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	<title>le blog de La Procure&#187; Patrick Kéchichian</title>
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		<title>Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 12:43:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger Heureux celui qui colle à son propre nom, à sa vie, que son identité ne trouble pas, qui fait un avec lui même, avec ses sentiments, ses désirs… Mais il n’en va pas toujours ainsi. Il était une fois, raconte Nathalie Léger, une femme très [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/nathalie-leger-supplement-a-la-vie-de-barbara-loden/' addthis:title='Nathalie Léger, Supplément à la vie de Barbara Loden' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2012/01/Nathalie-Léger-Supplément-à-la-vie-de-Barbara-Loden.jpg"><img class="size-medium wp-image-2970 alignleft" title="Nathalie-Léger,-Supplément-à-la-vie-de-Barbara-Loden" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2012/01/Nathalie-Léger-Supplément-à-la-vie-de-Barbara-Loden-192x300.jpg" alt="" width="192" height="300" /></a>Heureux celui qui colle à son propre nom, à sa vie, que son identité ne trouble pas, qui fait un avec lui même, avec ses sentiments, ses désirs… Mais il n’en va pas toujours ainsi. Il était une fois, raconte Nathalie Léger, une femme très incertaine d’elle-même, au regard perdu, à l’âme vacante, aux rêves dévastés. Elle était américaine et se nommait Barbara Loden. Cependant, son incertitude grandissait, et elle collait de moins en moins au monde, à elle-même, aux autres. <em>« Je n’étais rien. Je n’avais pas d’amis. Pas de talent. J’étais une ombre »</em>, disait-elle.  Un jour, elle prit un nom de fiction, un simple prénom plutôt, Wanda, dont elle fit le titre d’un film, le seul qu’elle réalisa, en 1970. Evidemment, elle interpréta elle-même le personnage – puisqu’elle en était si proche. Le film reçut l’année suivante une récompense à Venise. Dix ans plus tard, elle mourut d’un cancer, à l’âge de 48 ans. Que dire de plus ? Ah oui, elle tourna dans quelques autres films et fut, peu de temps, la seconde épouse d’Elia Kazan. L’histoire aurait pu en rester là, et j’aurais alors cédé ma plume à un historien du cinéma.</p>
<p>Mais très vite, Nathalie Léger a vu apparaître un troisième nom, le nom d’une femme encore plus obscure, Alma Malone, le modèle dont s’inspira Barbara pour créer Wanda. Mêlée, dix ans plus tôt, à un piteux braquage de banque, au cours duquel meurt son compagnon, <em>« un certain Ansley »</em>, Alma est condamnée (avec un soulagement dont l’expression étonne les témoins), à vingt ans de prison ; elle est libérée sur parole dix ans plus tard, puis on perd sa trace.</p>
<p>Wanda est donc le nom imaginaire d’une rencontre entre des femmes de chair et d’esprit, d’espoir et d’errance : Alma et Barbara bien sûr mais aussi – surtout dirais-je – l’auteur, Nathalie Léger. Et puisque la couverture ne porte pas la mention « roman », ce sésame qui innocente par avance toute substitution d’identité, nous pouvons en déduire que le « je » qui s’y exprime est bien celui de l’auteur. Quelques détails autobiographiques et amorces de confidences finissent d’ailleurs de nous en convaincre.</p>
<p>Dans son précédent ouvrage, <em><a href="http://www.laprocure.com/livres/nathalie-leger/l-exposition_9782846822664.html">L’Exposition</a> </em>(POL, 2008), Nathalie Léger explorait déjà le très intense et très vide mystère d’une autre femme, image elle aussi, la comtesse de Castiglione qui passa pour l’une des plus belles de son temps – la seconde moitié du XIXe siècle.</p>
<p><em>« Je sais d’expérience qu’on accède à ceux qui sont morts en pénétrant dans un mausolée de papiers et d’objets, un lieu clos, comble et pourtant vide… »</em> Ce vide, ou ce trop-plein, Nathalie Léger l’explore à nouveau avec une conscience fébrile et attentive, un intérêt qui ignore ses vrais motifs. Littéralement, je veux dire littérairement, emportée par son sujet – jusqu’en Amérique, sur les traces de ses modèles – elle interroge <em>« l’excès et l’inachèvement »</em>. Au terme du périple, il y a assurément un mur. <em>« Elle qui n’allait nulle part, elle était prête à aller au pire… »</em>, écrit-elle d’Alma Malone.</p>
<p>Dans cette superposition des images, des visages plutôt, apparaît une sorte de contre-modèle mélancolique de la femme active, militante et désirante, forcément féministe. Cette femme-là fait de <em>« l’indécision, de l’assujettissement »</em> la seule manière possible d’être, acceptant <em>« une solitude harassante, mais qui lui appartient ». </em>Après avoir vu <em>Wanda</em>, Marguerite Duras, bien inspirée, maniant heureusement le paradoxe, mit le mot de <em>« gloire »</em> à la place de celui de <em>« déchéance » </em>: <em>« …une gloire très très forte, très violente, très profonde. »</em></p>
<p><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="154" height="217" /></a><br />
</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/nathalie-leger/supplement-la-vie-barbara-loden_9782818014806.html"> <strong>Nathalie Léger, </strong></a><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/nathalie-leger/supplement-la-vie-barbara-loden_9782818014806.html">Supplément à la vie de Barbara Loden, éditions POL</a><br />
</strong></p>
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		<title>Pierre Sauvanet, L&#8217;Insu</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Dec 2011 16:04:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Sauvanet]]></category>

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		<description><![CDATA[L’INSU, Une pensée en suspens de Pierre Sauvanet Un objet philosophique non identifié. Ainsi pourrait-on définir ce livre dont le titre intrigue sans vraiment éclairer. Mais soyons rassurés : l’auteur, professeur d’esthétique, se met de notre côté… Il ne part pas gagnant, encore moins sachant. Confessant son ignorance, lui aussi cherche à comprendre. Au lieu d’avoir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/pierre-sauvanet-insu/' addthis:title='Pierre Sauvanet, L&#8217;Insu' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/12/Pierre-Sauvanet-Insu.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2935" title="Pierre-Sauvanet-Insu" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/12/Pierre-Sauvanet-Insu-180x300.jpg" alt="" width="180" height="300" /></a>L’INSU</strong>, <strong>Une pensée en suspens</strong><br />
de Pierre Sauvanet</p>
