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De Benoît XVI à François

pape-francoisEn attendant les premiers livres en français du pape ou sur lui, une première analyse à chaud du passage de témoin entre Benoît XVI et François.

Les événements récents de l’Eglise nous ont fait vivre des semaines d’une grande intensité : la renonciation surprise de Benoît XVI, la préparation du conclave, la fumée blanche, et l’élection inattendue du cardinal Bergoglio.

Les catholiques n’oublieront pas de sitôt Benoît XVI. Comme ils n’ont pas oublié Jean-Paul II. Le recul manque encore et les fruits de ce grand pontificat seront sans doute encore plus clairs avec le temps. Mais on peut dégager trois grands axes de l’action de Benoît XVI. Tout d’abord l’affirmation incessante de la nécessité du dialogue entre la foi et la raison. Dans quelques siècles sans doute, on parlera encore de Benoît XVI comme le pape théologien. Ensuite la volonté de fixer définitivement la juste interprétation du concile Vatican II, dans une herméneutique de la réforme dans la continuité et non pas dans celle de la rupture chère aux extrêmes. C’est à ce point que je rattache l’attention à la liturgie. Enfin, et cet aspect palpable dès son apparition au balcon de Saint-Pierre a éclaté au grand jour dans son geste final, un souci premier de la prière, de l’intériorité et du silence dans une posture de grande humilité, en permanence tournée vers le Seigneur.
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Pierre Schmidt, La vie rachète la vie

pierre-schmidt-vie-rachete-viePierre Schmidt part avec un handicap : son éditeur, les éditions Salvator, prétend que ce premier roman est un roman bernanosien. Voudrait-on enterrer vivant un auteur, on ne saurait mieux faire. Et pourtant, il se pourrait que cette épithète écrasante ne soit point totalement usurpée.

Il suffit de plonger dans les premières lignes du texte où l’on suit, sous la pluie transperçante de Picardie, la course en vélo d’une jeune fille à bout de souffle, pour être pris à la gorge, avec un creux à l’estomac qui évoque les vraies rencontres littéraires. Alix a seize ans. Elle rentre chez elle, dans un antre surchauffée et graisseuse, où elle vit avec sa mère alcoolique, au bord du gouffre. Alix est enceinte de son petit copain Arthur et sa vie, elle le pressent tout juste vient de basculer.
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Eugène Green, Les Atticistes

atticitesEugène Green n’est pas seulement un des plus remarquables cinéastes contemporains. C’est aussi un écrivain passionnant et Les Atticistes, son dernier roman paru chez Gallimard, est un des textes les plus roboratifs de la rentrée littéraire.

Cette satire contemporaine met en prise deux personnages dont la drôlerie n’a d’égale que la cuistrerie, archétypes de tout ce que la culture contemporaine a produit depuis quarante ans dans le microcosme germanopratin. Amédée Lucien Astrafolli, mandarin des lettres représentant la tendance de l’atticisme (idéal littéraire de l’élégance et de la sobriété) et Marie-Albane de Courtambat, sémiologue féministe en rupture de ban avec son milieu familial, qui incarne le courant moderne des asianistes, prônant la déconstruction culturelle. La drôlerie des patronymes donne idée du ridicule des personnages. Ces deux idéologues se font une guerre à mort par revues interposées, d’autant plus jubilatoire que leurs existences sont remplies d’anecdotes grotesques, à la mesure de leur fatuité. On s’apercevra au bout du compte que ces deux adversaires sont en fait du même camp, et qu’ils ont face à eux, le bon sens affranchi des coteries d’un jeune homme issu des banlieues, Julien Tertre, qui, grâce au cinéma, trouve la voie d’un véritable langage artistique.

On retrouve chez ce Julien bien des aspects de la trajectoire d’Eugène Green qui après avoir connu l’ostracisme des théâtreux quand il faisait sur scène le travail équivalent de celui que les baroqueux firent en musique, trouva au cinéma un espace d’expression pour la parole. Car, sous la bouffonnerie, cette farce qui tient de Molière et de Pascal, reprend, dans un mode mineur, le grand thème greenien de la parole. Celle-ci peut se déployer dans la tension intime qui réside au sein même des hommes et des éléments, magnifiée par l’oxymore baroque et dont le cinéma sait singulièrement rendre compte. Toute idéologie est mortifère, tuant culture et spiritualité. Ces Atticistes sont en tous les cas la plus belle charge de la littérature française contre les ravages intellectuels et moraux de la société post soixante-huitarde.

