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	<title>le blog de La Procure&#187; Chroniques d&#8217;écrivains</title>
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		<title>Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 12:43:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Nathalie Léger]]></category>

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		<description><![CDATA[Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger Heureux celui qui colle à son propre nom, à sa vie, que son identité ne trouble pas, qui fait un avec lui même, avec ses sentiments, ses désirs… Mais il n’en va pas toujours ainsi. Il était une fois, raconte Nathalie Léger, une femme très [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/nathalie-leger-supplement-a-la-vie-de-barbara-loden/' addthis:title='Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2012/01/Nathalie-Léger-Supplément-à-la-vie-de-Barbara-Loden.jpg"><img class="size-medium wp-image-2970 alignleft" title="Nathalie-Léger,-Supplément-à-la-vie-de-Barbara-Loden" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2012/01/Nathalie-Léger-Supplément-à-la-vie-de-Barbara-Loden-192x300.jpg" alt="" width="192" height="300" /></a>Heureux celui qui colle à son propre nom, à sa vie, que son identité ne trouble pas, qui fait un avec lui même, avec ses sentiments, ses désirs… Mais il n’en va pas toujours ainsi. Il était une fois, raconte Nathalie Léger, une femme très incertaine d’elle-même, au regard perdu, à l’âme vacante, aux rêves dévastés. Elle était américaine et se nommait Barbara Loden. Cependant, son incertitude grandissait, et elle collait de moins en moins au monde, à elle-même, aux autres. <em>« Je n’étais rien. Je n’avais pas d’amis. Pas de talent. J’étais une ombre »</em>, disait-elle.  Un jour, elle prit un nom de fiction, un simple prénom plutôt, Wanda, dont elle fit le titre d’un film, le seul qu’elle réalisa, en 1970. Evidemment, elle interpréta elle-même le personnage – puisqu’elle en était si proche. Le film reçut l’année suivante une récompense à Venise. Dix ans plus tard, elle mourut d’un cancer, à l’âge de 48 ans. Que dire de plus ? Ah oui, elle tourna dans quelques autres films et fut, peu de temps, la seconde épouse d’Elia Kazan. L’histoire aurait pu en rester là, et j’aurais alors cédé ma plume à un historien du cinéma.</p>
<p>Mais très vite, Nathalie Léger a vu apparaître un troisième nom, le nom d’une femme encore plus obscure, Alma Malone, le modèle dont s’inspira Barbara pour créer Wanda. Mêlée, dix ans plus tôt, à un piteux braquage de banque, au cours duquel meurt son compagnon, <em>« un certain Ansley »</em>, Alma est condamnée (avec un soulagement dont l’expression étonne les témoins), à vingt ans de prison ; elle est libérée sur parole dix ans plus tard, puis on perd sa trace.</p>
<p>Wanda est donc le nom imaginaire d’une rencontre entre des femmes de chair et d’esprit, d’espoir et d’errance : Alma et Barbara bien sûr mais aussi – surtout dirais-je – l’auteur, Nathalie Léger. Et puisque la couverture ne porte pas la mention « roman », ce sésame qui innocente par avance toute substitution d’identité, nous pouvons en déduire que le « je » qui s’y exprime est bien celui de l’auteur. Quelques détails autobiographiques et amorces de confidences finissent d’ailleurs de nous en convaincre.</p>
<p>Dans son précédent ouvrage, <em><a href="http://www.laprocure.com/livres/nathalie-leger/l-exposition_9782846822664.html">L’Exposition</a> </em>(POL, 2008), Nathalie Léger explorait déjà le très intense et très vide mystère d’une autre femme, image elle aussi, la comtesse de Castiglione qui passa pour l’une des plus belles de son temps – la seconde moitié du XIXe siècle.</p>
<p><em>« Je sais d’expérience qu’on accède à ceux qui sont morts en pénétrant dans un mausolée de papiers et d’objets, un lieu clos, comble et pourtant vide… »</em> Ce vide, ou ce trop-plein, Nathalie Léger l’explore à nouveau avec une conscience fébrile et attentive, un intérêt qui ignore ses vrais motifs. Littéralement, je veux dire littérairement, emportée par son sujet – jusqu’en Amérique, sur les traces de ses modèles – elle interroge <em>« l’excès et l’inachèvement »</em>. Au terme du périple, il y a assurément un mur. <em>« Elle qui n’allait nulle part, elle était prête à aller au pire… »</em>, écrit-elle d’Alma Malone.</p>
<p>Dans cette superposition des images, des visages plutôt, apparaît une sorte de contre-modèle mélancolique de la femme active, militante et désirante, forcément féministe. Cette femme-là fait de <em>« l’indécision, de l’assujettissement »</em> la seule manière possible d’être, acceptant <em>« une solitude harassante, mais qui lui appartient ». </em>Après avoir vu <em>Wanda</em>, Marguerite Duras, bien inspirée, maniant heureusement le paradoxe, mit le mot de <em>« gloire »</em> à la place de celui de <em>« déchéance » </em>: <em>« …une gloire très très forte, très violente, très profonde. »</em></p>
<p><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="154" height="217" /></a><br />
</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/nathalie-leger/supplement-la-vie-barbara-loden_9782818014806.html"> <strong>Nathalie Léger, </strong></a><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/nathalie-leger/supplement-la-vie-barbara-loden_9782818014806.html">Supplément à la vie de Barbara Loden, éditions POL</a><br />
</strong></p>
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		<title>Pierre Sauvanet, L&#8217;Insu</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Dec 2011 16:04:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Sauvanet]]></category>

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		<description><![CDATA[L’INSU, Une pensée en suspens de Pierre Sauvanet Un objet philosophique non identifié. Ainsi pourrait-on définir ce livre dont le titre intrigue sans vraiment éclairer. Mais soyons rassurés : l’auteur, professeur d’esthétique, se met de notre côté… Il ne part pas gagnant, encore moins sachant. Confessant son ignorance, lui aussi cherche à comprendre. Au lieu d’avoir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/pierre-sauvanet-insu/' addthis:title='Pierre Sauvanet, L&#8217;Insu' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/12/Pierre-Sauvanet-Insu.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2935" title="Pierre-Sauvanet-Insu" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/12/Pierre-Sauvanet-Insu-180x300.jpg" alt="" width="180" height="300" /></a>L’INSU</strong>, <strong>Une pensée en suspens</strong><br />
