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Mgr Emmanuel Lafont, le curé de Soweto

Évêque à Cayenne, Mgr Emmanuel Lafont, né le 26 octobre 1945 à Paris, a été curé à Soweto, où il vécut onze ans de 1983 à 1994. Seul blanc dans l’immense et si dangereuse township de Johannesburg, il sous-tend l’histoire de l’apartheid dans son époque la plus convulsive, prenant une invraisemblable part active aux actions de libération du peuple noir d’Afrique du sud.
Emmanuel Lafont nous présente son livre : « le curé de Soweto » paru aux éditions Rocher.

Une rencontre avec « Manu », excusez-moi, de Monseigneur Lafont ne peut vous laisser indifférent. Nous rencontrons dans ce livre l’Afrique du Sud, l’apartheid dans son époque la plus convulsive, le curé des pauvres qui se bat au côté de son évêque Monseigneur Desmond Tutu et de Nelson Mandela pour la libération du peuple noir. Un homme d’Église témoin de l’amour de Dieu, mais aussi de la vie de ses paroissiens, ses frères. Après son ministère en Afrique du sud, il sera pendant quelques années à la mission de France. Mais il ne peut se passer du contact avec les hommes et devient évêque à Cayenne.
Un retour sur l’histoire des hommes qui nous laisse un grand espoir dans son avenir.

Emmanuel Lafont, le curé de Soweto, éditions du Rocher

Fabrice Hadjadj, Le paradis à la porte

Fabrice Hadjadj nous parle de son livre « Le paradis à la porte : essai sur une joie qui dérange » :

Fabrice Hadjadj nous réveille ici encore, dénonçant notre scepticisme en matière de paradis : incrédulité, résistances, fausses idées, peurs… toutes causes probables d’un christianisme asséché. Encore faut-il concevoir avec justesse ce paradis promis, qui ne se laisse réduire ni à nos désirs aux contours trop terrestres, ni à nos rêves utopiques, ni à la consolation future de nos maux actuels. C’est à une joie plus large que la foi chrétienne nous convie, une joie offerte, une joie déjà sensible : le gout du paradis, c’est la pression de la joie, ici et maintenant.

Fabrice Hadjadj, Le paradis à la porte, essai sur une joie qui dérange, éditions du Seuil

Guy Aurenche, Le souffle d’une vie

Guy Aurenche, quarante ans de combat pour une terre solidaire relatés dans un livre au titre magnifique : « Le souffle d’une vie ». Le président du CCFD-Terre solidaire nous explique pourquoi il a choisi ce titre :

Quarante années d’engagement au sein notamment de l’ACAT et a présent du CCFD-Terre solidaire n’entame en rien la volonté de Guy Aurenche de faire avancer, sinon de faire triompher, une certaine idée du christianisme. Justice et solidarité, deux maitres mots pour cet avocat qui donne dans ce livre le témoignage d’une vie bien remplie faite de combats, de grandes rencontres et de convictions. Une belle leçon de vie.

Guy Aurenche, Le souffle d’une vie : quarante ans de combat pour une terre solidaire, éditions Albin Michel

Jean Bastaire, de l’amour

Les deux derniers livres de Jean Bastaire sont complémentaires. Ils regardent vers le même lieu, la même réalité, le même horizon – l’amour. Et de ce regard, ils font une vive parole, haute et ferme, parfaitement audible. Parfaitement intempestive aussi, tant elle se heurte frontalement à un certain air du temps, à une petite musique lancinante qui nous chante que c’en est fini de la fidélité, du mariage, de la foi solide et droite, consciente d’elle-même et sans détours. Et pourtant, Apologie des noces et Eloge de la fidélité ne sont pas des traités de morale écrits par un vieux monsieur un peu aigri et grinçant à l’usage des jeunes générations. Il faut inverser les choses. Là, le vieux monsieur est plus jeune que ses interlocuteurs virtuels. Il pense et parle librement, sans crainte. La prudence qu’il manifeste ne tient pas à la révérence ou à l’allégeance à quiconque, mais à sa seule conscience. Une conscience intégralement chrétienne et catholique, conformée à l’enseignement du Christ, grandie et développée par celui de la Sainte Eglise.