François Maillot

Eugène Green, Les Atticistes, éditions Gallimard

Benoît XVI, L’enfance de Jésus

On attendait avec impatience le troisième et dernier volet de Benoît XVI sur Jésus, consacré à L’enfance de Jésus. Et bien on n’est pas déçu. On y retrouve ce qui fait la force des textes du Pape : précision du propos, profondeur de la démarche, qualité d’écoute et d’argumentation en direction de l’exégèse d’hier et d’aujourd’hui, tout cela servi par une grande modestie, une humilité par rapport à la tradition de l’Eglise qui témoigne d’une spiritualité très intérieure.

De la généalogie de Jésus et de ce qu’elle dit de lui à la scène de Jésus enseignant les docteurs du Temple, toutes les étapes de l’enfance sont abordées. Avec au centre de gravité ce moment qui a changé l’humanité, celui de l’Incarnation, rendu possible par l’amour inconditionnel de Dieu pour les hommes et par le fiat de Marie à l’Annonciation. Il y a dans cette scène une part de mystère et cette part de mystère dans l’Incarnation, Benoît XVI, en dépit de son immense savoir, tient à la préserver comme un inaltérable joyau.

De la Nativité à la fuite en Egypte, en passant par la présentation de Jésus au temple et par l’adoration des mages, Benoît XVI a le don de nous faire goûter la force de l’Evangile. Toute la science exégétique, patristique et théologique qu’il convoque avec simplicité et sans jargon est au service d’une lecture spirituelle de la parole de Dieu. Elle nous renvoie à ce qu’est cette parole, une présence réelle de Dieu dans notre vie. Ce livre lui rend le plus beau service qui soit et sera pour chacun de nous le meilleur guide pour nous préparer à vivre Noël dans la lumière.

François Maillot

Amélie Nothomb, Barbe bleue

amelie-nothon-barbe-bleueDans les poids lourds de la rentrée, une belle surprise est apparue avec le dernier roman d’Amélie Nothomb que l’on avait plus vue depuis longtemps dans une forme aussi éclatante. Cette plongée dans le mythe de Barbe Bleue est un régal. Saturnine Puissant trouve l’opportunité royale d’une colocation somptueuse dans un magnifique appartement parisien. Le seul hic c’est que toutes les précédentes locataires ont disparu. Mais Saturnine va tenter l’aventure, bien décidée à ne pas se faire piéger par le richissime hôte des lieux, Don Elemerio Nibal Y Milcar, issu d’une improbable lignée aristocratique espagnole.
Sur fond d’intrigue quasi policière ( quel lien y a-t-il entre ces disparitions étranges et cette pièce de l’appartement dont l’accès est interdit sous peine de terribles représailles ? ), se déploie un jubilatoire tête-à-tête en huis-clos entre l’effrontée locataire et le neurasthénique propriétaire. Cuisinier hors-pair, amoureux possessif (mais platonique) de Saturnine, Elemerio fait montre d’un catholicisme (presque) impeccablement orthodoxe et complètement givré. On s’enfonce dans un monde où le mot est purement rhétorique et où la réalité n’est que matière : œufs cuisinés à tous les modes, robes de haute couture étincelantes, champagne électrisant les veines. Dans l’interstice, un lieu sombre et secret, comme un château-fort imprenable, l’âme perdue d’Elemerio. Et la quête policière de Saturnine n’est rien d’autre qu’une interrogation ontologique sur le secret derrière la porte, sur ce qui résiste aux apparences, celles de la matière et celles de la vaine parole.
Hilarant, jubilatoire et éblouissant, ce roman d’Amélie Nothomb en tonalité majeure recèle comme en un contrepoint à peine murmuré un frisson de mélancolie qui, sur la fin, s’ouvre en corolle sur un point d’orgue en mode mineur. On referme le livre comme on referme un rêve. Avec gratitude et une pointe de nostalgie.