de Pierre Sauvanet</p>
<p>Un objet philosophique non identifié. Ainsi pourrait-on définir ce livre dont le titre intrigue sans vraiment éclairer. Mais soyons rassurés : l’auteur, professeur d’esthétique, se met de notre côté… Il ne part pas gagnant, encore moins sachant. Confessant son ignorance, lui aussi cherche à comprendre. Au lieu d’avoir devant lui, un solide concept, une idée forte, à toute épreuve, il a un creux, un trou, un manque. Ce vide, auquel il donne un nom en forme de soustraction – <em>« l’insu » </em>–, n’est cependant pas hostile. Pas du tout. Il pourrait même être bienfaisant et miraculeusement opératoire. Cela mérite donc la plus grande attention.</p>
<p><em>« L’insu est un espace du dedans. L’insu ouvre, creuse, explore. »</em> Ou bien : L’insu <em>« a un statut d’outil méthodologique, non de réalité ontologique »</em> ; ce <em>« n’est pas une chose, mais une fonction »</em>… Mais ce ne sont là que quelques tentatives de définition, parmi beaucoup, d’autres. En fait, tout le livre est un unique tâtonnement vers son objet – qui n’est lui-même que de résister à toute saisie, à toute réduction. Il est aussi une attente d’illumination – même s’il ne faut nullement soupçonner l’auteur d’une trouble attirance pour le mysticisme… <em>« Jamais, plutôt la raison »</em>, affirme-t-il avec une belle vivacité. Je me suis amusé à souligner ces définitions, positives ou négatives, tout au long des cent vingt brefs chapitres qui se distribuent selon quatre parties. Les thèmes de ces parties marquant clairement un itinéraire. A les redire, nous nous mettons à notre tour en route vers quelque chose qui ressemble, sinon à <em>la</em> Sagesse, du moins à <em>une</em> sagesse – modeste, efficace, raisonnable, disponible. Mais pour avancer, il faut parler à la première personne…</p>
<p>1) <em>« Je ne suis pas au centre de moi-même. »</em> Première affirmation, qui entraine quelques conséquences que je n’ai pas fini d’explorer. D’où une forme de <em>« gai savoir dépassé »</em>. D’où un certain rapport à l’angoisse, etc. En somme, <em>« l’insu est ma nuit philosophique », « l’insu est ma grotte, les phénomènes insus mes boyaux… »</em></p>
<p>2) Si l’on déplie le mot insu, on arrive au mot <em>« instase »</em>, en tant qu’<em>« intervalle »</em>, <em>« chemin de traverse »</em>. Cette nouvelle notion vient alors se cogner à l’<em>« extase »</em>. Les deux mots ne s’opposent pas mais désignent des réalités différentes. Alors que le second me mène dans un espace illusoire (pense l’auteur&#8230;), le premier reste du côté de ma vie ordinaire, visible, avérée : télévision, cinéma, cuisine, piscine, etc. Je prends alors conscience que les mots désignent parfois leur contraire ; il me suffit de les bien entendre… Ainsi, dans <em>« indicible »</em>, il y a <em>« cible »</em> et dans <em>« ineffable »</em>, <em>« fable »</em>. Bien, je progresse : <em>« L’insu est incroyablement banal, quotidien – aussi banal et quotidien qu’un lavabo bouché ou un homme endormi. L’insu est de chaque instant, sans quoi la vie serait impossible. » </em>Que je me le tienne pour dit.</p>
<p>3) Faites entrer la philosophie. Leibnitz par exemple : je ne peux réfléchir intégralement et à chaque instant tout ce que je pense ; il faut bien avancer, il faut bien, parfois, une <em>« pensée qu’on laisse passer sans y penser… »</em> D’où ceci : <em>« L’insu est une simple modalité de la conscience de soi, qui précisément cherche par moment à s’échapper « de soi » afin de mieux gérer son propre rapport à soi… » </em>Ou ceci, à un degré au-dessus : <em>« L’insu est le mystère non mystique du moi qui n’est pas moi. »</em></p>
<p>4) A présent, il me faut traduire cette philosophie dans ma vie et répondre à la vieille question que se posait déjà Lénine : <em>« Que faire ? » </em>Car il y a bien, à toute cette affaire (cet « à faire » ?), un <em>« enjeu éthique »</em>. Quant au mot « insu », il peut à présent tomber dans le trou qu’il a lui-même creusé, ma seule fin (ce n’est pas moi qui parle), étant de <em>« mieux vivre »</em>.</p>
<p>Au terme de ce chemin de pensée, l’auteur, devenu une sorte d’ami, de proche – je n’ose dire de prochain – me conseille (il me voussoie) : je quitte mon propre ouvrage, <em>« quittez-le de même »</em>. Ah zut, j’avais encore tant de questions à lui poser !</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="size-medium wp-image-144 alignnone" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="153" height="216" /></a></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/pierre-sauvanet/l-insu-une-pensee-suspens_9782869599543.html"><strong>Pierre Sauvanet, L’INSU, Une pensée en suspens, Arléa</strong></a></p>
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		<title>Jean-Marc Bastière, Les sept secrets de la prière</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 11:48:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Sévillia</dc:creator>
				<category><![CDATA[Christianisme]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Sévillia]]></category>

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		<description><![CDATA[Bien sûr, nous ne sommes pas juges du degré de vie spirituelle des autres. Mais dans une société où la pratique religieuse décroît, où les sollicitations quotidiennes de l’actualité deviennent obsédantes à force d’être véhiculées par tout ce que la technologie moderne a su inventer – radio, télévision, Internet, et maintenant ces petits écrans qui, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/jean-marc-bastiere-les-sept-secrets-de-la-priere/' addthis:title='Jean-Marc Bastière, Les sept secrets de la prière' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/sevillia2.png"><img class="alignleft size-full wp-image-104" title="jeansevillia" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/sevillia2.png" alt="" width="113" height="110" /></a>Bien sûr, nous ne sommes pas juges du degré de vie spirituelle des autres. Mais dans une société où la pratique religieuse décroît, où les sollicitations quotidiennes de l’actualité deviennent obsédantes à force d’être véhiculées par tout ce que la technologie moderne a su inventer – radio, télévision, Internet, et maintenant ces petits écrans qui, collés à la main de nos contemporains, semblent combler leur vide existentiel –, que devient la prière ? <em>« Nous ne savons plus prier »</em>, déplore avec raison Jean-Marc Bastière. Journaliste, critique littéraire et écrivain, celui-ci est également un catholique dont la foi est exigeante. Parce qu’il a beaucoup lu et pas mal voyagé, il sait aussi que, hors du christianisme,<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/11/les-sept-secrets-de-la-priere.