Il n’est pas si courant d’entendre un chrétien parler de l’érotisme, de célébrer, pour elles-mêmes, les vertus de la chair et du désir. Jean Bastaire le fait sans crainte, appuyé sur sa foi, ancré en elle. Charnelles autant que spirituelles, les « noces » dont il parle ne consistent pas à aller polissonner dans des pâturages interdits. « L’extrême bonté de la sexualité », « l’excellence originelle de la jouissance érotique », doivent être pensées avec tout le sérieux et la gravité requises. A l’opposé de cette célébration, Bastaire place un nom immense, celui de Paul Claudel. Ce n’est rien dire contre l’absolu génie du poète, ni contre ses admirables intuitions exégétiques que de rappeler ses propos terribles sur le mariage En 1948, dans son commentaire du Cantique des cantiques, il écrit ceci : « Un véritable mariage est non pas un oui, mais un non, un refus donné à la chair… » Et dans une lettre, à la même époque, il enfonce le clou : « Fondé sur le consentement, le sacrement de mariage a pour but non pas la satisfaction des sens ou même des âmes, mais leur salut essentiel l’une par l’autre, la renonciation totale, l’étoile pure. »

Jean Bastaire ne se démonte pas : « J’en appelle, écrit-il solennellement, de Claudel à Claudel pour affirmer que les noces, dans l’esprit biblique et chrétien, sont orientées à la satisfaction des sens et de l’âme, mais par une conversion qui opère chez les époux un retournement où le primat de l’autre l’emporte sur le primat de soi. » Puis il rappelle ce que l’on ne saurait oublier : « La croix fait partie intégrante du bonheur des époux… »

L’Eloge de la fidélité complète, avec une saine véhémence, le propos d’Apologie des noces. Là non plus, pas le moindre souci d’une morale étroite qui enferme et protège avant d’exposer au feu de l’amour. J’aime que Jean Bastaire écrive, dans le tumulte de l’époque, dans le désordre spirituel qui cherche à prendre force de loi : « L’amour fou ne peut naître et vivre que d’une foi studieuse. » Entendez-vous le scandale que fait ce modeste adjectif ?

Patrick Kéchichian

Jean Bastaire, Apologie des noces, Parole et silence

Jean Bastaire, Eloge de la fidélité, au temps de l’éphémère, Salvator

Le vrai Jean-Paul II

Voilà un livre facile à lire qui laisse à son lecteur une impression durable par son abord inédit de la vie et de la personnalité de Jean-Paul II. C’est le postulateur de la cause de béatification qui publie lui-même cet ouvrage avec l’aide d’un journaliste italien. Cet homme est bien placé pour le faire, car il a passé des années à rechercher des témoignages directs et précis sur Karol Wojtyla depuis sa jeunesse et tout au long de sa vie. Le livre fourmille donc d’anecdotes  soigneusement vérifiées et souvent ignorées jusque là. On découvre la personnalité familière de l’homme, la place décisive de son père,  les deuils de son enfance, sa vocation d’acteur, sa décision d’entrer au séminaire, la lecture de Grignon de Montfort, la mainmise communiste sur la Pologne qui l’oblige à une certaine clandestinité. On suit sa formation à Cracovie, puis à Rome. C’est comme vicaire apostolique qu’il participe au Concile (il fait forte impression sur Yves Congar et Henri de Lubac), avant d’être nommé très jeune archevêque puis cardinal. On ne peut tout énumérer, le livre l’accompagne encore de l’élection au pontificat jusqu’au récit de sa mort, mais cet ouvrage permet  vraiment  de suivre l’itinéraire personnel du pape au plus intime de son expérience spirituelle et de sa foi impressionnante. On pardonnera facilement quelques maladresses  commises à cause de la volonté évidente d’être « édifiant »,  tant la sainteté de ce pape saute aux yeux en se développant à partir même de son humanité. Bien au-delà de la séduction d’une personnalité d’une cohérence et d’une force exceptionnelles, on est ému de voir la sanctification se construire année après année dans la consécration totale à Dieu (Totus tuus) qui prend la forme d’un dévouement total à sa mission. Une très bonne lecture accessible à tous pour accompagner la béatification le 1er mai, dimanche de la Miséricorde.

Jean-François Rod

Slawomir Oder/Saverio Gaeta, Le vrai Jean-Paul II, L’homme, le pape, le mystique, Presses de la Renaissance

Jean Daniélou, Culture et Mystère

Quelle excellente idée, que d’avoir songé à rééditer et, pour autant, à remettre en actualité ce petit chef d’œuvre du Cardinal Jean Daniélou (1905-1974) intitulé Culture et Mystère ! À vrai dire, cet écrit, contemporain du second conflit mondial, trouve, tout juste soixante ans après sa parution dans la revue Esprit, une étonnante confirmation et atteste d’une étonnante lucidité historique et spirituelle, à tel point qu’on lui accordera volontiers la note de prophétique. Emmanuel Mounier, initiateur de la revue, avait entrepris de s’attacher à tout ce qu’il appelait lui-même les notions ambiguës, l’ambiguïté en question venant, en l’occurrence, de l’usage qu’en faisaient alors les idéologies triomphantes. S’étonnera-t-on que l’article du Père Daniélou, ouvrant la série, ait été censuré par le gouvernement de Vichy ?