François Maillot


Amélie Nothomb, Barbe bleue, Albin Michel

Le pont des anges

le-pont-des-angesLa vaticano-fiction est à la mode et se vend bien. Elle m’a rarement convaincu, donnant souvent lieu à des intrigues cousues de fil blanc et masquant mal les procédés grossiers du roman à thèse. A ceux qui partagent ma réticence pour ce genre d’exercice de plume, je voudrais juste dire que le roman dont je vais parler est un authentique chef d’œuvre.

Ce n’est pas seulement parce que Le Pont des Anges est publié en collection blanche que je l’adoube ainsi de ce qualificatif prestigieux. La dite collection ne publie pas que des livres impérissables, mais avec les opus de François Sureau ou Eugène Green, Gallimard a inscrit à son catalogue des ouvrages dont l’élan spirituel renoue avec ce que la maison naguère a produit de meilleur. Dans ce registre qui n’est pas une classification, Philippe Le Guillou vient prendre place en maitre.

Le Pont des Anges prend la suite d’un des premiers textes de l’auteur, Le Dieu noir, qui racontait le pontificat du premier pape noir, Miltiade II. Nous sommes dans la deuxième moitié du XXIe siècle. Le monde explose sous le poids d’une mondialisation insupportable qui fait se dresser les pauvres de tous les pays contre une richesse arrogante et impitoyable. La figure altière de Miltiade, pape très traditionnel qui a fini par s’enfermer dans son palais du Vatican, en proie au doute et au désespoir, plane sur le conclave qui va élire son successeur. Qui va gouverner l’Eglise, en proie à la violence terroriste, à la menace de la sécession des continents africain et sud-américain, emmenés par le cardinal Alvarez auprès duquel les théologiens de la libération font figure d’aimables galopins ? Le parti de la curie, muré dans un conservatisme anachronique aurait bien fait élire son candidat, mais de consensus il ne peut y avoir. Avec un souffle et une précision confondants, Philippe Le Guillou nous fait vivre ce conclave de l’intérieur au terme duquel Thomas Sullivan, bénédictin irlandais, venu à Rome avec un ticket de retour, en prend pour perpette.

Je vous laisse découvrir sous la plume de Le Guillou les grandeurs et misères du pontificat de Clément XV. Disons juste que ce pape est une sorte de croisement entre Paul VI et Benoît XVI. Attaché à la tradition doctrinale contre vents et marées et à la sobriété de la liturgie, Clément XV saura imposer à un entourage rétif des réformes structurelles de nature à assurer l’unité de l’Eglise dans sa diversité. Nous sortons ici du clivage conservateurs-progressistes qui est le terreau de la vaticano-fication, comme l’adultère avec la soubrette est celui de la comédie de boulevard. Rien chez Philippe Le Guillou n’est enfermé dans des schémas simplistes. Les hommes que l’on croise dans ce livre sont d’une grande subtilité, celle de la nature humaine tiraillée entre son aspiration à faire le bien et son incapacité à se dépouiller du vieil homme.

Ce roman en effet, au-delà de l’anticipation très crédible sur l’évolution de la société et de l’Eglise, propose une méditation altière sur le pouvoir et sur son exercice solitaire. La figure de pape que dessine Le Guillou est celle d’un homme en proie à ses fragilités et à ses limites mais qui puise dans une verticalité qui repose sur le roc de la prière les ressources inconnues que l’homme, capax Dei, recèle en lui. Plus d’une fois, j’ai arrêté la lecture de ce texte vibrant et tenu bride serrée, au bord des larmes, submergé par l’angoisse du pontife, fasciné et terrifié par son impuissance et par la force inouïe qu’il dégage, ou plutôt que Dieu manifeste en lui. De ce point de vue, Le Pont des Anges est une méditation sur l’homme et son destin au cœur du monde. Il ne peut y faire face qu’en plongeant au plus profond de son intériorité, dans le cœur de ses ténèbres personnelles où gît l’étincelle qui lui donne la lumière qu’il s’épuise à chercher à tâtons en dehors de lui.