<p>Un objet philosophique non identifié. Ainsi pourrait-on définir ce livre dont le titre intrigue sans vraiment éclairer. Mais soyons rassurés : l’auteur, professeur d’esthétique, se met de notre côté… Il ne part pas gagnant, encore moins sachant. Confessant son ignorance, lui aussi cherche à comprendre. Au lieu d’avoir devant lui, un solide concept, une idée forte, à toute épreuve, il a un creux, un trou, un manque. Ce vide, auquel il donne un nom en forme de soustraction – <em>« l’insu » </em>–, n’est cependant pas hostile. Pas du tout. Il pourrait même être bienfaisant et miraculeusement opératoire. Cela mérite donc la plus grande attention.</p>
<p><em>« L’insu est un espace du dedans. L’insu ouvre, creuse, explore. »</em> Ou bien : L’insu <em>« a un statut d’outil méthodologique, non de réalité ontologique »</em> ; ce <em>« n’est pas une chose, mais une fonction »</em>… Mais ce ne sont là que quelques tentatives de définition, parmi beaucoup, d’autres. En fait, tout le livre est un unique tâtonnement vers son objet – qui n’est lui-même que de résister à toute saisie, à toute réduction. Il est aussi une attente d’illumination – même s’il ne faut nullement soupçonner l’auteur d’une trouble attirance pour le mysticisme… <em>« Jamais, plutôt la raison »</em>, affirme-t-il avec une belle vivacité. Je me suis amusé à souligner ces définitions, positives ou négatives, tout au long des cent vingt brefs chapitres qui se distribuent selon quatre parties. Les thèmes de ces parties marquant clairement un itinéraire. A les redire, nous nous mettons à notre tour en route vers quelque chose qui ressemble, sinon à <em>la</em> Sagesse, du moins à <em>une</em> sagesse – modeste, efficace, raisonnable, disponible. Mais pour avancer, il faut parler à la première personne…</p>
<p>1) <em>« Je ne suis pas au centre de moi-même. »</em> Première affirmation, qui entraine quelques conséquences que je n’ai pas fini d’explorer. D’où une forme de <em>« gai savoir dépassé »</em>. D’où un certain rapport à l’angoisse, etc. En somme, <em>« l’insu est ma nuit philosophique », « l’insu est ma grotte, les phénomènes insus mes boyaux… »</em></p>
<p>2) Si l’on déplie le mot insu, on arrive au mot <em>« instase »</em>, en tant qu’<em>« intervalle »</em>, <em>« chemin de traverse »</em>. Cette nouvelle notion vient alors se cogner à l’<em>« extase »</em>. Les deux mots ne s’opposent pas mais désignent des réalités différentes. Alors que le second me mène dans un espace illusoire (pense l’auteur&#8230;), le premier reste du côté de ma vie ordinaire, visible, avérée : télévision, cinéma, cuisine, piscine, etc. Je prends alors conscience que les mots désignent parfois leur contraire ; il me suffit de les bien entendre… Ainsi, dans <em>« indicible »</em>, il y a <em>« cible »</em> et dans <em>« ineffable »</em>, <em>« fable »</em>. Bien, je progresse : <em>« L’insu est incroyablement banal, quotidien – aussi banal et quotidien qu’un lavabo bouché ou un homme endormi. L’insu est de chaque instant, sans quoi la vie serait impossible. » </em>Que je me le tienne pour dit.</p>
<p>3) Faites entrer la philosophie. Leibnitz par exemple : je ne peux réfléchir intégralement et à chaque instant tout ce que je pense ; il faut bien avancer, il faut bien, parfois, une <em>« pensée qu’on laisse passer sans y penser… »</em> D’où ceci : <em>« L’insu est une simple modalité de la conscience de soi, qui précisément cherche par moment à s’échapper « de soi » afin de mieux gérer son propre rapport à soi… » </em>Ou ceci, à un degré au-dessus : <em>« L’insu est le mystère non mystique du moi qui n’est pas moi. »</em></p>
<p>4) A présent, il me faut traduire cette philosophie dans ma vie et répondre à la vieille question que se posait déjà Lénine : <em>« Que faire ? » </em>Car il y a bien, à toute cette affaire (cet « à faire » ?), un <em>« enjeu éthique »</em>. Quant au mot « insu », il peut à présent tomber dans le trou qu’il a lui-même creusé, ma seule fin (ce n’est pas moi qui parle), étant de <em>« mieux vivre »</em>.</p>
<p>Au terme de ce chemin de pensée, l’auteur, devenu une sorte d’ami, de proche – je n’ose dire de prochain – me conseille (il me voussoie) : je quitte mon propre ouvrage, <em>« quittez-le de même »</em>. Ah zut, j’avais encore tant de questions à lui poser !</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="size-medium wp-image-144 alignnone" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="153" height="216" /></a></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/pierre-sauvanet/l-insu-une-pensee-suspens_9782869599543.html"><strong>Pierre Sauvanet, L’INSU, Une pensée en suspens, Arléa</strong></a></p>
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		<title>Bertrand Leclair, Dans les rouleaux du temps</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Oct 2011 12:04:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
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		<description><![CDATA[Lire n’est pas une activité de loisir. Lorsqu’elle le devient, lorsqu’elle est ainsi perçue, tout le sérieux de la littérature est bradé. Mais c’est aussi la vie qui se trouve solidairement diminuée, amputée d’une dimension essentielle. – Pourquoi établissez-vous ce lien ? Nous ne parlons que des livres, il me semble ? D’ailleurs, ne dit-on pas que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/bertrand-leclair-dans-les-rouleaux-du-temps/' addthis:title='Bertrand Leclair, Dans les rouleaux du temps' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="108" height="153" /></a>Lire n’est pas une activité de loisir. Lorsqu’elle le devient, lorsqu’elle est ainsi perçue, tout le sérieux de la littérature est bradé. Mais c’est aussi la vie qui se trouve solidairement diminuée, amputée d’une dimension essentielle. – Pourquoi établissez-vous ce lien ? Nous ne parlons que des livres, il me semble ? D’ailleurs, ne dit-on pas que la vraie vie est ailleurs ? – C’est justement toute la question : pour saisir la « vraie vie », pour tenter de s’y repérer, de tenir debout et de marcher dignement, la littérature (au sens large, pas seulement le roman) est indispensable. Pour avancer dans la nuit, on a besoin de torches, de lumière. De même, la vie demande à être éclairée, à devenir, autant qu’il est possible et permis, lisible. Si l’on ne conçoit pas ce lien comme une nécessité, alors oui, on pourra considérer la lecture comme une activité distrayante, au même titre que la danse de salon ou la console de jeux.</p>