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2874" title="les-sept-secrets-de-la-priere" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/11/les-sept-secrets-de-la-priere-206x300.jpg" alt="" width="206" height="300" /></a> les civilisations les plus fortes ont trouvé des ressources insoupçonnées dans la prière. Alors il a écrit ce petit livre, jeté comme une bouteille à la mer à l’intention de ceux qui retrouveraient volontiers l’habitude de prier. <em>« Ces sept secrets de la prière,</em> prévient toutefois l’auteur, c<em>e ne sont pas sept techniques pour apprendre à prier »</em>. Ce sont plutôt <em>« sept attitudes fondamentales »</em> dont le secret est d’ouvrir <em>« les portes de l’impossible »</em>.</p>
<p>Avec Jean-Marc Bastière, donc, entrons dans la prière. Exercice non pas seulement utile, mais nécessaire, celle-ci permet à l’univers de <em>« respirer »</em>. Elle émane du cœur, parce que <em>« prier, c’est demander »</em>. Elle suppose le silence, ce qui impose de rompre au minimum un quart d’heure par jour avec le bruit du monde. Elle repose sur la confiance en celui qui écoute : Dieu. Corrélativement, la prière fonde la relation de l’homme et du Créateur. Elle féconde l’action, car elle l’élève. Toute prière possède une portée universelle, enfin, car celui qui prie part de ses préoccupations pour se laisser porter ensuite par ce qui le dépasse : l’Esprit qui est en lui.</p>
<p>Avec ses 140 pages, l’ouvrage de Jean-Marc Bastière tient dans la poche. Un essai riche et précieux, à lire, à relire et à méditer : comme une prière.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Jean Sévillia</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/jean-marc-bastiere/les-sept-secrets-la-priere_9782234070929.html"><strong>Jean-Marc Bastière, Les sept secrets de la prière, Stock</strong></a></p>
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		<title>Bertrand Leclair, Dans les rouleaux du temps</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Oct 2011 12:04:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Bertrand Leclair]]></category>

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		<description><![CDATA[Lire n’est pas une activité de loisir. Lorsqu’elle le devient, lorsqu’elle est ainsi perçue, tout le sérieux de la littérature est bradé. Mais c’est aussi la vie qui se trouve solidairement diminuée, amputée d’une dimension essentielle. – Pourquoi établissez-vous ce lien ? Nous ne parlons que des livres, il me semble ? D’ailleurs, ne dit-on pas que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/bertrand-leclair-dans-les-rouleaux-du-temps/' addthis:title='Bertrand Leclair, Dans les rouleaux du temps' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="108" height="153" /></a>Lire n’est pas une activité de loisir. Lorsqu’elle le devient, lorsqu’elle est ainsi perçue, tout le sérieux de la littérature est bradé. Mais c’est aussi la vie qui se trouve solidairement diminuée, amputée d’une dimension essentielle. – Pourquoi établissez-vous ce lien ? Nous ne parlons que des livres, il me semble ? D’ailleurs, ne dit-on pas que la vraie vie est ailleurs ? – C’est justement toute la question : pour saisir la « vraie vie », pour tenter de s’y repérer, de tenir debout et de marcher dignement, la littérature (au sens large, pas seulement le roman) est indispensable. Pour avancer dans la nuit, on a besoin de torches, de lumière. De même, la vie demande à être éclairée, à devenir, autant qu’il est possible et permis, lisible. Si l’on ne conçoit pas ce lien comme une nécessité, alors oui, on pourra considérer la lecture comme une activité distrayante, au même titre que la danse de salon ou la console de jeux.</p>
<p>Au-delà des préférences qu’il affiche, au-delà même des analyses qu’il avance, le grand mérite de Bertrand Leclair, dans son essai, est d’affirmer ce lien indissoluble entre la vie, <em>sa</em> vie, et la littérature. Plus précisément, comme le titre de son livre l’indique, <a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Dans-les-rouleaux-du-temps.jpg"><img class="alignright size-medium  wp-image-2789" title="Dans les rouleaux du temps" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Dans-les-rouleaux-du-temps-193x300.jpg" alt="" width="193" height="300" /></a>entre les « temps » de cette vie et les œuvres qui ont pu les marquer. Un lien vivant et – pour l’auteur comme pour les lecteurs qui en auront fait l’expérience – salvateur. Le mot de <em>« salut »</em>, Bertrand Leclair l’emploie d’ailleurs lui-même, précisant qu’on peut l’entendre de plusieurs manières. Oui, les livres, <em>des</em> livres, peuvent nous sauver de maints périls, de tous les vides de l’existence, nous faire grandir, nous éclairer, nous enrichir, au sens fort du terme – qui n’est pas celui de la menue monnaie… <em>« Je veux interroger, non pas l’essence, mais les puissances de la littérature »</em>, écrit d’emblée Leclair. Immédiat accord, bien sûr, avec ce programme, même si l’on peut défendre l’idée d’une intime proximité de ces <em>« puissances »</em> et de cette <em>« essence »</em>. D’ailleurs, un peu plus loin, l’auteur affirme chercher <em>« l’âme des livres »</em>, en tant qu’ils ont marqué et construit sa propre âme.</p>
<p>Car à côté du mérite dont je viens de parler, il en est un autre, plus secret, qui regarde justement l’âme d’un homme. Un homme parmi les autres certes, mais en même temps unique et irremplaçable – comme tous les autres. Pour se caractériser, pour se montrer, pour n’être pas aveugle à lui-même, Bertrand Leclair a choisi de prendre, ou plutôt de reprendre les livres qui ont, comme on dit, marqué sa vie, de l’enfance à l’âge adulte. Des livres qui l’ont <em>« inventé »</em>, pour reprendre son propre verbe. De Socrate à Proust, le chemin est tout sauf académique. Les seules hiérarchies admises étant celles qu’on se forge soi-même et pour soi-même. L’Aragon d’<em>Aurélien</em>, Sartre (« L’Enfance d’un chef »), Céline (« La Trilogie allemande »), Jack London (<em>Martin Eden</em>), mais aussi Mallarmé levant un toast funèbre au secret et flamboyant Villiers de L’Isle-Adam, ou <em>Histoire d’O </em>; et encore, plus près de nous, Piotr Rawicz, Frédéric Berthet, Hélène Cixous… <em>« Oui, le miroir que me tend le livre</em> [Leclair parle d’<em>Aurélien</em>] <em>est plus fort que moi, j’oublie le cadre, je n’y vois plus que ma propre vie en vérité, enfin éclaircie, sinon élucidée. »</em></p>
