Jean-Pierre Denis, Dans l’éblouissant oubli. Poèmes, Ad Solem.

Je me souviens avoir entendu un éditorialiste, fort renommé et toujours bien en cour, flinguer allègrement un de nos hommes politiques en fulminant devant les caméras : « L’idée de voir un poète à l’Elysée est tout simplement effrayante ! » J’aurais, moi, tendance à trouver absolument « effrayant » ce type d’argument proclamé par un de ces soi-disant monstres sacrés de la scène médiatique. Ils n’ont en vérité de sacré – dans le sens familier de l’adjectif ! - que leur présomption désolante. Cette appréciation lapidaire dit bien en tout cas dans quelle pitié condescendante on tient dans un certain gotha parisien, la poésie et les poètes. « Pitié pour eux ! » doivent rugir dans leurs caveaux les Hugo, Lamartine et Senghor et tant d’autres qui, pour avoir été en leur temps de grands seigneurs de la politique, n’en furent pas moins des princes éclairés de la poésie.
Faisons donc la nique à ces « éditocrates » de malheur ! Profitons de l’été, pour lire des poètes d’hier et d’aujourd’hui. Nous avons l’embarras du choix. Mais parmi ceux d’aujourd’hui, arrêtons-nous au premier recueil de poèmes publié par Jean-Pierre Denis. Pourquoi ?
D’abord, ce n’est pas tous les jours qu’un journaliste, un directeur de journal, met son « cœur à nu », comme disait Baudelaire. Dire cela, ce n’est pas saluer je ne sais quel courage, mais c’est plutôt rendre grâce aux muses d’avoir protégé les éblouissements intimes du journaliste de la grêle incessante d’informations qu’il doit journellement affronter au risque de s’aveugler. Ensuite ce recueil dévoile, à mon sens, l’identité profonde de son auteur : celle d’un contemplatif de l’instant passager et oubliable : car, « tout instant est envahi » écrit-il à sa façon ciselée des voyants insatiables.
Avec Jean-Pierre Denis, on marche « parmi les hautes herbes », on surprend dans une futaie un « ballet de biches en désordre », on s’éprend d’un « froissement d’oiseaux »… Comme Chateaubriand, son écrivain favori, Denis célèbre la Création dans laquelle il scrute la main du Créateur. Cette promenade n’est pourtant pas celle d’un panthéiste. Alors ? Elle est la marche d’un frondeur spirituel : d’un homme du Sud qui s’insurge contre « l’obscurité qui nous dévore » ; celle qui nous suit dans la vallée des larmes où dévalent nos morts, petites et grandes, nos peurs, nos leurres et nos malheurs… « Soyez des héros » pour « enjamber les fleuves », « tutoyer les falaises » lance Jean-Pierre Denis à ses lecteurs. J’aime cette oriflamme de l’espérance déployée devant nos yeux fatigués. J’aime ce cri d’insurrection de l’âme qui n’est pas sans rappeler la verve d’un certain Maurice Clavel !
Vivent les poètes ! Ils n’ont pas leur pareil pour réveiller « la banalité de notre sommeil » et glisser à notre oreille distraite : « Engage ta floraison » !
Michel Cool


18 août 2010 à 10 h 34 min
Très bon éditorial!La poesie est une philosophie de la vie et elle crée de la beauté.Un ministre de la culture en a besoin mais est ce la seule qualité attendue?