François Maillot


Phillipe Le Guillou, Le pont des anges, éditions Gallimard

Vous avez dit politique ?

Loraison-problème-politique-jean-daniélouLa réédition au Cerf de ce texte du cardinal Daniélou est particulièrement bien venue en cette période d’entre-deux tours. J’ai eu un choc en découvrant que ce livre dont la lecture m’a absolument emballé datait de l’année de ma naissance. Ce texte de 1965 n’a pris aucune ride et c’est sans doute parce que, outre la qualité d’écriture et la vision prophétique de l’auteur, tout y est nuancé, et pourtant d’une précision et d’une exigence tranchantes. C’est que, qu’il s’agisse de l’action envers les pauvres, de la nécessité de la vie intérieure dans tout apostolat ou du positionnement du chrétien face au monde, tout est pesé à l’aune de l’essentiel, au crible de la Parole de Dieu dans le cœur de l’homme, en tant que lieu de dévoilement de sa vocation profonde. Et notamment sur cette idée que si la cité terrestre ne saurait constituer la fin dernière du chrétien qui est la cité céleste, il ne saurait se désintéresser de la construction de la première. Oublier l’un pour un amour exclusif de l’autre est une illusion ; plus même, une faute. « Servir ses frères et sauver son âme ne sont pas deux choses qui s’opposeraient, mais une seule et même chose. Le chrétien peut alors redécouvrir l’unité de sa vocation, l’unité de son être, l’unité de sa personne » (p. 122).

Je retiendrai un point sur lequel l’analyse de Daniélou m’a ébloui, celui de la difficile question du positionnement des chrétiens face aux autres religions. Daniélou distingue bien la religion qui est le mouvement de l’homme vers Dieu et la Révélation qui est celui de Dieu vers sa créature. Ce faisant, il évite l’écueil du syncrétisme qui n’aboutit qu’au robinet d’eau tiède du relativisme. Sur ce point, il ne surprendra personne. Mais Daniélou ne néglige pas pour autant le fait religieux et donc le dialogue avec toutes les autres religions en tant que représentantes de cet instinct religieux qui est au moins enfoui en chaque homme et que l’athéisme a voulu extirper. Mépriser les autres expressions religieuses parce que nous sommes dépositaires de la Révélation serait une erreur théologique grave. En effet si le Christ en s’incarnant a lui-même endossé le mouvement religieux de la nature humaine, pouvons-nous, chrétiens, nous arroger le droit de le négliger ? Daniélou s’appuie sur la continuité du magistère de l’Eglise, notamment sur Pie XII et Jean XXIII, pour rappeler que le Christ est venu sauver toute la création et que le christianisme assume, purifie et transfigure les valeurs religieuses païennes. Cette ligne de crête qui concilie un esprit de large ouverture et un accueil intégral de l’unicité salvifique du Christ par son Eglise est d’autant plus d’actualité que nous fêtons cette année le cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II dont l’interprétation doit être analysée à cette double lueur.

La finesse d’analyse de Daniélou est de celle qui laisse le lecteur avec ce sentiment de stupeur face à la clarté de l’évidence : comment n’y avais-je pensé ? Ne cherchons pas dans le génie intellectuel de Jean Daniélou, même s’il est avéré, la cause majeure de cet effet. Le secret nous en est livré dans le chapitre qui donne son titre au livre. Toute vie active ou apostolique ne peut être féconde que si elle est « branchée » sur une relation intérieure avec le Christ. C’est à cette condition que les pièges de la vanité, de la pression sociale, de l’activisme ou de l’idéologie n’auront de prise sur l’homme. Si ce beau petit livre donne à chaque chrétien de quoi nourrir sa réflexion sur sa propre existence, c’est assurément car le cardinal Daniélou a vécu lui-même à cette source d’eau vive qui donne la fécondité et la joie.