<p>Le beau livre de Bertrand Leclair, nous démontre que lire fait vivre, et aussi, parfois, écrire. Il suggère que les mots ne servent pas seulement, pas d’abord, à communiquer, mais à parler et à <em>se</em> parler.<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Figures-du-désir.jpg"><img class="alignright size-medium  wp-image-2792" title="Figures du désir" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Figures-du-désir-198x300.jpg" alt="" width="134" height="204" /></a></p>
<p>On pourra compléter la lecture de <em>Dans les rouleaux du temps</em> par celle d’un autre livre, point trop éloigné de celui de Leclair. Jacques Dubois est un universitaire belge, spécialiste notamment de Simenon. Ses <em>Figures du désir</em>, mesurent la capacité de certaines héroïnes de romans (de Balzac, Proust, Aragon à Simenon ou Jean-Philippe Toussaint) à susciter chez le lecteur un mouvement quasiment amoureux… Une manière d’ajouter, après vivre et lire, un troisième verbe, qui fédère les deux autres : aimer.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/bertrand-leclair/dans-les-rouleaux-temps-essai_9782081253469.html">Dans les rouleaux du temps</a>, </strong>de Bertrand Leclair, Flammarion.</p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/jacques-dubois/figures-desir-pour-une-critique-amoureuse_9782874491184.html"><strong>Figures du désir. <strong>Pour une critique amoureuse</strong></strong></a><strong><strong>, </strong>de Jacques Dubois, Les Impressions nouvelles.</strong></p>
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		<title>Le Souvenir du monde</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Sep 2011 12:03:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Crépu]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu Comparée aux histoires que se racontent les romanciers, la grande Histoire, la vraie, celle d’où nous venons, offre bien des avantages et des agréments. Et nul besoin de la passer par le tamis de notre pauvre imagination, par nos si peu fulgurantes fantaisies. La recette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/michel-crepu-le-souvenir-du-monde/' addthis:title='Le Souvenir du monde' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="183" height="257" /></a></strong>Comparée aux histoires que se racontent les romanciers, la grande Histoire, la vraie, celle d’où nous venons, offre bien des avantages et des agréments. Et nul besoin de la passer par le tamis de notre pauvre imagination, par nos si peu fulgurantes fantaisies. La recette est simple, je veux dire extraordinairement complexe : prendre les choses, les hommes et les événements, les sentiments collectifs et individuels, les ambitions (très important, les ambitions… hélas !), les lubies et les éclairs de lucidité, les instincts et les errements, les grands discours et les bégaiements… mêler le tout, diriger l’orchestre, peindre la fresque. Mais, pour faire un bon livre, il manque à tout cela un élément essentiel : un homme (ou une femme) au milieu, en chair et en os, en corps et en esprit, une figure qui attire et retient le regard, qui intéresse et intrigue, qui résume, synthétise.</p>
<p>Pour cette dernière exigence, et pour toutes les autres d’ailleurs, Michel Crépu n’a pas cédé à la facilité. Il y a quelques années, il s’était occupé de Bossuet (et aussi du plus secret et très attachant Charles du Bos, du trop mal aimé Sainte-Beuve). Cette fois, il prend à bras-le-corps, tel un hardi hussard, un autre monument (ou ce qu’on nomme ingénument tel) : François-René de Chateaubriand. Rien de moins.<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/09/Le-Souvenir-du-monde-Essai-sur-Chateaubriand-de-Michel-Crépu.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2659" title="Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/09/Le-Souvenir-du-monde-Essai-sur-Chateaubriand-de-Michel-Crépu-200x300.jpg" alt="Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu" width="200" height="300" /></a></p>
<p>Et là, il faut s’incliner devant l’artiste : toute vibrante d’intelligence, d’heureuses formules et d’intuitions audacieuses, la symphonie nous emporte ; justement composée et proportionnée, pleine d’ombre et de lumière, la fresque nous convainc. Crépu a bien repéré son sujet, il a compris qu’il formait l’exact point de bascule des temps historiques modernes de la France (et au-delà, jusqu’à l’Amérique de Washington). Il a compris aussi combien son œuvre, du <em>Génie du christianisme</em> à la <em>Vie de Rancé</em>, en passant par l’océan des <em>Mémoires d’outre-tombe</em>, sans oublier <em>Les Martyrs</em>, <em>René</em> et les textes politiques, donne écho au siècle qui s’inaugure. Surgi de la Révolution française (il a 21 ans en 1789), évoluant dans le premier Empire et ses suites, le grand Malouin regarde, avec une mélancolie qui n’est pas seulement celle du romantisme, au-delà de son petit pré-carré. <em>« Dès qu’il paraît, il est seul »</em>, écrivait Julien Gracq. Maurras, lui, comprendra admirablement combien il a <em>« désorganisé » </em>l’esprit classique français, <em>« en y faisant prévaloir l’imagination, en communiquant au langage, aux mots, une couleur de sensualité, un goût de chair, une complaisance dans le physique, où personne ne s’était risqué avant lui »</em>. Pour l’idéologue de l’Action française, Chateaubriand ne cherchait pas dans le passé « le fécond, le traditionnel, l’éternel » mais <em>« le passé comme passé, et la mort comme mort, ses uniques plaisirs ».</em></p>
<p>Il ne nous manque qu’une chose, souligne Crépu, une chose que Nadar nous a fourni pour Baudelaire, et qui nous est si précieuse : une photographie. Et la question, <em>« y a-t-il un visage de Chateaubriand ? »</em>, donne le vertige. La modernité de l’écrivain trouve soudain sa limite : nous ne pourrons pas l’approcher davantage…</p>
<p>Sur ses rapports avec Napoléon (le sacre <em>« événement orgiaque qui sonne faux »</em>), sur les singularités hautement signifiantes de son christianisme (c’est <em>« le dernier écrivain catholique heureux »</em>), sur sa politique et ses amours, sur son <em>« destin français »</em>, Michel Crépu jette les lumières nécessaires. Avec un vrai panache, il renvoie le biographe à sa trop méticuleuse besogne et l’historien aux scrupules paralysant de sa discipline. Et pour le lecteur, c’est une vraie et stimulante fête.</p>
