Le théâtre divin, une histoire de la messe

Le principal mérite de Philippe Martin dans son livre est de tordre le cou à un poncif sacrément coriace sur la messe dominicale : l’histoire de la messe aurait été une histoire sans histoires ; du Concile de Trente (1545-1563) à Vatican II (1962-1965), le missel romain aurait établi l’unité et la paix liturgiques dans toute la catholicité sans provoquer la moindre vague, le moindre tumulte. Cette vision est passablement irénique, argue cet historien lorrain, spécialiste des dévotions. Elle dénie même la vérité historique, estime ce professeur d’histoire moderne à l’université de Nancy II. Pour restituer ces quatre siècles de querelles liturgiques, il a concentré ses recherches sur la réception en France du Concile de Trente. En dévoilant une impressionnante collection d’archives aussi variées que surprenantes, il relate avec beaucoup d’érudition et aussi de truculence les joutes et les turbulences auxquelles a donné lieu l’introduction du rite tridentin dans la mère patrie de Blaise Pascal, lui qui voyait en la messe une « chose si grande et si sainte ».

De la lecture de ce passionnant livre d’histoire religieuse, il ressort au moins deux enseignements qui pourront éclairer utilement notre approche de l’actualité liturgique : celle-ci a été relancée par la décision récente du pape Benoit XVI de normaliser la pratique de l’ancienne liturgie, dite la messe de saint Pie V.

Le premier enseignement est la nature foncièrement passionnelle des débats que suscite la messe. D’abord, la messe idéale demeurera un rêve impossible en ce monde puisqu’elle fut instituée des mains mêmes du Christ. Elle enflamme donc les imaginations, mais aussi les interprétations et les frustrations. Ensuite, Philippe Martin montre comment les clercs et les fidèles investissent beaucoup d’eux-mêmes dans ce temps et cet acte liturgiques qui représentent l’acmé de leur foi. La messe « conduit du sensible au spirituel pour entraîner le cœur et l’intelligence » note l’historien pour souligner ses aspects hautement psychologiques.

Le deuxième enseignement éclairant de ce livre est que la messe ne peut pas se soustraire aux variations et aux évolutions du monde alentour. Le rêve tridentin d’instaurer une messe identique en tout temps et en tous lieux s’est avéré utopique pour cette raison : jusqu’en 1875, l’évêque d’Orléans a ainsi pratiqué un autre rite que romain !

Une des idée-force de cette histoire instructive et savoureuse de la messe, réside peut-être dans cet avertissement conclusif de l’auteur :

« Vouloir enfermer la messe en un temps immobile, celui d’une liturgie issue d’une tradition posée en paradigme, est impossible. La tradition n’est que le moment du passé que l’on choisit de magnifier, pas une donnée définitive… »

Michel COOL

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