<p>Au-delà des préférences qu’il affiche, au-delà même des analyses qu’il avance, le grand mérite de Bertrand Leclair, dans son essai, est d’affirmer ce lien indissoluble entre la vie, <em>sa</em> vie, et la littérature. Plus précisément, comme le titre de son livre l’indique, <a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Dans-les-rouleaux-du-temps.jpg"><img class="alignright size-medium  wp-image-2789" title="Dans les rouleaux du temps" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Dans-les-rouleaux-du-temps-193x300.jpg" alt="" width="193" height="300" /></a>entre les « temps » de cette vie et les œuvres qui ont pu les marquer. Un lien vivant et – pour l’auteur comme pour les lecteurs qui en auront fait l’expérience – salvateur. Le mot de <em>« salut »</em>, Bertrand Leclair l’emploie d’ailleurs lui-même, précisant qu’on peut l’entendre de plusieurs manières. Oui, les livres, <em>des</em> livres, peuvent nous sauver de maints périls, de tous les vides de l’existence, nous faire grandir, nous éclairer, nous enrichir, au sens fort du terme – qui n’est pas celui de la menue monnaie… <em>« Je veux interroger, non pas l’essence, mais les puissances de la littérature »</em>, écrit d’emblée Leclair. Immédiat accord, bien sûr, avec ce programme, même si l’on peut défendre l’idée d’une intime proximité de ces <em>« puissances »</em> et de cette <em>« essence »</em>. D’ailleurs, un peu plus loin, l’auteur affirme chercher <em>« l’âme des livres »</em>, en tant qu’ils ont marqué et construit sa propre âme.</p>
<p>Car à côté du mérite dont je viens de parler, il en est un autre, plus secret, qui regarde justement l’âme d’un homme. Un homme parmi les autres certes, mais en même temps unique et irremplaçable – comme tous les autres. Pour se caractériser, pour se montrer, pour n’être pas aveugle à lui-même, Bertrand Leclair a choisi de prendre, ou plutôt de reprendre les livres qui ont, comme on dit, marqué sa vie, de l’enfance à l’âge adulte. Des livres qui l’ont <em>« inventé »</em>, pour reprendre son propre verbe. De Socrate à Proust, le chemin est tout sauf académique. Les seules hiérarchies admises étant celles qu’on se forge soi-même et pour soi-même. L’Aragon d’<em>Aurélien</em>, Sartre (« L’Enfance d’un chef »), Céline (« La Trilogie allemande »), Jack London (<em>Martin Eden</em>), mais aussi Mallarmé levant un toast funèbre au secret et flamboyant Villiers de L’Isle-Adam, ou <em>Histoire d’O </em>; et encore, plus près de nous, Piotr Rawicz, Frédéric Berthet, Hélène Cixous… <em>« Oui, le miroir que me tend le livre</em> [Leclair parle d’<em>Aurélien</em>] <em>est plus fort que moi, j’oublie le cadre, je n’y vois plus que ma propre vie en vérité, enfin éclaircie, sinon élucidée. »</em></p>
<p>Le beau livre de Bertrand Leclair, nous démontre que lire fait vivre, et aussi, parfois, écrire. Il suggère que les mots ne servent pas seulement, pas d’abord, à communiquer, mais à parler et à <em>se</em> parler.<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Figures-du-désir.jpg"><img class="alignright size-medium  wp-image-2792" title="Figures du désir" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/10/Figures-du-désir-198x300.jpg" alt="" width="134" height="204" /></a></p>
<p>On pourra compléter la lecture de <em>Dans les rouleaux du temps</em> par celle d’un autre livre, point trop éloigné de celui de Leclair. Jacques Dubois est un universitaire belge, spécialiste notamment de Simenon. Ses <em>Figures du désir</em>, mesurent la capacité de certaines héroïnes de romans (de Balzac, Proust, Aragon à Simenon ou Jean-Philippe Toussaint) à susciter chez le lecteur un mouvement quasiment amoureux… Une manière d’ajouter, après vivre et lire, un troisième verbe, qui fédère les deux autres : aimer.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/bertrand-leclair/dans-les-rouleaux-temps-essai_9782081253469.html">Dans les rouleaux du temps</a>, </strong>de Bertrand Leclair, Flammarion.</p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/jacques-dubois/figures-desir-pour-une-critique-amoureuse_9782874491184.html"><strong>Figures du désir. <strong>Pour une critique amoureuse</strong></strong></a><strong><strong>, </strong>de Jacques Dubois, Les Impressions nouvelles.</strong></p>
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		<title>Le Souvenir du monde</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Sep 2011 12:03:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
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		<category><![CDATA[Michel Crépu]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu Comparée aux histoires que se racontent les romanciers, la grande Histoire, la vraie, celle d’où nous venons, offre bien des avantages et des agréments. Et nul besoin de la passer par le tamis de notre pauvre imagination, par nos si peu fulgurantes fantaisies. La recette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/michel-crepu-le-souvenir-du-monde/' addthis:title='Le Souvenir du monde' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="183" height="257" /></a></strong>Comparée aux histoires que se racontent les romanciers, la grande Histoire, la vraie, celle d’où nous venons, offre bien des avantages et des agréments. Et nul besoin de la passer par le tamis de notre pauvre imagination, par nos si peu fulgurantes fantaisies. La recette est simple, je veux dire extraordinairement complexe : prendre les choses, les hommes et les événements, les sentiments collectifs et individuels, les ambitions (très important, les ambitions… hélas !), les lubies et les éclairs de lucidité, les instincts et les errements, les grands discours et les bégaiements… mêler le tout, diriger l’orchestre, peindre la fresque. Mais, pour faire un bon livre, il manque à tout cela un élément essentiel : un homme (ou une femme) au milieu, en chair et en os, en corps et en esprit, une figure qui attire et retient le regard, qui intéresse et intrigue, qui résume, synthétise.</p>
<p>Pour cette dernière exigence, et pour toutes les autres d’ailleurs, Michel Crépu n’a pas cédé à la facilité. Il y a quelques années, il s’était occupé de Bossuet (et aussi du plus secret et très attachant Charles du Bos, du trop mal aimé Sainte-Beuve). Cette fois, il prend à bras-le-corps, tel un hardi hussard, un autre monument (ou ce qu’on nomme ingénument tel) : François-René de Chateaubriand. Rien de moins.<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/09/Le-Souvenir-du-monde-Essai-sur-Chateaubriand-de-Michel-Crépu.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2659" title="Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/09/Le-Souvenir-du-monde-Essai-sur-Chateaubriand-de-Michel-Crépu-200x300.jpg" alt="Le Souvenir du monde, Essai sur Chateaubriand de Michel Crépu" width="200" height="300" /></a></p>