<p>Signalons aussi deux autres parutions chateaubrianesques : Un choix d’<a href="http://www.laprocure.com/livres/francois-rene-chateaubriand/des-etudes-historiques_9782841004911.html"><em>Etudes historiques</em></a>, préfacé par Michel Crépu ; édition établie par Michel Brix (Bartillat) et une <a href="http://www.laprocure.com/livres/emmanuel-godo/chateaubriand-genie-christianisme_9782204091596.html">anthologie </a>commentée par Emmanuel Godo du Génie du christianisme (Cerf)</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/michel-crepu/le-souvenir-monde-essai-sur-chateaubriand_9782246708711.html"><strong>Michel Crépu,<em> </em></strong><strong><em>Le Souvenir du monde,Essai sur Chateaubriand</em>, </strong><strong>Grasset</strong></a></p>
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		<title>Quelquefois, si seules&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Sep 2011 09:50:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François Taillandier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[François Taillandier]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[En trois romans, Matthieu Jung a exploré trois des inquiétudes torturantes et refoulées de notre société et de l’homme de ce temps. Dans La vague à l’âme (Scali, 2007),  une obsession caritative qui s’exerce à l’autre bout du monde, quand on est en échec avec son prochain le plus&#8230; prochain. Dans un deuxième roman (Stock, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/matthieu-jung-vous-etes-nes-a-la-bonne-epoque/' addthis:title='Quelquefois, si seules&#8230;' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/Francois-Taillandier.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-195" title="Francois-Taillandier" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/Francois-Taillandier-300x298.jpg" alt="" width="194" height="193" /></a>En trois romans, Matthieu Jung a exploré trois des inquiétudes torturantes et refoulées de notre société et de l’homme de ce temps. Dans <em>La vague à l’âme</em> (Scali, 2007),  une obsession caritative qui s’exerce à l’autre bout du monde, quand on est en échec avec son prochain le plus&#8230; prochain. Dans un deuxième roman (Stock, 2009), il imaginait ce que peut devenir notre fameux <a href="http://www.laprocure.com/livres/matthieu-jung/principe-precaution-roman_9782253129806.html"><em>Principe de précaution</em></a> (c’est le titre) quand il tourne à l’obsession et au délire. C’était atrocement drôle, atrocement cruel.</p>
<p>Avec ce troisième opus, Jung, qui ne recule devant rien, s’attaque à un autre point aveugle de l’époque. L’engendrement. L’enfantement. Le désir d’enfant. Les avortements. Les divorces. La procréation médicalement assistée. Tout le bazar, tout ce qui, en nous libérant des servitudes ancestrales, met à notre portée des choix redoutables où se débattent principalement les femmes. Nathalie, médecin, quadragénaire encore jolie (mais quand même un peu moins fraiche que sa fille de vingt et quelque printemps, qui vit sa vie&#8230;) voit tourner l’horloge biologique, alors que l’envie de concevoir et porter un deuxième bébé devient obsessionnelle. Mais où sont les hommes, les pères ? On ne sait pas trop. Elle les a virés – ou ils ont fui.<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/09/Matthieu-Jung-Vous-êtes-nés-à-la-bonne-époque.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2613" title="Matthieu-Jung,-Vous-êtes-nés-à-la-bonne-époque" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/09/Matthieu-Jung-Vous-êtes-nés-à-la-bonne-époque-181x300.jpg" alt="Matthieu Jung, Vous êtes nés à la bonne époque" width="181" height="300" /></a></p>
<p>Elle peut se rassurer avec un amant de passage, dont la vulgarité l’écœure et la lucidité l’inquiète. Elle peut aussi tomber amoureuse d’un trop jeune homme. En fait, elle peut faire ce qu’elle veut : puisque on vous dit que Nathalie est née à la bonne époque !</p>
<p>Son histoire d’amour avec le jeune homme, vous en saurez tout. Parce que Matthieu Jung lui-même sait tout de Nathalie. Il la fait parler, et on y croit. Et tout en épinglant sans pitié les mœurs, les comportements, les tics de langage et l’idéologie d’une middle class urbaine moderne, évoluée, qui se croit la mesure du monde, il ne méprise ni ne ridiculise jamais son héroïne. Elle est vraie, sincère, touchante. Balzac a fait les <em>Mémoires de deux jeunes mariées</em>, Mauriac a fait <em>Thérèse Desqueyroux</em>. Jung nous donne un portrait de femme moderne et déroutée que nous avons tous rencontrée, et dont le désarroi nous émeut. Il ne dénonce rien, ne juge pas, ne regrette aucun « autrefois ». Il regarde, et pour écrire cela il faut avoir beaucoup regardé. Beaucoup compris aussi. Je ne dis rien de la fin, qui vous coupera le souffle.</p>
<p>Si vous pensez que les romans ne sont pas un joli objet manufacturé pour faire un cadeau de fin d’année, mais des viseurs à infra-rouges pour comprendre le réel, lisez Jung. Si les jurés des prix savent encore ce que c’est qu’un roman, ils devraient couronner ce troisième livre où s’affirme une personnalité de romancier rigoureux, découvert jadis par Philippe Muray, ce qui est une référence. Ne le comparez pas à Houellebecq : c’est mieux. La prose impeccable, ironique et finalement chaleureuse de Matthieu Jung est comme le lait sur le feu : à garder à l’œil.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>François Taillandier</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/matthieu-jung/vous-etes-nes-la-bonne-epoque-roman_9782234070271.html"><strong>Matthieu Jung, <em>Vous êtes nés à la bonne époque</em>, Stock</strong></a></p>
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		<title>De la jouissance en littérature</title>
		<link>http://www.blog-laprocure.com/auteurs/edouard-launet-de-la-jouissance-en-litterature/</link>
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		<pubDate>Mon, 29 Aug 2011 10:15:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>

