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La scandaleuse de Périclès

La-scandaleuse-de-Périclès« La scandaleuse de Périclès », c’est cette fameuse Aspasie que mentionne Platon et qu’Aristophane brocardait dans ses comédies. Cette femme émancipée, intellectuelle, amie de Socrate et de Sophocle, cette amazone que l’on traitait de courtisane, et qui se permettait d’émettre des idées politiques, avait en outre un défaut supplémentaire aux yeux de l’opinion athénienne : elle était « métèque », étrangère. Elle venait de Milet.

Lorsque Périclès fait sa connaissance, il est au sommet de son influence et de son pouvoir. Nul mieux que lui ne sait ruser ou vibrer pour obtenir la faveur de l’agora. Il redéfinit la démocratie, tape dans la caisse des cités confédérées pour bâtir le Parthénon, mate l’Eubée en révolte. Sûr de son génie, il ne s’interdit rien. Les femmes, il ne s’en est guère préoccupé jusque là. Du jour au lendemain, galvanisé par cet amour, il va tout braver pour le vivre, coûte que coûte – et jusqu’à sa mort.

Pour nous raconter cette belle histoire passionnée, Sylvie Perez a manifestement tout lu sur cette Grèce du V° siècle avant notre ère, dont le rayonnement ne s’est jamais éteint. Elle en connaît les mœurs, le calendrier. Elle entend les bruits de la rue. Elle sait nous montrer une « démocratie » dure, arrogante, qui n’a que peu à voir avec le concept politique un peu douceâtre que nous désignons de ce nom. Elle sait nous montrer les trières de guerre dans le port du Pirée, aussi bien que les adolescentes défilant pour la fête des Panathénées, ou même Anaxagore élucidant l’énigme du bélier à une seule corne. Elle sait ce qu’on mangeait, elle sait quelles petites plantes poussaient sur le chemin où le philosophe fait sa promenade. Son roman est une chronique colorée, malicieuse et très convaincante de cette grande Athènes classique.

Cela dit, les romans historiques, les romans érudits, les romans « en costumes d’époque », on en a lu des tonnes. Souvent intéressants, souvent aussi interchangeables. Ce qui singularise celui-ci, c’est une écriture éclatante, incisive, jubilatoire. Exemple : « Ces petites lois étaient l’occasion pour Périclès de palper les rondeurs de son influence… » Ou bien : « Le problème que posait Aspasie était un problème de vocabulaire. On se méfie de ce qu’on ne peut pas nommer. » Ou encore : « Périclès était assommant et Socrate se demandait ce qu’Aspasie trouvait à cet homme raide comme un aviron. » Des bonheurs d’expression comme ceux-là, je pourrais en citer dix, vingt, trente, grâce auxquels, par-delà l’intérêt du sujet, on entend une voix charmeuse et intelligente, moins pompeuse que celle d’une Yourcenar, aussi sensuelle et vraie que celle d’une Colette.

Sylvie Perez a été journaliste, elle a publié des entretiens sur le théâtre et le cinéma (Wilson, Lelouch). Sous la couverture un peu convenue de ce roman « de genre », qui est son premier roman, il y a désormais une personne du même nom qui révèle une vraie patte d’écrivain.

François Taillandier


Sylvie Perez, La scandaleuse de Périclès, Robert Laffont

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