François Maillot

Jean Daniélou, L’oraison, problème politique, éditions du Cerf

Solange Bied-Charreton, Enjoy

Solange Bied-Charreton, Enjoy, Stock

Il est difficile d’écrire sur les livres des amis, surtout lorsqu’il s’agit de romans. Non pas pour une médiocre affaire de complaisance et de renvoi d’ascenseur (Solange et moi ne connaissons comme ascenseur que celui de la petite Thérèse), mais surtout parce que ce lien d’amitié repose sur des affections, des réflexes, des raisonnements et surtout des ellipses partagés dont il est parfois difficile de se détacher pour se mettre dans la peau d’un lecteur qui, quant à lui, y serait plus ou moins extérieur. Pourtant, à force de fréquenter les rentrées littéraires et leurs kyrielles  de premiers romans, je crois pouvoir vous assurer que celui-ci est d’une singularité qui mérite le détour et qui correspond à ce que l’on peut attendre de la littérature.

Enjoy raconte l’histoire (oui, première bonne nouvelle, ce roman RACONTE UNE HISTOIRE !) de Charles Valérien dont la vie se partage entre une existence réelle d’une insoutenable vacuité au sein d’un cabinet de consultants et une existence virtuelle d’une médiocre insignifiance sur Show You, le réseau social en vogue où l’on doit, sous peine d’être banni, poster une vidéo hebdomadaire. Dans les deux cas, une existence marquée par le paraître, les conventions, la contrainte et la peur panique de ne plus exister, de n’être rien ; et ces deux univers n’en font qu’un, comme Charles en fera l’amère expérience. Solange Bied-Charreton nous emmène au pays d’Aldous Huxley, dans un meilleur des mondes qui ressemble au nôtre et pourtant donne envie de gerber. Avec un style clinique, à l’ironie souvent mordante, qui évoque celui des hussards, et notamment de Nimier, sans le cynisme pour autant.

Car là est le mérite de ce roman. Il ne nous propose pas seulement une radiographie d’un monde sans intérêt. Derrière Show You, il y a des histoires d’êtres de chair et d’esprit. Anne-Laure, dont Charles tombe amoureux, qui refuse d’être sur Show You et préfère le rock alternatif de copains bruyants ; Rémy Gauthrin, auteur en vogue, qui va éprouver la vanité de la petite entreprise de business littéraire ; le père de Charles enfin, dont la folie semble être plus sage que la sagesse du monde. En faisant résolument basculer son histoire vers une humanité cabossée mais réellement vivante, à laquelle Charles et Gauthrin finiront par aspirer, Solange Bied-Charreton laisse la place (un peu tard et de manière un peu trop abrupte à mon avis, c’est le seul reproche que je lui ferais) à une réelle compassion, sans pathos ni mouchoirs, juste suggérée à l’attention du lecteur réellement présent à ce qu’il lit. C’est alors, la béance du vide de ce monde sans Dieu et dont l’humanité s’expulse elle-même qui apparaît. Se dessine enfin ce portrait de l’homme en marche vers sa destinée : une quête de Dieu, d’amour, de rédemption l’habite inexorablement. Il n’aura de repos de l’avoir trouvé. Enjoy !

François Maillot


Solange Bied-Charreton, Enjoy, Stock

La nature et la grâce

Il n’est pas d’une originalité inouïe de penser que Terrence Malick est le plus grand cinéaste vivant. En cinq films aussi rares qu’aboutis, il a construit une œuvre d’une ampleur unique, contemplative et charnelle à la fois. Tree of life, qui sort en dvd, a obtenu la palme d’or lors de l’édition 2011 du festival de Cannes. Ce film éblouissant est sans doute le plus ambitieux de son auteur et, pour ma part, je trouve que c’est le plus beau.

Le tour de force de Malick est de proposer une histoire du monde, de sa création à ce que nous appellerons son aboutissement, en l’incarnant dans la vie d’une famille américaine. Brad Pitt campe, avec une vérité admirable, le personnage d’un père perfectionniste, musicien qui est passé à côté d’une vocation, qui aime autant ses enfants qu’il les tyrannise, projetant sur eux le succès qu’il n’a pas obtenu. Autour de lui, une mère dont le seul défaut serait de n’en pas avoir (Jessica Chastain d’une beauté saisissante) et trois enfants, dont l’aîné, Jack (Sean Penn à l’âge adulte) se souvient de cette enfance où l’insouciance et la joie côtoient la peine et le deuil, au sein d’une nature qui, comme toujours chez Malick, est un personnage central du film.