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		<description><![CDATA[De la jouissance en littérature, 50 leçons, d’Edouard Launet Même si elle est très répandue, l’idée de recueillir dans un livre des articles ou des chroniques d’abord parus dans un journal n’est pas toujours bonne. La temporalité de la presse et celle de la littérature sont différentes. Ce qu’on lit vite s’oublie vite. Mais bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/edouard-launet-de-la-jouissance-en-litterature/' addthis:title='De la jouissance en littérature' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>De la jouissance en littérature, 50 leçons, d’Edouard Launet</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="144" height="203" /></a>Même si elle est très répandue, l’idée de recueillir dans un livre des articles ou des chroniques d’abord parus dans un journal n’est pas toujours bonne. La temporalité de la presse et celle de la littérature sont différentes. Ce qu’on lit vite s’oublie vite. Mais bien sûr, il y a des exceptions. En voici une brillante et savamment réjouissante, qui vient à point nommé : la rentrée littéraire imposant aux éditeurs, écrivains, critiques et libraires un surcroît de travail et de soucis, il est bon de trouver une distraction, de regarder dans les marges et les coulisses de la littérature, telle qu’elle s’édite, s’écrit et se lit, se pense et s’analyse.</p>
<p>C’est là justement, dans ces coulisses, que se tient Edouard Launet, journaliste à <em>Libération</em>, envoyé spécial dans les bibliothèques spécialisées, lecteur assidu d’annales savantes, grand et candide reporter passant une tête (il ne veut pas trop déranger) dans des colloques spécialisés. Comme il le note, <em>« le champ de la théorie littéraire, sorte de critique de la critique littéraire, est sans doute le domaine scientifique le plus acrobatique »</em>. D’ailleurs, le mot de <em>« science »</em>, une fois appliqué à ce vaste espace de fantaisie et de rêverie, de lumière et de noirceur, qu’est la littérature, prend une coloration souvent inattendue, une dimension exotique. Et sans le savoir, le scientifique se fait poète… ou acrobate. Ne l’est-il pas, lorsqu’il se livre à<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/08/De-la-jouissance-en-littérature-50-leçons-Edouard-Launet.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2572" title="De la jouissance en littérature, 50 leçons, Edouard Launet" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/08/De-la-jouissance-en-littérature-50-leçons-Edouard-Launet-203x300.jpg" alt="" width="181" height="267" /></a> <em>« l’examen des interactions entre espaces humains et littérature »</em> (cela s’appelle la <em>« géocritique »</em>), ou qu’il étudie les <em>« chronotopes »</em> (en gros, ce qui regarde les rapports de l’espace et du temps… Relisez Bakhtine…) ?</p>
<p>Il y a aussi des questions que l’on n’osait pas poser, des questions profondément dérangeante, et même carrément subversives. Celle-ci par exemple : <em>« Et pourquoi donc, Jacques Derrida n’a-t-il pas consacré un ouvrage complet à </em>La Recherche <em>»</em> de Proust ? Ou cette autre, qui frise l’angoisse, qui donne le vertige : <em>« Peut-on espérer une théorie unifiée de la métaphore ? »</em></p>
<p>Mais Edouard Launet ne s’en tient pas aux doctes interrogations des plumes savantes. La vie littéraire offre par elle-même tant d’occasions de sourire…  Il suffit d’y ajouter un grain d’imagination. Ainsi lorsqu’il reconstitue un dialogue au sommet entre Benoît XVI et Michel Houellebecq, ou quand il fantasme une délibération passablement déjantée du jury Goncourt dans lequel Bernard Pivot vient de faire son entrée. Impavide plus que ricanant, l’auteur sait admirablement extraire de telle situation banale (ou même désolante) le sel nécessaire pour ne pas s’ennuyer. Et même pour en tirer une certaine <em>« jouissance littéraire »</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.laprocure.com/livres/edouard-launet/de-jouissance-litterature-lecons_9782848761916.html"><strong>Edouard Launet, De la jouissance en littérature, 50 leçons, Ed. Philippe Rey</strong></a></p>
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		<title>Chesterton, biographie de William Blake</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jul 2011 07:47:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Gilbert Keith Chesterton]]></category>

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		<description><![CDATA[WILLIAM BLAKE, de Gilbert Keith Chesterton Il n’est pas donné tous les jours de lire une telle biographie. Quel bonheur d’échapper aux contraintes que s’imposent et nous imposent ordinairement les biographes ! Enfance, premières dents, amours juvéniles, adolescence difficile, montée en puissance, carrière, chute… Dès l’incipit de ce livre publié en 1910, le ton est donné, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/gilbert-keith-chesterton-william-blake/' addthis:title='Chesterton, biographie de William Blake' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>WILLIAM BLAKE, de Gilbert Keith Chesterton</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="patrick-kechichian" width="171" height="241" /></a>Il n’est pas donné tous les jours de lire une telle biographie. Quel bonheur d’échapper aux contraintes que s’imposent et nous imposent ordinairement les biographes ! Enfance, premières dents, amours juvéniles, adolescence difficile, montée en puissance, carrière, chute… Dès l’incipit de ce livre publié en 1910, le ton est donné, qui emporte l’adhésion, suscite la jubilation : <em>« William Blake aurait été le premier à comprendre qu’une biographie, n’importe quelle biographie, devrait commencer par ces mots : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. ». » </em>Chesterton, malgré les apparences, ne s’amuse pas ici à mimer le grandiose, le surnaturel, il y réside, il y respire, c’est son élément naturel. Et, miracle, pas besoin d’être un surhomme pour cela, mais simplement un honnête chrétien. Un chrétien ordinaire. Pour ce chrétien-là, dont Chesterton est la quintessence, le modèle et l’exemple, raconter une vie, c’est raconter sa légende. Et si cette légende est « dorée », c’est mieux encore – pourvu qu’elle demeure naturelle. Ce naturel détaché, d’après les pointillés, du surnaturel.</p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/auteurs/gilbert-keith-chesterton-0-1201724.html">Chesterton</a> a écrit plusieurs biographies – Stevenson, Dickens&#8230; Récemment, a été traduite celle, remarquable, qu’il consacra au poète victorien Robert Browning (Le Bruit du temps, 2009). Et puis, dans la foulée, il retraça la vie de quelques saints : François d’Assise, Thomas d’Aquin. Jamais il ne s’embarrasse de dates, de chronologies. Et par exemple, il lui arrive de dire <em>« aux environs de ce temps »</em> pour situer un épisode. De même, il se méfie des fausses continuités, des lignes droites, des<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/07/Gilbert-Keith-Chesterton-William-blake.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2545" title="Gilbert Keith Chesterton William blake" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/07/Gilbert-Keith-Chesterton-William-blake-225x300.jpg" alt="Gilbert-Keith-Chesterton-William-blake" width="225" height="300" /></a> lassants rapports de cause à effet. Des anecdotes et circonstances de la vie, il ne retient que ce qu’il estime nécessaire. Et comme en toute vie le superflu abonde, il élimine beaucoup, écarte, débroussaille.</p>
