En un peu plus d’un siècle l’Angleterre a donné au catholicisme deux de ses génies : John Henry Newman (1801-1890) et Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Si dissemblables soient-ils, ces deux auteurs ont en commun, outre la conversion de l’anglicanisme à la religion romaine, un goût prononcé pour la spéculation intellectuelle. Le premier sera béatifié par Benoît XVI en septembre prochain, lors de la visite historique que le pape effectuera en Angleterre. Du second, on lira avec profit, bonheur et même jubilation, la toute nouvelle traduction, aux éditions Climats, de ces maîtres livres que sont Hérétiques et Orthodoxie, qui datent respectivement de 1905 et de 1908." />
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L’œuvre de Newman : une présence et une humanité remarquables.

Jean Honoré, La pensée de John Henry Newman, Une introduction, Ad Solem, 2010
Ramon Fernandez, Newman, Ad Solem, 2010

En un peu plus d’un siècle l’Angleterre a donné au catholicisme deux de ses génies : John Henry Newman (1801-1890) et Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Si dissemblables soient-ils, ces deux auteurs ont en commun, outre la conversion de l’anglicanisme à la religion romaine, un goût prononcé pour la spéculation intellectuelle. Le premier sera béatifié par Benoît XVI en septembre prochain, lors de la visite historique que le pape effectuera en Angleterre. Du second, on lira avec profit, bonheur et même jubilation, la toute nouvelle traduction, aux éditions Climats, de ces maîtres livres que sont Hérétiques et Orthodoxie, qui datent respectivement de 1905 et de 1908.
Avec le cardinal Newman, nous sommes évidemment dans un autre univers mental. Cependant, il serait injuste de ranger Chesterton dans la catégorie des ironistes ou des faiseurs de paradoxes tandis qu’on relèguerait le maître d’Oxford dans les rigidités de la hiérarchie ecclésiastique. La liberté de ton, le goût de la discussion, la place faite à l’affect et à la personnalité, donnent au contraire à l’œuvre newmanienne une présence et une humanité remarquables. Ainsi, les admirables Sermon paroissiaux (Cerf, huit volumes, 1993-2007), qui datent de la période anglicane, constituent l’un des sommets de la prédication chrétienne moderne et répondent parfaitement au but que leur assignait l’orateur : « nous faire tourner le regard vers notre cœur pour le sonder » tout en « allumant » en nous « le visage du Christ ».
Le cardinal Jean Honoré a publié plusieurs ouvrages clairs et informés sur Newman. Dans le dernier en date, le plus synthétique, il montre la cohérence entre la réflexion doctrinale, théologique, du prélat anglais et son expérience humaine et religieuse. « Ses idées théologiques, écrit Jean Honoré, suivent le canevas de son anthropologie et de sa spiritualité ».
Mais après avoir conseillé cette éclairante lecture, je voudrais m’arrêter sur un autre ouvrage consacré à Newman, plus inattendu, plus intrigant… Ramon Fernandez, on s’en souvient, fut l’un des grands critiques littéraires de l’entre-deux guerres, notamment à La NRF. Un peu plus tard, il se fourvoya gravement dans la Collaboration, puis mourut en août 1944, à l’âge de cinquante ans. Les deux articles ici rassemblés, sont encadrés d’une préface d’Irène Fernandez, philosophe, fille de l’auteur, et d’une postface de son frère, l’académicien Dominique Fernandez, qui consacra à son père un livre (Grasset, 2008).

On pourrait s’étonner de l’intérêt de Ramon Fernandez pour Newman, dont il ne partageait nullement la foi. Mais c’est justement cette extériorité qui fait le prix de son analyse. Partant d’un parallèle avec Proust, Fernandez détaille la manière dont Newman résout la question des rapports de la croyance et de la raison. Ce n’est pas au terme d’une pure opération intellectuelle que la foi prend, dans le cœur, la fermeté d’une certitude qui, « par une décision créatrice, dépasse la limite des probabilités ». La sensibilité et l’intuition personnelles jouent un rôle essentiel. Loin de « modérer l’audace de l’imagination », le mystère chrétien, « la réchauffe à la chaleur d’une présence ineffable qui l’accompagne dans tous ses détours » écrit Fernandez à l’écoute de Newman.
Patrick Kéchichian

3 commentaires à “L’œuvre de Newman : une présence et une humanité remarquables.”

  1. Joële Flandre dit:

    Bonjour,
    J’ai préparé une thèse de théologie dans les années 1984-1987, dont un résumé avait paru dans le bulletin des amis français de Newman (le volume, lui, doit encore figurer dans les travaux regroupés à Rome et Jérusalem) : j’y utilisais les « sermons paroissiaux »… C’est d’ailleurs le long travail de traduction, nécessaire à la défense de la thèse qui me fit y renoncer, ayant d’autres engagements à prendre.
    Je suis donc ravie que désormais ces volumes aient été traduits et mis à la disposition du public français, et encore plus que Newman soit enfin béatifié (mon dir de thèse de l’époque perd donc son pari :)

  2. ODON dit:

    je crois que cette sensibilité cette audace de l’imagination, cette poésie qui sonne dans l’œuvre de ce cher Newman,sont l’œuvre du Saint Esprit, force de Vérité sur soi même ( Newman était très humble) mais toujours conquérant des immensités de l’Amour.
    Dieu est cocasse comme l’écrit le RP Abbé (+) Dom Gérard CALVET dans la préface du porche du mystère de la deuxième vertu l’espérance de Péguy. Cocasse et tendre comme Chesterton que j’aime associé au grand cardinal Newman,comme vous cher Patrick Kechichian qui portez si bien l’honneur de Dieu.

  3. Tu devrais lire Newman | Koztoujours dit:

    Deux ans et quelques brouettes avant, Newman frappait encore à ma porte. Cet aimable rappel empruntait la plume de Patrick Kéchichian, auquel je suis lié par son petit éloge du catholicisme. Interpellation personnelle, de nouveau. Alors, je me suis résolu à faire connaissance avec John Henry Newman. Doucement. Par une introduction à sa pensée, les accords d’un non-croyant, et une biographie.

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