<p>Et là, il faut s’incliner devant l’artiste : toute vibrante d’intelligence, d’heureuses formules et d’intuitions audacieuses, la symphonie nous emporte ; justement composée et proportionnée, pleine d’ombre et de lumière, la fresque nous convainc. Crépu a bien repéré son sujet, il a compris qu’il formait l’exact point de bascule des temps historiques modernes de la France (et au-delà, jusqu’à l’Amérique de Washington). Il a compris aussi combien son œuvre, du <em>Génie du christianisme</em> à la <em>Vie de Rancé</em>, en passant par l’océan des <em>Mémoires d’outre-tombe</em>, sans oublier <em>Les Martyrs</em>, <em>René</em> et les textes politiques, donne écho au siècle qui s’inaugure. Surgi de la Révolution française (il a 21 ans en 1789), évoluant dans le premier Empire et ses suites, le grand Malouin regarde, avec une mélancolie qui n’est pas seulement celle du romantisme, au-delà de son petit pré-carré. <em>« Dès qu’il paraît, il est seul »</em>, écrivait Julien Gracq. Maurras, lui, comprendra admirablement combien il a <em>« désorganisé » </em>l’esprit classique français, <em>« en y faisant prévaloir l’imagination, en communiquant au langage, aux mots, une couleur de sensualité, un goût de chair, une complaisance dans le physique, où personne ne s’était risqué avant lui »</em>. Pour l’idéologue de l’Action française, Chateaubriand ne cherchait pas dans le passé « le fécond, le traditionnel, l’éternel » mais <em>« le passé comme passé, et la mort comme mort, ses uniques plaisirs ».</em></p>
<p>Il ne nous manque qu’une chose, souligne Crépu, une chose que Nadar nous a fourni pour Baudelaire, et qui nous est si précieuse : une photographie. Et la question, <em>« y a-t-il un visage de Chateaubriand ? »</em>, donne le vertige. La modernité de l’écrivain trouve soudain sa limite : nous ne pourrons pas l’approcher davantage…</p>
<p>Sur ses rapports avec Napoléon (le sacre <em>« événement orgiaque qui sonne faux »</em>), sur les singularités hautement signifiantes de son christianisme (c’est <em>« le dernier écrivain catholique heureux »</em>), sur sa politique et ses amours, sur son <em>« destin français »</em>, Michel Crépu jette les lumières nécessaires. Avec un vrai panache, il renvoie le biographe à sa trop méticuleuse besogne et l’historien aux scrupules paralysant de sa discipline. Et pour le lecteur, c’est une vraie et stimulante fête.</p>
<p>Signalons aussi deux autres parutions chateaubrianesques : Un choix d’<a href="http://www.laprocure.com/livres/francois-rene-chateaubriand/des-etudes-historiques_9782841004911.html"><em>Etudes historiques</em></a>, préfacé par Michel Crépu ; édition établie par Michel Brix (Bartillat) et une <a href="http://www.laprocure.com/livres/emmanuel-godo/chateaubriand-genie-christianisme_9782204091596.html">anthologie </a>commentée par Emmanuel Godo du Génie du christianisme (Cerf)</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/michel-crepu/le-souvenir-monde-essai-sur-chateaubriand_9782246708711.html"><strong>Michel Crépu,<em> </em></strong><strong><em>Le Souvenir du monde,Essai sur Chateaubriand</em>, </strong><strong>Grasset</strong></a></p>
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		<title>De la jouissance en littérature</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Aug 2011 10:15:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[De la jouissance en littérature, 50 leçons, d’Edouard Launet Même si elle est très répandue, l’idée de recueillir dans un livre des articles ou des chroniques d’abord parus dans un journal n’est pas toujours bonne. La temporalité de la presse et celle de la littérature sont différentes. Ce qu’on lit vite s’oublie vite. Mais bien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/edouard-launet-de-la-jouissance-en-litterature/' addthis:title='De la jouissance en littérature' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>De la jouissance en littérature, 50 leçons, d’Edouard Launet</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="144" height="203" /></a>Même si elle est très répandue, l’idée de recueillir dans un livre des articles ou des chroniques d’abord parus dans un journal n’est pas toujours bonne. La temporalité de la presse et celle de la littérature sont différentes. Ce qu’on lit vite s’oublie vite. Mais bien sûr, il y a des exceptions. En voici une brillante et savamment réjouissante, qui vient à point nommé : la rentrée littéraire imposant aux éditeurs, écrivains, critiques et libraires un surcroît de travail et de soucis, il est bon de trouver une distraction, de regarder dans les marges et les coulisses de la littérature, telle qu’elle s’édite, s’écrit et se lit, se pense et s’analyse.</p>
<p>C’est là justement, dans ces coulisses, que se tient Edouard Launet, journaliste à <em>Libération</em>, envoyé spécial dans les bibliothèques spécialisées, lecteur assidu d’annales savantes, grand et candide reporter passant une tête (il ne veut pas trop déranger) dans des colloques spécialisés. Comme il le note, <em>« le champ de la théorie littéraire, sorte de critique de la critique littéraire, est sans doute le domaine scientifique le plus acrobatique »</em>. D’ailleurs, le mot de <em>« science »</em>, une fois appliqué à ce vaste espace de fantaisie et de rêverie, de lumière et de noirceur, qu’est la littérature, prend une coloration souvent inattendue, une dimension exotique. Et sans le savoir, le scientifique se fait poète… ou acrobate. Ne l’est-il pas, lorsqu’il se livre à<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/08/De-la-jouissance-en-littérature-50-leçons-Edouard-Launet.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2572" title="De la jouissance en littérature, 50 leçons, Edouard Launet" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/08/De-la-jouissance-en-littérature-50-leçons-Edouard-Launet-203x300.jpg" alt="" width="181" height="267" /></a> <em>« l’examen des interactions entre espaces humains et littérature »</em> (cela s’appelle la <em>« géocritique »</em>), ou qu’il étudie les <em>« chronotopes »</em> (en gros, ce qui regarde les rapports de l’espace et du temps… Relisez Bakhtine…) ?</p>
<p>Il y a aussi des questions que l’on n’osait pas poser, des questions profondément dérangeante, et même carrément subversives. Celle-ci par exemple : <em>« Et pourquoi donc, Jacques Derrida n’a-t-il pas consacré un ouvrage complet à </em>La Recherche <em>»</em> de Proust ? Ou cette autre, qui frise l’angoisse, qui donne le vertige : <em>« Peut-on espérer une théorie unifiée de la métaphore ? »</em></p>
<p>Mais Edouard Launet ne s’en tient pas aux doctes interrogations des plumes savantes. La vie littéraire offre par elle-même tant d’occasions de sourire…  Il suffit d’y ajouter un grain d’imagination. Ainsi lorsqu’il reconstitue un dialogue au sommet entre Benoît XVI et Michel Houellebecq, ou quand il fantasme une délibération passablement déjantée du jury Goncourt dans lequel Bernard Pivot vient de faire son entrée. Impavide plus que ricanant, l’auteur sait admirablement extraire de telle situation banale (ou même désolante) le sel nécessaire pour ne pas s’ennuyer. Et même pour en tirer une certaine <em>« jouissance littéraire »</em>.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.laprocure.com/livres/edouard-launet/de-jouissance-litterature-lecons_9782848761916.html"><strong>Edouard Launet, De la jouissance en littérature, 50 leçons, Ed. Philippe Rey</strong></a></p>