Dans ces pages lumineuses, le Père Daniélou semble avoir donné rendez-vous au meilleur de lui-même, autrement dit à tout ce qui vaut la peine qu’aujourd’hui encore nous inventorions son œuvre et que nous suivions sa trace ardente. Sans doute, dans la subtile dilution qui emporte aujourd’hui notre patrimoine culturel vers un hybride dont les ingrédients nous échappent, avons-nous du mal à discerner encore ce qui nous est propre. Pire, nous éprouvons parfois une espèce de scrupule, voire le sentiment d’un anachronisme ringard, à désigner tranquillement les traits intellectuels et stylistiques par lesquels nous étions identifiables aux yeux du monde, à parler encore d’un « génie » français. Le Père Daniélou ignorait de telles réticences. Familier des Pères de Jean Daniélou, Culture et Mystèrel’Église, il avait aussi de la littérature et de la pensée française une perception étonnamment fine et qui était tout autre chose qu’un aimable vernis. C’est ainsi que les trois chapitres de Culture française et mystère dressent un portrait intellectuel d’une remarquable pertinence.

Au fond, nous dit le Père Daniélou, l’esprit français, peu attiré par « le monde obscur des genèses, de la vie biologique et cosmique, du sang », par une pensée qui décerne le brevet de transcendance à l’espèce plutôt qu’à l’individu, « n’est à l’aise que dans les zones qui sont susceptibles d’un plein éclairage » (p. 17). Comment se comporte-t-il, dès lors, en présence du mystère chrétien de Dieu ? Eh bien, comme toujours, il fait œuvre de clarté, en se refusant à le réduire à de faux jours, puisque aussi bien le traitement respectueux que l’on réserve à l’obscurité est encore œuvre de lumière. « Il peut ne pas reconnaître le divin, mais du moins n’acceptera-t-il pas d’y laisser substituer quelque réalité naturelle. Les ersatz de religion n’ont pas cours en France. » (p. 18). Voilà déjà de quoi réfléchir à l’heure qu’il est ! Mais le tempérament spirituel (esprit et Esprit) que le Père Daniélou dessine a des prolongements politiques qu’il excelle à discerner, et l’on demeure émerveillé devant ceci, par exemple : « Ils (les anticléricaux) doivent empêcher le christianisme de dégénérer en cléricalisme et veiller à lui interdire tout empiètement. Mais il ne faut pas que dans cette œuvre ils aillent trop loin et l’atteignent dans ses forces vives. Ils dépasseraient alors leur rôle à leur tour et mettraient en péril cela même qu’ils veulent conserver, dans la mesure où ils sont français. Le jeu subtil de la vie spirituelle de la France est fait de l’équilibre du christianisme et de l’anticléricalisme. Il est compromis quand le chrétien devient clérical et que l’anticlérical devient antichrétien. » (p. 34). Encore que ce contexte politique ait évolué depuis soixante ans, la règle d’or n’a rien perdu de sa pertinence et vaut toujours pour l’avenir, face à toutes sortes d’intégrismes délétères.

Tout le propos est profondément nourri – et non pas seulement décoré – des auteurs dont le Père Daniélou était familier. Péguy, bien sûr, surtout dans l’analyse des Trois paradis qui forment la seconde partie de l’opuscule, à savoir le paradis esthétique, le paradis éthique et le paradis mystique. Quant au dernier chapitre, sur la sainteté de Dieu (Sanctitas Dei), il fait belle part à Rilke que le Cardinal aimait si volontiers à citer et dont il avait si profondément compris la quête. Bref, voilà un livre qui, par la clairvoyance de ses coups de sonde et le caractère synthétique de son propos, fait surgir devant nous, dans toute sa vivacité, la figure de Jean Daniélou, l’un des pères de l’Église de notre temps.

Fr. François Cassingena-Trévedy, osb.

(cotitulaire de la Chair Jean Daniélou

à l’Institut Catholique de Paris).

