Inquisitio, c’est une série en huit épisodes diffusée tout au long du mois de juillet sur France 2 : un thriller historique qui prétend ressusciter l’époque de l’Inquisition. Inquisition, le seul mot fait peur. Il signifie le viol des consciences, l’intolérance, la violence, le fanatisme, la superstition. L’évocation des tribunaux d’Inquisition, dans le même sens, fait surgir des images de moines cruels et bornés, interrogeant de pauvres hères sortis de leurs cachots pour être torturés avant de finir sur le bûcher…
Les anticléricaux du XIXe siècle ont bien travaillé. Ainsi Etienne-Léon de Lamothe-Langon. En 1829, ce romancier publiait une Histoire de l’Inquisition en France. Affirmant s’appuyer sur des documents inédits tirés des archives ecclésiastiques de Toulouse, il décrivait les crimes imputables aux tribunaux inquisitoriaux, alignant noms de victimes, dates et lieux. Dans les années 1970, deux historiens britanniques, Norman Cohn et Richard Kieckhefer, partis à la recherche des sources de Lamothe-Langon, ont découvert que les archives en question n’avaient jamais existé !
C’est contre ce genre de falsifications que s’insurge Didier Le Fur. Spécialiste du Moyen Age tardif et de la Renaissance, celui-ci publie une précieuse synthèse sur l’Inquisition médiévale. L’ouvrage réduit à néant tous les clichés tels que ceux mis en scène dans le téléfilm Inquisitio. L’Inquisition médiévale, qui luttait contre les hérésies, au XIIIe siècle, et qui ne doit pas être confondue avec l’Inquisition d’Espagne, phénomène politico-religieux né deux siècles plus tard, n’était pas une justice arbitraire : elle laissait aux accusés le droit de se défendre et même de récuser leurs juges, n’employait la « question », à une époque où la justice civile recourait à la torture, que dans des cas déterminés, distribuait des peines qui étaient le plus souvent religieuses (prières, pèlerinages), les condamnations au bûcher étant rares et jamais exécutées par l’Eglise. L’Inquisition, par ailleurs, ne s’en prenait pas aux Juifs, puisqu’elle se voulait un instrument au service de l’orthodoxie catholique.
Le contrôle social de la foi et de la pratique religieuse est quelque chose qui, nous paraissant aujourd’hui inconcevable, nous choque profondément. Didier Le Fur explique pourquoi il n’en était pas de même au Moyen Age. Mais ce n’est pas parce que les mentalités ont changé qu’il faut réécrire le passé, comme s’y aventure le feuilleton télévisé de cet été.
Jean Sévillia

Didier Le Fur, L’inquisition. Enquête historique, France, XIIe-XVe siècle, Tallandier

« Quand je crache, c’est de l’art », disait Marcel Duchamp. On ne sait si l’expression était à prendre au sens propre ou au figuré, mais on se rappelle que c’est ce peintre qui, en exposant un urinoir et en le baptisant fontaine, en 1917, a symboliquement introduit une rupture esthétique. Dès lors qu’un instrument aussi trivial accédait au rang d’objet d’art, tout et n’importe quoi pouvait entrer dans la catégorie du Beau. « Chaque homme est un artiste », affirmait ainsi Joseph Beuys – autre artiste qui se flattait de déconstruire les vieilles catégories de l’esthétique « bourgeoise ».
dérives et les folies de l’avant-gardisme, combat qui nous a valu des pamphlets de belle facture : Considérations sur l’état des Beaux-Arts (1989), La responsabilité de l’artiste (1997), Malaise dans les musées (2007).