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		<title>Chesterton, biographie de William Blake</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jul 2011 07:47:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Gilbert Keith Chesterton]]></category>

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		<description><![CDATA[WILLIAM BLAKE, de Gilbert Keith Chesterton Il n’est pas donné tous les jours de lire une telle biographie. Quel bonheur d’échapper aux contraintes que s’imposent et nous imposent ordinairement les biographes ! Enfance, premières dents, amours juvéniles, adolescence difficile, montée en puissance, carrière, chute… Dès l’incipit de ce livre publié en 1910, le ton est donné, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/gilbert-keith-chesterton-william-blake/' addthis:title='Chesterton, biographie de William Blake' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><strong>WILLIAM BLAKE, de Gilbert Keith Chesterton</strong></p>
<p><a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="patrick-kechichian" width="171" height="241" /></a>Il n’est pas donné tous les jours de lire une telle biographie. Quel bonheur d’échapper aux contraintes que s’imposent et nous imposent ordinairement les biographes ! Enfance, premières dents, amours juvéniles, adolescence difficile, montée en puissance, carrière, chute… Dès l’incipit de ce livre publié en 1910, le ton est donné, qui emporte l’adhésion, suscite la jubilation : <em>« William Blake aurait été le premier à comprendre qu’une biographie, n’importe quelle biographie, devrait commencer par ces mots : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. ». » </em>Chesterton, malgré les apparences, ne s’amuse pas ici à mimer le grandiose, le surnaturel, il y réside, il y respire, c’est son élément naturel. Et, miracle, pas besoin d’être un surhomme pour cela, mais simplement un honnête chrétien. Un chrétien ordinaire. Pour ce chrétien-là, dont Chesterton est la quintessence, le modèle et l’exemple, raconter une vie, c’est raconter sa légende. Et si cette légende est « dorée », c’est mieux encore – pourvu qu’elle demeure naturelle. Ce naturel détaché, d’après les pointillés, du surnaturel.</p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/auteurs/gilbert-keith-chesterton-0-1201724.html">Chesterton</a> a écrit plusieurs biographies – Stevenson, Dickens&#8230; Récemment, a été traduite celle, remarquable, qu’il consacra au poète victorien Robert Browning (Le Bruit du temps, 2009). Et puis, dans la foulée, il retraça la vie de quelques saints : François d’Assise, Thomas d’Aquin. Jamais il ne s’embarrasse de dates, de chronologies. Et par exemple, il lui arrive de dire <em>« aux environs de ce temps »</em> pour situer un épisode. De même, il se méfie des fausses continuités, des lignes droites, des<a href="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/07/Gilbert-Keith-Chesterton-William-blake.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-2545" title="Gilbert Keith Chesterton William blake" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/07/Gilbert-Keith-Chesterton-William-blake-225x300.jpg" alt="Gilbert-Keith-Chesterton-William-blake" width="225" height="300" /></a> lassants rapports de cause à effet. Des anecdotes et circonstances de la vie, il ne retient que ce qu’il estime nécessaire. Et comme en toute vie le superflu abonde, il élimine beaucoup, écarte, débroussaille.</p>
<p>Une fois le champ dégagé, Chesterton peut courir tout à son aise vers ce qui lui semble l’essentiel. Cette étonnante figure du pré-romantisme anglais s’en trouve grandement éclairée, nettoyée, apurée. Né en 1757, mort en 1827, William Blake fut un poète et peintre et graveur. Un esprit <em>« magnifique, énorme et délicieux »</em>, disait André Gide qui le comparait à Lautréamont – cela tandis qu’il traduisait, dans les mêmes années 1910, son <em>Mariage du Ciel et de l’Enfer</em>. Blake vécut pauvrement, dans une rigueur morale qui fait parfois peur : <em>« une sorte d’abrupte innocence »</em> dit Chesterton qui parle aussi de son  <em>« étrangeté tranquille et prosaïque »</em>.</p>
<p>Je ne peux m’empêcher de citer une autre description : <em>« Avec sa grosse tête de chouette et son étonnant petit corps, il devait moins ressembler à un homme en expédition au pays des elfes qu’à un authentique lutin… »</em> Il y a aussi des pages magnifiques sur la folie du poète, et sur la folie en général : <em>« La folie n’est pas un état d’anarchie. Elle est une contrainte, une servitude. » </em>Il faut s’arrêter enfin sur les passages remarquables qui traitent de la Révolution française et de son effet sur l’esprit calmement exalté de Blake. Parmi les considérations générales, celle-ci : <em>« La Révolution française mérite particulièrement son qualificatif de « française » en ce qu’elle fut une révolution qui eut par dessus tout le souci des convenances. On y excusait la violence, on y excusait la folie, mais l’excentricité n’y avait pas sa place. »</em> Ce mot de « convenances », ici, me donne un plaisir intense.</p>
<p>Il faudrait citer aussi le raisonnement sur la <em>« trinité de notre destinée terrestre »</em>, sur la mystique de Blake, sur son art visionnaire, sur son nudisme <em>(« il se montrait obscène par principe »</em>), etc. Finalement, on en vient à la question importante : la vie d’un homme peut-elle tenir dans un livre qui la raconte ? La réponse en acte que fournit Chesterton mérite qu’on s’y arrête.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/gilbert-keith-chesterton/william-blake_9782070132072.html"><strong>Gilbert Keith Chesterton, <em>William Blake</em>, éditions Gallimard</strong></a><strong><br />
</strong></p>
<p>Traduit de l’anglais par Lionel Forestier</p>
