foi ensevelie sous ses propres décombres ». Il y a comme un vent frais et vivifiant qui souffle dans le livre de Jean-Pierre Denis, qui invite à sortir sur les parvis, à ne pas cantonner la foi dans la sphère étroite de la vie privée.
Patrick Kéchichian


8 septembre 2010 à 11 h 26 min
votre commentaire me donne bien envie de lire ce livre car chrétienne depuis pas mal d’années, qui résiste à l’embrigadement des chapelles et des pressions trop humaines, je crois bien que Jésus-Christ a été et est aujourd’hui ce dont le monde a le plus besoin : « un pavé dans la marre », anti-bonne conscience, Il est cette liberté que chacun cherche au fond , une liberté et une puissance d’aimer : ce qui n’est pas du tout conformiste à notre époque : en exemple,voyons l’état d’esprit de nos milieux de travail…! à bientot donc de vous lire.
9 septembre 2010 à 13 h 09 min
Bonjour, Le livre est excellent! Le christianisme pour beaucoup est une doctrine endormie, poussiéreuse! Et pourtant nous sommes les véritables révolutionnaires car nous prêchons l’amour, le pardon, la tolérance, la société parfaite. Nous sommes subversifs à l’attaque d’un politiquement correct ronronnant, contre une pensée unique qui veut laminer les esprits. Jésus a lancé une révolution d’amour, alors suivons-le, sortons de nos églises et proclamons la fraternité. Donnons l’exemple partout où nous pouvons.Merci monsieur Denis pour cet ouvrage qui est pour moi un livre de chevet, comme celui de Denis Tillinac, Le Dieu de nos pères!!!
9 septembre 2010 à 17 h 32 min
Une autre ‘view’ sur les reussits et l’echec du christianisme sur le blog Excerpt Reader. Lisez-le: http://the-excerpt-reader.blogspot.com/2010/08/excerpt-william-manchesters-world-lit.html