<p>Une fois le champ dégagé, Chesterton peut courir tout à son aise vers ce qui lui semble l’essentiel. Cette étonnante figure du pré-romantisme anglais s’en trouve grandement éclairée, nettoyée, apurée. Né en 1757, mort en 1827, William Blake fut un poète et peintre et graveur. Un esprit <em>« magnifique, énorme et délicieux »</em>, disait André Gide qui le comparait à Lautréamont – cela tandis qu’il traduisait, dans les mêmes années 1910, son <em>Mariage du Ciel et de l’Enfer</em>. Blake vécut pauvrement, dans une rigueur morale qui fait parfois peur : <em>« une sorte d’abrupte innocence »</em> dit Chesterton qui parle aussi de son  <em>« étrangeté tranquille et prosaïque »</em>.</p>
<p>Je ne peux m’empêcher de citer une autre description : <em>« Avec sa grosse tête de chouette et son étonnant petit corps, il devait moins ressembler à un homme en expédition au pays des elfes qu’à un authentique lutin… »</em> Il y a aussi des pages magnifiques sur la folie du poète, et sur la folie en général : <em>« La folie n’est pas un état d’anarchie. Elle est une contrainte, une servitude. » </em>Il faut s’arrêter enfin sur les passages remarquables qui traitent de la Révolution française et de son effet sur l’esprit calmement exalté de Blake. Parmi les considérations générales, celle-ci : <em>« La Révolution française mérite particulièrement son qualificatif de « française » en ce qu’elle fut une révolution qui eut par dessus tout le souci des convenances. On y excusait la violence, on y excusait la folie, mais l’excentricité n’y avait pas sa place. »</em> Ce mot de « convenances », ici, me donne un plaisir intense.</p>
<p>Il faudrait citer aussi le raisonnement sur la <em>« trinité de notre destinée terrestre »</em>, sur la mystique de Blake, sur son art visionnaire, sur son nudisme <em>(« il se montrait obscène par principe »</em>), etc. Finalement, on en vient à la question importante : la vie d’un homme peut-elle tenir dans un livre qui la raconte ? La réponse en acte que fournit Chesterton mérite qu’on s’y arrête.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/gilbert-keith-chesterton/william-blake_9782070132072.html"><strong>Gilbert Keith Chesterton, <em>William Blake</em>, éditions Gallimard</strong></a><strong><br />
</strong></p>
<p>Traduit de l’anglais par Lionel Forestier</p>
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		<title>Paul Ardenne, Moto, notre amour</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Mar 2011 07:34:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François Cassingena-Trévedy</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[François Cassingena-Trévedy]]></category>
		<category><![CDATA[Paul Ardenne]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/paul-ardenne-moto-notre-amour/' addthis:title='Paul Ardenne, Moto, notre amour' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><em><img class="alignleft size-medium wp-image-285" title="francois-cassingena" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/francois-cassingena-247x300.jpg" alt="François Cassingena-Trévedy" width="184" height="224" />Je ne me souvenais pas d’avoir, enfant, jamais osé seulement posséder un de ces jouets, fabuleux pour les petits pauvres, un jouet mécanique, un jouet qui marche. Mais ce rêve était sûrement au fond de moi, intact… Il était là-dedans, comme un soleil </em>(G. Bernanos, <em>Journal d’un curé de campagne</em>).<em> </em>Avec la promenade du jeune curé d’Ambricourt, miné par la maladie, sur la monture prodigieuse d’un ancien légionnaire, la moto a fait une entrée remarquable dans le monde de la littérature française. Dans le monde ecclésiastique aussi. Il y a maintenant des pèlerinages et des bénédictions pour elle, comme chaque année à Port-Caro, dans le Morbihan. Certains s’étonneront, se scandaliseront peut-être, tant pis : elle est loin d’être étrangère à l’auteur même de cette recension, <em>biker </em>épisodique (en passager seulement), mais passionné, à tel point que, dans un sentiment de fraternité à l’égard de tous les motards (en particulier de ceux qui le convient à leur transport), il considère comme une dette envers l’objet de sa passion exorbitante, comme un acte de dévotion, que de saluer avec enthousiasme un livre qu’il a littéralement dévoré. Il est de l’humanité que la moto émeut.<img class="alignright size-medium wp-image-2076" title="paul ardenne, moto notre amour" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/03/paul-ardenne-moto-notre-amour-187x300.jpg" alt="paul ardenne, moto notre amour" width="187" height="300" /></p>
<p>La moto ne fait pas seulement partie de notre environnement, de nos circulations, de nos rêves : portant le double caractère que Rudolph Otto reconnaissait au sacré – fascinant et redoutable (<em>fascinosum</em> et <em>tremendum</em>) –, elle est hautement emblématique d’un certain être-au-monde : c’est en réalité toute une métaphysique qui s’exhibe dans ce catalyseur puissant de la modernité, et qui va beaucoup plus loin que tous les poncifs d’agressivité et de démesure que s’attire la machine, aussi mal comprise de certains que mal aimée. Plus qu’une « bête humaine », c’est, sans qu’aucune harmonique ne manque à la composition de son bouquet, un « phénomène humain » intégral. Le livre de Paul Ardenne, critique d’art et romancier, s’est emparé de cet objet avec une pertinence et une exhaustivité qui laissent pantois. Voilà le livre que la moto attendait, comme entité, pour elle toute seule. Il est désormais écrit, et je ne vois pas qu’on lui puisse rien ajouter. Il est sublime. Sublime d’intelligence et de franchise (tant pis pour les prudes). Assorti d’une non moins remarquable postface de Franco La Cecla, anthropologue et motard, il est total. Une bible, un cantique des cantiques (et Dieu sait si, ici, <em>l’amour est fort