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		<title>Jean Bastaire, de l&#8217;amour</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Mar 2011 09:25:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Christianisme]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Bastaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Les deux derniers livres de Jean Bastaire sont complémentaires. Ils regardent vers le même lieu, la même réalité, le même horizon – l’amour. Et de ce regard, ils font une vive parole, haute et ferme, parfaitement audible. Parfaitement intempestive aussi, tant elle se heurte frontalement à un certain air du temps, à une petite musique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/jean-bastaire-apologie-noces-et-eloge-fidelite/' addthis:title='Jean Bastaire, de l&#8217;amour' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="155" height="218" />Les deux derniers livres de Jean Bastaire sont complémentaires. Ils regardent vers le même lieu, la même réalité, le même horizon – l’amour. Et de ce regard, ils font une vive parole, haute et ferme, parfaitement audible. Parfaitement intempestive aussi, tant elle se heurte frontalement à un certain air du temps, à une petite musique lancinante qui nous chante que c’en est fini de la fidélité, du mariage, de la foi solide et droite, consciente d’elle-même et sans détours. Et pourtant, <em>Apologie des noces</em> et <em>Eloge de la fidélité</em> ne sont pas des traités de morale écrits par un vieux monsieur un peu aigri et grinçant à l’usage des jeunes générations. Il faut inverser les choses. Là, le vieux monsieur est plus jeune que ses interlocuteurs virtuels. Il pense et parle librement, sans crainte. La prudence qu’il manifeste ne tient pas à la <em><img class="alignright size-medium wp-image-1933" title="Jean Bastaire, Apologie des noces" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/03/Jean-Bastaire-Apologie-des-noces-179x300.jpg" alt="" width="179" height="300" /></em>révérence ou à l’allégeance à quiconque, mais à sa seule conscience. Une conscience intégralement chrétienne et catholique, conformée à l’enseignement du Christ, grandie et développée par celui de la Sainte Eglise.</p>
<p>Il n’est pas si courant d’entendre un chrétien parler de l’érotisme, de célébrer, pour elles-mêmes, les vertus de la chair et du désir. Jean Bastaire le fait sans crainte, appuyé sur sa foi, ancré en elle. Charnelles autant que spirituelles, les « noces » dont il parle ne consistent pas à aller polissonner dans des pâturages interdits. <em>« L’extrême bonté de la sexualité »</em>, <em>« l’excellence originelle de la jouissance érotique »</em>, doivent être pensées avec tout le sérieux et la gravité requises. A l’opposé de cette célébration, Bastaire place un nom immense, celui de Paul Claudel. Ce n’est rien dire contre l’absolu génie du poète, ni contre ses admirables intuitions exégétiques que de rappeler ses propos terribles sur le mariage En 1948, dans son commentaire du <em>Cantique des <img class="alignleft size-medium wp-image-1937" title="Jean Bastaire, Eloge de la fidélité" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2011/03/Jean-Bastaire-Eloge-de-la-fidélité-197x300.jpg" alt="" width="197" height="300" />cantiques</em>, il écrit ceci : <em>« Un véritable mariage est non pas un </em>oui<em>, mais un </em>non<em>, un refus donné à la chair… » </em>Et dans une lettre, à la même époque, il enfonce le clou : <em>« Fondé sur le consentement, le sacrement de mariage a pour but non pas la satisfaction des sens ou même des âmes, mais leur salut essentiel l’une par l’autre, la renonciation totale, l’étoile pure. »</em></p>
<p>Jean Bastaire ne se démonte pas : <em>« J’en appelle</em>, écrit-il solennellement, <em>de Claudel à Claudel pour affirmer que les noces, dans l’esprit biblique et chrétien, sont orientées à la satisfaction des sens et de l’âme, mais par une conversion qui opère chez les époux un retournement où le primat de l’autre l’emporte sur le primat de soi. »</em> Puis il rappelle ce que l’on ne saurait oublier : <em>« La croix fait partie intégrante du bonheur des époux… »</em></p>
<p>L’<em>Eloge de la fidélité</em> complète, avec une saine véhémence, le propos d’<em>Apologie des noces</em>. Là non plus, pas le moindre souci d’une morale étroite qui enferme et protège avant d’exposer au feu de l’amour. J’aime que Jean Bastaire écrive, dans le tumulte de l’époque, dans le désordre spirituel qui cherche à prendre force de loi : <em>« L’amour fou ne peut naître et vivre que d’une foi studieuse. »</em> Entendez-vous le scandale que fait ce modeste adjectif ?</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/jean-bastaire/apologie-des-noces_9782845739062.html">Jean Bastaire, Apologie des noces, Parole et silence</a></strong></p>
<p><strong><a href="http://www.laprocure.com/livres/jean-bastaire/eloge-la-fidelite-temps-l-ephemere_9782706707773.html">Jean Bastaire, Eloge de la fidélité, au temps de l’éphémère, Salvator</a></strong></p>
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		<title>John Henry Newman, &#171;&#160;la miraculeuse simplicité et précision de l’expression&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Dec 2010 15:23:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Christianisme]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
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		<description><![CDATA[Il n’est pas toujours facile, dans la prière personnelle, de trouver ses mots. Notre esprit s’égare, semble impuissant à former des phrases intelligibles. Trop vive, impatiente, la sensibilité brouille notre langage, le fait bredouiller. Et parfois, c’est la détresse qui nous réduit au silence… Dans tous les cas, le besoin et la nécessité d’adresser à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/john-henry-newman-livret-de-prieres/' addthis:title='John Henry Newman, &laquo;&nbsp;la miraculeuse simplicité et précision de l’expression&nbsp;&raquo;' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><img class="alignleft size-medium wp-image-260" title="patrick kechichian gf" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/kechichian-photo-213x300.jpg" alt="" width="213" height="300" /><strong>Il n’est pas toujours facile, dans la prière personnelle, de trouver ses mots.</strong> Notre esprit s’égare, semble impuissant à former des phrases intelligibles. Trop vive, impatiente, la sensibilité brouille notre langage, le fait bredouiller. Et parfois, c’est la détresse qui nous réduit au silence… Dans tous les cas, le besoin et la nécessité d’adresser à Dieu, Père, Fils ou Esprit, à la Sainte Vierge et aux saints, une demande ou de rendre grâces se trouvent comme empêchés. Certes, le Destinataire, par définition, est toujours apte à traduire ce désordre, à recevoir notre misère jusque dans son expression la plus maladroite ou exsangue. Et l’Esprit, comme le dit saint Paul, a le don de <em>« venir au secours de notre faiblesse »</em>, d’<em>« intercéder pour nous en des gémissements ineffables » </em>(Rm, 8, 26-27)<em>. </em>Mais il peut se faire aussi que cet embarras nous laisse à l’écart, asséchés, sans voix, qu’il nous désespère de nous-mêmes, nous détournant de Celui qui peut entendre jusqu’à notre silence…</p>
