En attendant les premiers livres en français du pape ou sur lui, une première analyse à chaud du passage de témoin entre Benoît XVI et François.
Les événements récents de l’Eglise nous ont fait vivre des semaines d’une grande intensité : la renonciation surprise de Benoît XVI, la préparation du conclave, la fumée blanche, et l’élection inattendue du cardinal Bergoglio.
Les catholiques n’oublieront pas de sitôt Benoît XVI. Comme ils n’ont pas oublié Jean-Paul II. Le recul manque encore et les fruits de ce grand pontificat seront sans doute encore plus clairs avec le temps. Mais on peut dégager trois grands axes de l’action de Benoît XVI. Tout d’abord l’affirmation incessante de la nécessité du dialogue entre la foi et la raison. Dans quelques siècles sans doute, on parlera encore de Benoît XVI comme le pape théologien. Ensuite la volonté de fixer définitivement la juste interprétation du concile Vatican II, dans une herméneutique de la réforme dans la continuité et non pas dans celle de la rupture chère aux extrêmes. C’est à ce point que je rattache l’attention à la liturgie. Enfin, et cet aspect palpable dès son apparition au balcon de Saint-Pierre a éclaté au grand jour dans son geste final, un souci premier de la prière, de l’intériorité et du silence dans une posture de grande humilité, en permanence tournée vers le Seigneur.
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Pierre Schmidt part avec un handicap : son éditeur, les éditions Salvator, prétend que ce premier roman est un roman bernanosien. Voudrait-on enterrer vivant un auteur, on ne saurait mieux faire. Et pourtant, il se pourrait que cette épithète écrasante ne soit point totalement usurpée.
Eugène Green n’est pas seulement un des plus remarquables cinéastes contemporains. C’est aussi un écrivain passionnant et Les Atticistes, son dernier roman paru chez Gallimard, est un des textes les plus roboratifs de la rentrée littéraire.
On attendait avec impatience le troisième et dernier volet de Benoît XVI sur Jésus, consacré à L’enfance de Jésus. Et bien on n’est pas déçu. On y retrouve ce qui fait la force des textes du Pape : précision du propos, profondeur de la démarche, qualité d’écoute et d’argumentation en direction de l’exégèse d’hier et d’aujourd’hui, tout cela servi par une grande modestie, une humilité par rapport à la tradition de l’Eglise qui témoigne d’une spiritualité très intérieure.
Dans les poids lourds de la rentrée, une belle surprise est apparue avec le dernier roman d’Amélie Nothomb que l’on avait plus vue depuis longtemps dans une forme aussi éclatante. Cette plongée dans le mythe de Barbe Bleue est un régal. Saturnine Puissant trouve l’opportunité royale d’une colocation somptueuse dans un magnifique appartement parisien. Le seul hic c’est que toutes les précédentes locataires ont disparu. Mais Saturnine va tenter l’aventure, bien décidée à ne pas se faire piéger par le richissime hôte des lieux, Don Elemerio Nibal Y Milcar, issu d’une improbable lignée aristocratique espagnole.
La vaticano-fiction est à la mode et se vend bien. Elle m’a rarement convaincu, donnant souvent lieu à des intrigues cousues de fil blanc et masquant mal les procédés grossiers du roman à thèse. A ceux qui partagent ma réticence pour ce genre d’exercice de plume, je voudrais juste dire que le roman dont je vais parler est un authentique chef d’œuvre.
La réédition au Cerf de ce texte du cardinal Daniélou est particulièrement bien venue en cette période d’entre-deux tours. J’ai eu un choc en découvrant que ce livre dont la lecture m’a absolument emballé datait de l’année de ma naissance. Ce texte de 1965 n’a pris aucune ride et c’est sans doute parce que, outre la qualité d’écriture et la vision prophétique de l’auteur, tout y est nuancé, et pourtant d’une précision et d’une exigence tranchantes. C’est que, qu’il s’agisse de l’action envers les pauvres, de la nécessité de la vie intérieure dans tout apostolat ou du positionnement du chrétien face au monde, tout est pesé à l’aune de l’essentiel, au crible de la Parole de Dieu dans le cœur de l’homme, en tant que lieu de dévoilement de sa vocation profonde. Et notamment sur cette idée que si la cité terrestre ne saurait constituer la fin dernière du chrétien qui est la cité céleste, il ne saurait se désintéresser de la construction de la première. Oublier l’un pour un amour exclusif de l’autre est une illusion ; plus même, une faute. « Servir ses frères et sauver son âme ne sont pas deux choses qui s’opposeraient, mais une seule et même chose. Le chrétien peut alors redécouvrir l’unité de sa vocation, l’unité de son être, l’unité de sa personne » (p. 122).


