Bien sûr, nous ne sommes pas juges du degré de vie spirituelle des autres. Mais dans une société où la pratique religieuse décroît, où les sollicitations quotidiennes de l’actualité deviennent obsédantes à force d’être véhiculées par tout ce que la technologie moderne a su inventer – radio, télévision, Internet, et maintenant ces petits écrans qui, collés à la main de nos contemporains, semblent combler leur vide existentiel –, que devient la prière ? « Nous ne savons plus prier », déplore avec raison Jean-Marc Bastière. Journaliste, critique littéraire et écrivain, celui-ci est également un catholique dont la foi est exigeante. Parce qu’il a beaucoup lu et pas mal voyagé, il sait aussi que, hors du christianisme,
les civilisations les plus fortes ont trouvé des ressources insoupçonnées dans la prière. Alors il a écrit ce petit livre, jeté comme une bouteille à la mer à l’intention de ceux qui retrouveraient volontiers l’habitude de prier. « Ces sept secrets de la prière, prévient toutefois l’auteur, ce ne sont pas sept techniques pour apprendre à prier ». Ce sont plutôt « sept attitudes fondamentales » dont le secret est d’ouvrir « les portes de l’impossible ».
Avec Jean-Marc Bastière, donc, entrons dans la prière. Exercice non pas seulement utile, mais nécessaire, celle-ci permet à l’univers de « respirer ». Elle émane du cœur, parce que « prier, c’est demander ». Elle suppose le silence, ce qui impose de rompre au minimum un quart d’heure par jour avec le bruit du monde. Elle repose sur la confiance en celui qui écoute : Dieu. Corrélativement, la prière fonde la relation de l’homme et du Créateur. Elle féconde l’action, car elle l’élève. Toute prière possède une portée universelle, enfin, car celui qui prie part de ses préoccupations pour se laisser porter ensuite par ce qui le dépasse : l’Esprit qui est en lui.
Avec ses 140 pages, l’ouvrage de Jean-Marc Bastière tient dans la poche. Un essai riche et précieux, à lire, à relire et à méditer : comme une prière.
Jean Sévillia

Nous tenons là un grand livre. D’abord, c’est l’autobiographie limpide, passionnante, d’une personnalité de premier plan que nous suivons d’un petit bourg nantais jusqu’à l’archevêché de Strasbourg, ce qui nous fait retraverser le catholicisme d’après-guerre, la guerre d’Algérie, le Concile, les grands débats intellectuels à Paris et à Rome. Ensuite ce théologien évêque ne refuse pas d’aborder clairement plein de sujets sensibles, avec la sagesse du responsable et la liberté totale de qui s’est engagé absolument à cause de Jésus. Sans conteste un beau livre très important.
A l’heure où nous nous apprêtons à célébrer la béatification de Jean-Paul II, comment ne pas nous arrêter sur l’œuvre de celui qui fut non seulement un grand Pape, mais aussi un véritable penseur. Avant d’être Jean-Paul II, Karol Wojtyla fut effectivement un remarquable écrivain. Cet homme que l’on peut considérer comme le plus grand homme de média de la fin du XXe siècle, fut d’abord poète et dramaturge, comme l’atteste ce volume publié au Cerf, avec en point d’orgue, la pièce intitulée La Boutique de l’orfèvre. Mais c’est aussi un penseur d’exception, philosophe marqué par le personnalisme et la phénoménologie, notamment dans Personne et acte qui vient de ressortir chez Parole & Silence, dans la collection du Collège des Bernardins.
Dans la veine politique et sociale que nous évoquions, Laborem exercens est une remarquable actualisation de la grande encyclique sociale de Léon XIII, Rerum novarum. Mais le souci politique de Jean-Paul II dépasse les questions dites sociales. Il est « branché » sur la vie et, sa défense acharnée de la vie – de la conception à la mort naturelle – , loin d’être une pure posture morale, révèle une conception de l’homme qui ne peut être dissociée de la question sociale : L’Evangile de la vie montre précisément qu’une société juste ne peut exister sans le préalable d’un respect inconditionnel de la vie et de la dignité humaines.