<p><strong>La littérature et toute la tradition depuis les premiers siècles, sans parler de la liturgie, nous offrent en abondance de quoi pallier cette impuissance</strong>, ce découragement. Il y a aussi, toujours disponibles, même si on a tendance à les négliger, la récitation du chapelet et la méditation du rosaire. Alors pourquoi ce <em>Livret de prières</em> du bienheureux <a href="http://www.laprocure.com/selection/l-oeuvre-john-henry-newman-672.html">John Henry Newman</a> est-il si précieux ? En quoi vient-il si exactement compenser le désordre de notre pensée, sans faire un seul instant violence à notre esprit ? Comment des mots nés dans la conscience d’un homme singulier peuvent-il satisfaire si pleinement une autre conscience, dans un autre temps, un autre espace ? Une évidence : seule la parfaite association de l’universalité catholique et du dogme de la communion invisible des saints peut répondre à ces questions.</p>
<p><strong>Choisies et rassemblées posthumément en 1893, ces prières</strong> ont été traduites il y a deux ans en français. <img class="alignright" title="john-henry-newman/livret-prieres" src="http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782940402229.jpg" alt="" width="198" height="323" />Une prière pour chaque jour du mois : pour obtenir la sagesse, pour persévérer dans l’amour de Dieu, pour les défunts, les incroyants, pour l’Eglise ici bas et son unité ; prières d’adoration, d’abandon, pour honorer le Saint-Esprit, le Dieu immuable, le Sacré-Cœur, la Sainte Vierge… Prières du matin aussi, et du soir.</p>
<p><strong>Ce qui est admirable et irremplaçable dans ces textes courts, c’est la parfaite, la miraculeuse simplicité et précision de l’expression.</strong> Comme si l’intelligence dogmatique entrait en consonance avec la sensibilité et la ferveur. Comme si la sensibilité et la piété devenaient elles-mêmes intelligence, raison. Comme si, enfin, notre embarras, nos maladresses, notre fatigue trouvaient le remède naturel d’une parole ouverte, mesurée, partagée, justement exprimée et audible en même temps qu’authentiquement intérieure.</p>
<p><strong>Il faut parler, je crois, d’un velouté, d’une suavité de la pensée et de sa formulation.</strong> Il faut admirer le si juste agencement des mots, la régularité du souffle – même lorsque des chapitres dramatiques de l’existence sont en jeu. Le véritable abandon à Dieu donne assurément des ailes à la parole. De plus, nous sommes conduits, guidés. C’est cette libre et joyeuse soumission qui forme les mots, construit les phrases. Mots et phrases que notre volonté propre, notre raidissement sur et en nous-mêmes, nous font piteusement balbutier. Noël n’est pas à souhaiter au milieu d’opulents banquets mais au secret du cœur. De même, c’est dans un sobre silence intime que ces paroles trouvent à la fois sens et destination.</p>
<p><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/john-henry-newman/livret-prieres_9782940402229.html"><strong>John Henry Newman, </strong><strong>Livret de prières, Ad Solem</strong></a></p>
<p>Traduit (bilingue) de l’anglais par Pierre Lane et Grégory Solari</p>
<p>Préfacé par Grégory Solari</p>
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		<title>Georges Haldas, dans l&#8217;état de poésie</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Nov 2010 11:27:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>
		<category><![CDATA[Georges Haldas]]></category>

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		<description><![CDATA[Georges Haldas est mort le 24 octobre dernier à Lausanne. Il avait 93 ans. Né (en 1917) d’un père grec et d’une mère suisse, il vivait à Genève, boulevard des Philosophes. Il aimait croiser ses semblables dans les cafés pour mesurer et surtout éprouver toutes les formes possibles de la  fraternité. Il se nourrissait de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/georges-haldas-dans-etat-de-poesie/' addthis:title='Georges Haldas, dans l&#8217;état de poésie' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="196" height="277" />Georges Haldas est mort le 24 octobre dernier à Lausanne. Il avait 93 ans. Né (en 1917) d’un père grec et d’une mère suisse, il vivait à Genève, boulevard des Philosophes. Il aimait croiser ses semblables dans les cafés pour mesurer et surtout éprouver toutes les formes possibles de la  fraternité. Il se nourrissait de ces rencontres. Tous les visages de l’homme lui étaient comme une silencieuse injonction au partage, à la bonté et à la beauté du partage. Converti au catholicisme, nullement embarrassé de bienséance institutionnelle, il n’avait ni sa langue ni sa plume dans la poche. Pas la moindre trace de mièvrerie dans ses livres, mais une voix claire, juste, sans contorsions. Un soir à Genève, juste après la guerre, il avait dîné avec Georges Bernanos, qui l’avait engueulé pour ses sympathies communistes… Il garda toujours quelque chose de la brûlante impatience de l’auteur de <a href="http://www.laprocure.com/livres/georges-bernanos/la-grande-peur-des-bien-pensants_9782253933021.html" target="_blank"><em>La Grande peur des bien-pensants</em></a>.</p>
<p>Jeune homme, Haldas avait hésité entre la théologie et le football… la littérature arbitra. Une littérature abondante (près de cent titres) généreuse, jamais retournée sur elle-même et se jugeant si belle en son miroir. Outre quelques essais, notamment sur la poésie ou sur Ramuz qu’il admirait, son œuvre comporte trois chapitres, ou branches : la poésie – rassemblée en un volume en 2000 à l’Âge d’homme, son<a href="http://www.laprocure.com/livres/georges-haldas/les-hauteurs-moab-carnets-2008-2009_9782825140789.html"><img class="alignright" src="http://www.laprocure.com/cache/couvertures/L9782825140789.jpg" alt="" width="208" height="306" /></a> éditeur fidèle – les chroniques et des notes datées, tel un journal, placées sous le titre générale de « L’état de poésie ». Entre l’état de nature et l’état de grâce, écrivait son ami et commentateur, Jean Vuilleumier, l’état de poésie autorise une <em>« dilatation de la psyché »</em>, avec le sentiment d’une <em>« révélation fortuite »</em>, d’une <em>« fugace plénitude »</em>, au sein d’un <em>« bonheur fait d’élan et de repos, d’allégresse et de sérénité… »</em></p>
<p>Pas de roman donc, ni de philosophie. A l’aise dans l’évocation de ses souvenirs, Georges Haldas prolongeait non pas une introspection, mais une inlassable réflexion, jamais crispée ou minéralisée dans une connaissance définitive. D’ailleurs, ce n’est pas se connaître qui était le plus urgent pour lui, mais déployer, risquer au dehors toutes les ressources de l’intelligence et du cœur. Il nommait ce souci, ce besoin vital, ses <em>« Pâques de tous les jours »</em>. Ainsi pour être <em>« totalement présent à soi-même et au monde »</em>, il faut non seulement une <em>« pleine conscience »</em> mais aussi, paradoxalement peut-être, un certain <em>« oubli de soi »</em>.</p>