Jean DANIELOU, Culture et Mystère. La raison française devant la transcendance, Ad Solem

Lettre pour expliquer la foi à ceux qui ne l’ont pas

Antoine Nouis, Lettre à mon gendre agnostiqueAntoine Nouis, pasteur de l’Eglise réformée, trouve un ton très juste pour expliquer la foi chrétienne à son gendre agnostique, ni exhortatif, ni détaché, mais chaleureux et séduisant. Il centre sa présentation sur des points essentiels : ce que la Bible dit de l’humain, ce qu’elle dit de Dieu, être chrétien, pour culminer sur le triangle foi, fidélité, confiance. Une synthèse ramassée qui se révèle très pertinente et très percutante. Le texte est à la fois simple et savant, limpide et malin, classique et original, agrémenté d’historiettes, souvent talmudiques, qui sont autant de paraboles. Il est certain que cet essai sera utile à tous ceux qui se donnent l’ardente obligation de bien proposer la foi. A lire donc et à répandre autour de soi sans modération.

Antoine Nouis, Lettre à mon gendre agnostique, pour lui expliquer la foi chrétienne, Labor et Fides

Avec ou sans col romain, l’important, c’est d’aimer !

Ne vous fiez pas au titre par trop manichéen de ce livre ! L’auteur de cet ouvrage agréablement synthétique nous invite à regarder plus loin que le bout de notre nez et en tout cas, à dépasser les préjugés et autres perclusions idéologiques qui éborgnent des regards et blessent des personnes. Ce petit livre écrit d’une plume alerte, par un ancien responsable du service religieux de La Croix, a l’avantage pratique de pouvoir se lire en deux heures. Sa lecture fournit quelques idées force qui à mon sens ont deux mérites : d’abord, de nous ancrer dans une réalité humaine complexe, tissée d’histoires personnelles, ce qui rend obsolète toute explication purement statistique ou théorique. Ensuite cette enquête, nourrie par diverses lectures et rencontres dans des séminaires, nous pare des arguments tranchés que se disputent les tenants impénitents des ailes « conciliaires » et « traditionnelles » de l’Eglise. Ici, pas de portrait fantasmatique du jeune prêtre, mais une approche bienveillante et lucide d’un « métier » à l’avenir inquiétant: seulement 83 ordinations en France en 2010 !

J’ai ainsi été sensible à deux réalités décrites par Yves de Gentil-Baichis dans son livre. La première, c’est le courage qu’il faut avoir pour se lancer en 2011 dans l’aventure du ministère presbytéral. Outre que notre société déchristianisée ne voit pas d’un bon œil cette « carrière » réservée à des hommes célibataires, l’Eglise, défigurée par le scandale des prêtres pédophiles, ne se montre pas sous son meilleur jour à des jeunes garçons épris de l’absolu que leur inspire le service du Christ. Leur choix de surmonter ces obstacles témoigne d’une liberté, d’une générosité et d’une audace que l’on souligne peu, me semble-t-il, même en territoires catholiques. La seconde idée est que l’enjeu actuel porte moins sur l’apparence vestimentaire du prêtre que sur sa manière d’être prêtre dans le monde actuel. Dans une société sujette à la méfiance, la peur et le repli sur soi, le prêtre est voué à être « un homme de liens » là où il est envoyé. En ce sens la lisibilité de son témoignage quotidien, à l’église et à la ville, la marque de l’authenticité de sa vie imprégnée par celle du Christ, sont plus capitales que son apparence visible. « L’extraordinaire succès du film Des hommes et des dieux montrant le choix des moines de Tibhirine de rester avec les populations pauvres de leur région au péril de leur vie, confirme cette intuition, remarque avec pertinence Yves de Gentil-Baichis. Ce qui peut aider nos contemporains à retrouver le sens du sacré, ce n’est pas de partir en croisade contre les dérives de la société actuelle, mais de faire apparaître, par le comportement quotidien des chrétiens, tout ce qui manifeste  l’attention aimante du Christ pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui ». Autrement dit, avec ou sans col romain, l’important, c’est d’aimer.

Michel Cool

Yves de Gentil-Baichis, Conciliaires ou traditionnels ? Enquête sur les futurs prêtres, Desclée de Brouwer.