Nul ne filme comme Malick ; la nature, certes, mais aussi les êtres humains : la lumière sur une feuille, le frémissement de l’air dans une chevelure, cet invisible lien entre les êtres et les éléments, avec une caméra qui embrasse comme nul autre son sujet. Sujet de contemplation. Rien que pour cela, il faut voir et revoir Tree of Life. Mais un autre aspect de ce film m’incite à vous le recommander ardemment. N’ayons pas peur des mots, c’est qu’il s’agit d’un immense film chrétien.

Les deux scènes qui ont été contestées par certains – et que, pour ma part, j’ai trouvées admirables – celle de la création du monde et celle de la fin – immergent le spectateur dans le mystère du monde qui est celui de Dieu. Personne n’avait osé filmer la création ainsi. Ces images de l’émergence de la vie – les éléments, la vie végétative, la vie animale – constituent à la fois une catéchèse (on sent bel et bien l’acte créateur) et une contemplation de la manière dont ce geste créateur s’est déroulé, à savoir selon les lois de l’évolution. Quant à la scène finale, je ne voudrais pas vous imposer une interprétation. On peut penser qu’il s’agit de la communion des saints, du paradis, ou peut-être simplement de l’union à Dieu en tous, du royaume dès maintenant. A coup sûr, de ce point de jonction rare entre la nature et la grâce.

Car c’est bien le sujet de ce film : la nature et la grâce. Derrière cette chronique familiale d’une humanité ordinaire, enchâssée entre le spectacle grandiose de la création et l’atmosphère d’apesanteur du dénouement, se joue la grande tension de l’humanité. Celle de la nature et de la grâce. La nature, c’est à la fois ce monde qui suscite notre émerveillement et ses lois de combat et de violence ; la grâce, qui ne vient pas la détruire, est au contraire ce qui vient l’accomplir en faisant toutes choses nouvelles. Ce film en est l’épiphanie.

François Maillot

Terrence Malick, Tree of Life

Best of Louange

Que faisaient les parents lorsque leurs ainés étaient aux JMJ, entre Valladolid et Madrid ? Ils écoutaient à tue-tête, en compagnie des plus jeunes, la compilation louanges de l’Emmanuel ! Quel bonheur que de retrouver tous les tubes (quoiqu’il manque bizarrement Voici celui qui vient au nom du Seigneur) qui rythment les soirées de louange et autres temps forts qui ont conquis, au-delà des groupes issus du Renouveau, nombre de paroisses !

Je vous passe le couplet du vendeur sur les bandes remasterisées et sur les enchaînements façon medley. C’est vrai ! Et ça marche. Mais l’essentiel est ailleurs. On peut (et c’est mon cas) tiquer sur certains arrangements et certaines voix masculines et préférer entendre ces chants avec un accompagnement minimal (pitié, arrêtons ces affreux synthés dans les assemblées de prière, guitare et tambourin suffisent amplement…). On peut difficilement nier que l’Emmanuel a un vrai charisme pour le chant (comme le Verbe de Vie, par ailleurs). Les mélodies sont souvent irrésistibles, les harmonies donnent du relief, même si elles ne sont pas toujours dans les règles de l’art. Quant aux paroles, elles sont généralement issues des psaumes ce qui leur confère une sûreté théologique et un élan poétique que les chants des générations précédentes, hélas, n’eurent pas toujours, qu’il s’agît des bluettes des années soixante-dix ou des cantiques de naguère… Cette remarque n’engage que son auteur…

Beaucoup de personnes de ma génération, et des plus jeunes, ont grâce à ces chants, fait une expérience fondatrice : celle d’exprimer sa foi, avec spontanéité et avec gratitude. A leur contact, beaucoup ont entamé une relation plus incarnée et plus vivante avec le Seigneur. Ces chants de louange conduisent à la prière par la joie. Or, la joie, disait Chesterton, est le grand secret du chrétien. Essayez donc !

François Maillot

Best of Louange