<p>Le dernier volume des carnets de Georges Haldas, <em>Les Hauteurs de Moab</em>, qui paraît à l’instant de sa mort, couvre les années 2008 et 2009. Notations souvent brèves, qui sont moins des aphorismes ciselés que des tentatives d’expressions, des hypothèses de pensées. Je ne sais pas s’il importe de toujours accorder une note critique aux livres que nous lisons. Je suis sûr en revanche que certains livres, certaines séries de livres – comme cette « Etat de poésie » – répondent à une faim et à une soif que nous ne savions pas forcément avoir. Peu importe leurs imperfections, leurs naïvetés, leurs approximations… Une existence, un travail, un métier de vivre y sont à l’œuvre. Dès lors, le lecteur est invité à entrer dans une complicité, sans complaisance aucune. Et il trouve là son bien.</p>
<p><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/georges-haldas/les-hauteurs-moab-carnets-2008-2009_9782825140789.html"><strong>Georges Haldas, Les hauteurs de Moab : carnets 2008 et 2009, L’Âge d’homme</strong></a></p>
<p>vidéo : <a href="http://archives.tsr.ch/player/personnalite-haldas" target="_blank">entretien avec Georges Haldas</a></p>
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		<title>Le repos inconnu, une oeuvre de très haute spiritualité</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Oct 2010 09:49:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Kéchichian</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques d'écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[Patrick Kéchichian]]></category>

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		<description><![CDATA[Toute poésie naît d’une rencontre. Et donc d’un état de veille, parfois même d’alarme. Veille et rencontre qui prennent, pour le poète épris de Dieu, une signification forte, un sens avéré. Assurément, l’angoisse, le sentiment du vide répondent plus souvent à l’attente que la plénitude ou l’illumination. Mais qu’importe ! Même au cœur de la nuit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style" addthis:url='http://www.blog-laprocure.com/auteurs/une-moniale-le-repos-inconnu/' addthis:title='Le repos inconnu, une oeuvre de très haute spiritualité' ><a class="addthis_button_facebook_like"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone"></a><a class="addthis_button_facebook"></a></div><p><img class="alignleft size-medium wp-image-144" title="patrick-kechichian" src="http://www.blog-laprocure.com/wp-content/uploads/2010/04/patrick-kechichian-213x300.jpg" alt="" width="195" height="275" />Toute poésie naît d’une rencontre. Et donc d’un état de veille, parfois même d’alarme. Veille et rencontre qui prennent, pour le poète épris de Dieu, une signification forte, un sens avéré. Assurément, l’angoisse, le sentiment du vide répondent plus souvent à l’attente que la plénitude ou l’illumination. Mais qu’importe ! Même au cœur de la nuit et de l’abandon, ces poètes de la présence, ont hâte de dire, de chanter l’objet infini de leur amour. Le mode d’oraison qui a nom poésie n’a ni interruption ni distraction.</p>
<p><em>« L’angoisse de la nuit / la première / verra l’amour »</em>, écrit « une moniale », qui ne signe ses vers que par cette identité par laquelle elle se fond dans sa communauté. <a href="http://www.laprocure.com/auteurs/max-carvalho-0-1365601.html" target="_blank">Max de Carvalho</a>, lui-même poète inspiré et fervent, a recueilli les carnets de poésie de sœur Catherine-Marie de la Trinité au parloir du monastère de Prouilhe, dans l’Aude (fondé par saint Dominique en 1206). Née en 1926, la moniale entra en religion en 1948. Elle fit profession perpétuelle en 1953. La première rencontre entre le jeune homme et la religieuse eut lieu en 2001. Deux ans plus tard, il publiait un premier choix de poèmes aux éditions L’Arrière-Pays sous le titre <em>Le Mendiant d’infini</em>, épuisé depuis. La présente édition, est complétée et entièrement refondue. Sans aucun doute possible, nous sommes devant une œuvre de très haute spiritualité. La beauté, la profondeur et l’admirable économie de ce langage étant immédiatement perceptibles : lisant ces vers, nous touchons leur source.<a href="http://www.laprocure.com/livres/catherine-marie-dominicaine/le-repos-inconnu-poemes-extraits-des-carnets-une-contemplative_9782845901506.html"><img class="alignright" src="http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782845901506.jpg" alt="" width="214" height="354" /></a></p>
<p>Il ne faut pas se tromper sur le sens et la nature d’une telle poésie. J’ai évoqué à l’instant l’oraison. On parle d’oraison mentale – le silence étant comme son espace naturel – ou d’oraison jaculatoire, lorsque l’invocation à Dieu, à ses saints ou à la Vierge jaillit du cœur, avec les mots brefs de l’amour et de la supplication. C’est entre ces deux pôles, ou modes, qu’il faut situer ces pages. <em>« La nudité de la vision</em>, explique Max de Carvalho, <em>induit parfois ici celle de l’expression. »</em> Et plus loin, parlant de la mission de la moniale : <em>« Son ministère d’adoration et d’intercession dilate son cœur à la Vie innombrable. » </em></p>
<p>Avant d’inviter le lecteur à découvrir, dans les poèmes de la religieuse, l’expression si émouvante et adéquate de cette <em>« dilatation »</em>, retenons ces mots : <em>« Vie innombrable »</em>. Dans le périmètre du cloître et du monastère où sont nées ces pages, puis dans celui du monde qui lui correspond, c’est bien de cela qu’il s’agit : pas d’une restriction, d’une soustraction, mais d’un accroissement. Prenez ces vers par exemple : <em>« Mon cœur repose / en l’ignorance. / L’Infini lui suffit. »</em> Au-delà de toute vanité, de tout retour sur soi (comme on dit sur investissement), ce repos, cette ignorance consonne avec l’Infini. Et cette suffisance s’oppose très exactement à l’autosuffisance à laquelle, sans cesse, le monde nous invite. Ou quelques pages plus loin, cette crainte et ce tremblement : <em>« Nuit, longue nuit / de l’esprit en prière / sans autre savoir / que la vacante ténèbre de Dieu. » </em>Ce « savoir » ténébreux, d’autres mystiques, et les plus grands, l’ont sondé, interrogé. Ce mince volume prolonge cette interrogation essentielle.</p>
<p><strong>Patrick Kéchichian</strong></p>
<p><a href="http://www.laprocure.com/livres/catherine-marie-dominicaine/le-repos-inconnu-poemes-extraits-des-carnets-une-contemplative_9782845901506.html"><strong>Une moniale, Le repos inconnu, Poèmes extraits des carnets d’une contemplative, Arfuyen</strong></a></p>
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