John Henry Newman, « la miraculeuse simplicité et précision de l’expression »

Il n’est pas toujours facile, dans la prière personnelle, de trouver ses mots. Notre esprit s’égare, semble impuissant à former des phrases intelligibles. Trop vive, impatiente, la sensibilité brouille notre langage, le fait bredouiller. Et parfois, c’est la détresse qui nous réduit au silence… Dans tous les cas, le besoin et la nécessité d’adresser à Dieu, Père, Fils ou Esprit, à la Sainte Vierge et aux saints, une demande ou de rendre grâces se trouvent comme empêchés. Certes, le Destinataire, par définition, est toujours apte à traduire ce désordre, à recevoir notre misère jusque dans son expression la plus maladroite ou exsangue. Et l’Esprit, comme le dit saint Paul, a le don de « venir au secours de notre faiblesse », d’« intercéder pour nous en des gémissements ineffables » (Rm, 8, 26-27). Mais il peut se faire aussi que cet embarras nous laisse à l’écart, asséchés, sans voix, qu’il nous désespère de nous-mêmes, nous détournant de Celui qui peut entendre jusqu’à notre silence…

La littérature et toute la tradition depuis les premiers siècles, sans parler de la liturgie, nous offrent en abondance de quoi pallier cette impuissance, ce découragement. Il y a aussi, toujours disponibles, même si on a tendance à les négliger, la récitation du chapelet et la méditation du rosaire. Alors pourquoi ce Livret de prières du bienheureux John Henry Newman est-il si précieux ? En quoi vient-il si exactement compenser le désordre de notre pensée, sans faire un seul instant violence à notre esprit ? Comment des mots nés dans la conscience d’un homme singulier peuvent-il satisfaire si pleinement une autre conscience, dans un autre temps, un autre espace ? Une évidence : seule la parfaite association de l’universalité catholique et du dogme de la communion invisible des saints peut répondre à ces questions.

Choisies et rassemblées posthumément en 1893, ces prières ont été traduites il y a deux ans en français. Une prière pour chaque jour du mois : pour obtenir la sagesse, pour persévérer dans l’amour de Dieu, pour les défunts, les incroyants, pour l’Eglise ici bas et son unité ; prières d’adoration, d’abandon, pour honorer le Saint-Esprit, le Dieu immuable, le Sacré-Cœur, la Sainte Vierge… Prières du matin aussi, et du soir.

Ce qui est admirable et irremplaçable dans ces textes courts, c’est la parfaite, la miraculeuse simplicité et précision de l’expression. Comme si l’intelligence dogmatique entrait en consonance avec la sensibilité et la ferveur. Comme si la sensibilité et la piété devenaient elles-mêmes intelligence, raison. Comme si, enfin, notre embarras, nos maladresses, notre fatigue trouvaient le remède naturel d’une parole ouverte, mesurée, partagée, justement exprimée et audible en même temps qu’authentiquement intérieure.

Il faut parler, je crois, d’un velouté, d’une suavité de la pensée et de sa formulation. Il faut admirer le si juste agencement des mots, la régularité du souffle – même lorsque des chapitres dramatiques de l’existence sont en jeu. Le véritable abandon à Dieu donne assurément des ailes à la parole. De plus, nous sommes conduits, guidés. C’est cette libre et joyeuse soumission qui forme les mots, construit les phrases. Mots et phrases que notre volonté propre, notre raidissement sur et en nous-mêmes, nous font piteusement balbutier. Noël n’est pas à souhaiter au milieu d’opulents banquets mais au secret du cœur. De même, c’est dans un sobre silence intime que ces paroles trouvent à la fois sens et destination.

Patrick Kéchichian

John Henry Newman, Livret de prières, Ad Solem

Traduit (bilingue) de l’anglais par Pierre Lane et Grégory Solari

Préfacé par Grégory Solari

Ars Sacra : 2000 ans d’art chrétien

Vais-je savoir vous dire que ce livre imposant, est en tous points vraiment EXCEPTIONNEL.  Deux mots latins en lettres d’or sur un fonds blanc. Ce n’est pas un antiphonaire ou un évangéliaire, c’est ARS SACRA. L’encyclopédie la plus complète à ce jour qui du premier art des catacombes aux cathédrales les plus contemporaines embrasse 2000 ans d’art chrétien et sous toutes les latitudes.

Son seul défaut est peut être son poids ? Mais que sont ces 12 kilos au regard de la richesse du contenu ?  Tout est somptueux, la mise en page spectaculaire et vertigineuse comme la hauteur des voûtes, ces dépliants en triptyque, et que dire de la qualité des reproductions, ces visages sculptés d’anges et de rois surpris de si près qu’on les dirait vivants. Sculpture, mais aussi peinture, mobilier, vitraux irradiant de lumière.

Venez le voir ou achetez le les yeux fermés. Vous ne regretterez pas ces 150 euros. C’est beau, luxueux et prestigieux. Vous l’aurez compris, c’est pour moi bien plus qu’un coup de cœur, c’est un choc !

Bertrand Deschamps

ARS SACRA, éditions Ullmann