comme la mort, </em>Ct 8, 6). Une vraie philosophie de la moto, une esthétique, une « théologie », si j’ose dire, s’il est vrai que, selon les termes exprès d’un proverbe cité en exergue, « Dieu est une 1000 Vincent Black Shadow ». Toutes les facettes du symbole sont envisagées, connues qu’elles sont d’expérience : la séduction visuelle exercée par l’engin, son « chant » (on peut faire confiance à l’auteur qui a d’excellentes références musicales), l’identité personnelle qu’il construit comme aussi bien l’être social qu’il instaure en tant qu’objet transitionnel. La moto traverse une existence, en l&#8217;occurrence somptueusement sensitive, depuis l’enfance fascinée jusqu’à l’âge mûr qui, après tant d’épousailles donjuanesques, se demande encore quel nouveau modèle il pourra s’incorporer. Nul idéalisme, avec cela : le passionné envisage lucidement la réversibilité vertigineuse de sa chère moitié, à la vie comme à la mort, il a évalué la sauvagerie de ses propres montures, il a traversé des déserts de crainte et de dégoût, il a plusieurs « gamelles » à son passif. Mais décidément, la symphonie fantastique reprend son tempo d’allégresse, jusqu’à cet instant où le pilote et la moto, ne formant plus qu’ « un seul corps », connaissent la pure extase de l’espace : un hymne à la joie.</p>
<p style="text-align: left;">Qu’il nous soit permis d’ajouter de notre cru à cette mystique de l’<em>excentrement productif, </em>à <em>ce moment de vie où l’absolu se fait valeur ordinaire</em>, <em>et nous rend héroïques et fiers, quoique simplement humains </em>(p. 218), ou plutôt de prolonger vers d’autres horizons la trajectoire du bolide : <em>Oubliant tout ce qui est derrière moi, </em>dit saint Paul, <em>je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être </em>(Ph 3, 13). Position du motard, n’est-ce pas ? Et si, loin de toute récupération, la moto, comme d’autres « tentatives » modernes (au sens le plus sérieux du terme), dignes de la plus profonde estime, était elle aussi une parabole ?<img class="alignnone size-full wp-image-2103" title="francois-cassingena-moto" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/03/francois-cassingena-moto.jpg" alt="" width="480" height="360" /></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Fr. François Cassingena-Trévedy, osb.</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/paul-ardenne/moto-notre-amour_9782081220324.html">Paul ARDENNE, <em>Moto, notre amour, </em>Postface de Franco la Cecla, Flammarion</a><br />
</strong></p>
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		<title>L&#8217;hiver de la culture</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Mar 2011 10:53:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Sévillia</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Sévillia]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences humaines]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Clair]]></category>

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		<description><![CDATA[« Quand je crache, c’est de l’art », disait Marcel Duchamp. On ne sait si l’expression était à prendre au sens propre ou au figuré, mais on se rappelle que c’est ce peintre qui, en exposant un urinoir et en le baptisant fontaine, en 1917, a symboliquement introduit une rupture esthétique. Dès lors qu’un instrument aussi trivial [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/jean-clair-hiver-de-la-culture/' addthis:title='L&#8217;hiver de la culture' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><em><img class="alignleft size-medium wp-image-776" title="JSévillia" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/06/JSévillia--300x260.jpg" alt="" width="204" height="178" />« Quand je crache, c’est de l’art »</em>, disait Marcel Duchamp. On ne sait si l’expression était à prendre au sens propre ou au figuré, mais on se rappelle que c’est ce peintre qui, en exposant un urinoir et en le baptisant fontaine, en 1917, a symboliquement introduit une rupture esthétique. Dès lors qu’un instrument aussi trivial accédait au rang d’objet d’art, tout et n’importe quoi pouvait entrer dans la catégorie du Beau. <em>« Chaque homme est un artiste »,</em> affirmait ainsi Joseph Beuys – autre artiste qui se flattait de déconstruire les vieilles catégories de l’esthétique « bourgeoise ».</p>
<p><em>« Je pisse donc je pense »,</em> ironise Jean  Clair, qui écrit comme un homme en colère : avec des mots qui cinglent. Historien d’art et conservateur du patrimoine, ancien directeur du musée Picasso et auteur de catalogues raisonnés de grandes expositions consacrées à des créateurs du XX<sup>e</sup> siècle, il s’est voué pourtant à l’art moderne. Mais dans un essai percutant, <em>l’Hiver de la culture</em>, il poursuit la critique qu’il mène depuis plus de vingt ans contre les<img class="alignright size-full wp-image-1942" title="Jean Clair, l'hiver de la culture" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/03/Jean-Clair-lhiver-de-la-culture.jpg" alt="" width="160" height="243" /> dérives et les folies de l’avant-gardisme, combat qui nous a valu des pamphlets de belle facture : <em>Considérations sur l’état des Beaux-Arts</em> (1989), <em>La responsabilité de l’artiste</em> (1997), <em>Malaise dans les musées</em> (2007).</p>
<p>Dans ce nouvel essai, voici stigmatisés « l’art des traders », la marchandisation de l’art et les expositions-marketing. Un tel livre ne se résume pas et n’a pas à être résumé : il faut le lire. C’est un coup de gueule, une harangue, un cri, par lesquels un amoureux de l’art s’indigne et se désespère de voir l’objet de son amour se rouler dans la fange ou dans un bain d’or – ce qui serait aussi vulgaire.</p>
<p>Au même moment, l’auteur publie <em>Dialogue avec les morts</em>. A la fois journal intime et chronique d’une époque, ce livre nous promène de la Mayenne des années 1940 à la Trieste d’aujourd’hui, en passant par la bibliothèque Sainte-Geneviève. Des pages qui confirment ce que nous savions déjà : Jean Clair est un écrivain. Un vrai.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Jean Sévillia</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/jean-clair/l-hiver-la-culture_9782081253421.html">Jean  Clair, L’hiver de la culture, Flammarion</a><br />
</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/jean-clair/dialogue-avec-les-morts_9782070132102.html"><strong>Jean  Clair, Dialogue avec les morts, Gallimard</strong></a></p>
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