Comme Aragon auquel il a consacré un essai, François Taillandier est un écrivain des métamorphoses. Après sa « grande intrigue » en cinq volumes, – une exploration de plusieurs décennies d’évolution de la société occidentale à travers des personnages liés par des parentés familiales -, on pouvait croire, après cette longue course solitaire, qu’il était parvenu au bout d’un chemin : celui de l’interrogation romanesque du réel contemporain. Et bien, loin d’être essoufflé, ce marathonien des lettres nous surprend en s’engageant dans un cycle de fiction d’une toute autre inspiration.
Autant le dire d’emblée : c’est une grande et belle réussite. Si la vraie littérature ne se confond pas avec la contemplation, elle nous en rapproche, nous aide à mieux respirer, à nous extirper des pressions et des suffocations de l’immédiateté. Cette fois-ci, c’est l’Histoire que le romancier interroge, une époque lointaine, méconnue, un temps d’angoisse et de malheur, celle où l’ancien monde n’est plus et où le nouveau n’est pas encore advenu.
Il s’agit du VIe de notre ère. L’empire romain d’Occident n’a plus d’existence, survit comme un fantôme au-dessus de ruines. Celui d’Orient prétend encore exercer sa férule, mais la réalité du pouvoir lui échappe en partie, car les « Barbares », par vagues conquérantes, s’implantent, eux, sur le terres de Gaule, d’Espagne et d’Italie, se mêlant sans se fondre encore aux populations locales désorientées. Constantinople, en réalité, se préoccupe de ses propres intérêts immédiats, lutte contre d’autres menaces sur ses flancs. Deux aires culturelles s’éloignent insensiblement l’une de l’autre. Les chrétiens, eux, se déchirent en querelles théologiques sur la vraie nature du Christ. A Ravenne, le roi ostrogoth Théodoric, sans doute brutal et mal dégrossi mais fasciné par le rayonnement durable d’une culture de l’écrit, règne sur la péninsule…
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Art premier éternellement vivant, la poésie s’abreuve à la source sacrée des mots. Le jour où, reléguée au musée, on ne l’atteindra plus que dans une vitrine, c’est le mort qui fixera le vivant de ses yeux vides. Sans elle, – quelle que soit sa forme, poème, psaume, mélopée… -, nous dépérissons. Laissée à elle-même, elle subsiste, inaltérable, comme une gemme dans l’humus.



