Christianisme | Littérature | Sciences humaines | Beaux-Arts | Musique & DVD | Vidéos

L’Esprit des Lettres

Tournée dans la célèbre librairie du 6e arrondissement à Paris, l’émission l’Esprit des Lettres donne la parole à trois auteurs. Leur échange est ponctué par les chroniques des libraires de la Procure.

L’actualité du libraire

-  Pierre Claverie : Quel bonheur d’être croyant !, Cerf
-  Jean-Pierre Torrell : Saint Thomas d’Aquin l’homme et son œuvre, Cerf
-  Martin Steffens : Vivre ensemble la fin du monde, Salvator
-  Michel Salamolard : Et si l’Église revenait à l’Evangile, Saint Augustin
-  Jacques Nieuviarts : La Bible nomade : la Genèse, Bayard
-  Anselm Grün et Peter Müller : Jeûner avec le corps et l’esprit, Salvator
-  Dominique Ponnau : L’écarlate et la blancheur, Salvator

L’auteur du mois

- Hélie de Saint-Marc et August von Kageneck : Notre histoire (1922-1945), J’ai lu
- Hélie de Saint-Marc : Mémoires, les champs de braises, Tempus
- Laurent Beccaria : Hélie de Saint-Marc, Tempus
- Hélie de Saint-Marc : l’aventure et l’espérance, Les Arènes
- Hélie de Saint-Marc : Les sentinelles du soir, Les Arènes

Le coup de coeur

Solange Bied-Charreton : Enjoy, Stock

Solange Bied-Charreton, Enjoy

Solange Bied-Charreton, Enjoy, Stock

Il est difficile d’écrire sur les livres des amis, surtout lorsqu’il s’agit de romans. Non pas pour une médiocre affaire de complaisance et de renvoi d’ascenseur (Solange et moi ne connaissons comme ascenseur que celui de la petite Thérèse), mais surtout parce que ce lien d’amitié repose sur des affections, des réflexes, des raisonnements et surtout des ellipses partagés dont il est parfois difficile de se détacher pour se mettre dans la peau d’un lecteur qui, quant à lui, y serait plus ou moins extérieur. Pourtant, à force de fréquenter les rentrées littéraires et leurs kyrielles  de premiers romans, je crois pouvoir vous assurer que celui-ci est d’une singularité qui mérite le détour et qui correspond à ce que l’on peut attendre de la littérature.

Enjoy raconte l’histoire (oui, première bonne nouvelle, ce roman RACONTE UNE HISTOIRE !) de Charles Valérien dont la vie se partage entre une existence réelle d’une insoutenable vacuité au sein d’un cabinet de consultants et une existence virtuelle d’une médiocre insignifiance sur Show You, le réseau social en vogue où l’on doit, sous peine d’être banni, poster une vidéo hebdomadaire. Dans les deux cas, une existence marquée par le paraître, les conventions, la contrainte et la peur panique de ne plus exister, de n’être rien ; et ces deux univers n’en font qu’un, comme Charles en fera l’amère expérience. Solange Bied-Charreton nous emmène au pays d’Aldous Huxley, dans un meilleur des mondes qui ressemble au nôtre et pourtant donne envie de gerber. Avec un style clinique, à l’ironie souvent mordante, qui évoque celui des hussards, et notamment de Nimier, sans le cynisme pour autant.

Car là est le mérite de ce roman. Il ne nous propose pas seulement une radiographie d’un monde sans intérêt. Derrière Show You, il y a des histoires d’êtres de chair et d’esprit. Anne-Laure, dont Charles tombe amoureux, qui refuse d’être sur Show You et préfère le rock alternatif de copains bruyants ; Rémy Gauthrin, auteur en vogue, qui va éprouver la vanité de la petite entreprise de business littéraire ; le père de Charles enfin, dont la folie semble être plus sage que la sagesse du monde. En faisant résolument basculer son histoire vers une humanité cabossée mais réellement vivante, à laquelle Charles et Gauthrin finiront par aspirer, Solange Bied-Charreton laisse la place (un peu tard et de manière un peu trop abrupte à mon avis, c’est le seul reproche que je lui ferais) à une réelle compassion, sans pathos ni mouchoirs, juste suggérée à l’attention du lecteur réellement présent à ce qu’il lit. C’est alors, la béance du vide de ce monde sans Dieu et dont l’humanité s’expulse elle-même qui apparaît. Se dessine enfin ce portrait de l’homme en marche vers sa destinée : une quête de Dieu, d’amour, de rédemption l’habite inexorablement. Il n’aura de repos de l’avoir trouvé. Enjoy !

François Maillot


Solange Bied-Charreton, Enjoy, Stock

L’Esprit des Lettres

Tournée dans la célèbre librairie du 6e arrondissement à Paris, l’émission l’Esprit des Lettres donne la parole à trois auteurs. Leur échange est ponctué par les chroniques des libraires de la Procure.

L’actualité du libraire

-  Fra Angelico et les maîtres de la lumière, Fra Angelico et les maîtres de la lumière, Fonds Mercator
-  François Boespflug, Dieu et ses images une histoire de l’éternel dans l’art, Bayard
-  Michael Lonsdale, L’Amour sauvera le monde, Philippe Rey
-  Pierre Provoyeur, Chagall, Hazan
-  Sous la direction du Cardinal Barbarin, Lyon, primatiale des Gaulles, la grâce d’une cathédrale, Nuée Bleue
-  Rosa Giorgi, Saints et symboles, La Martinière
-  Chapelles de France émouvantes : Chapelles de France émouvantes, Déclics

L’auteur du mois

-  Michel Pastoureau, Les animaux célèbres, Arléa
- Michel Pastoureau, Bleu, Points
- Michel Pastoureau, Les couleurs de nos souvenirs, Seuil
- Michel Pastoureau, L’étoffe du diable, Points
- Michel Pastoureau, Noir, Seuil
-  Michel Pastoureau, Le cochon, Gallimard
-  Michel Pastoureau, Figures de l’héraldique, Gallimard
-  Michel Pastoureau, L’ours, Seuil

Le coup de coeur

- Wilfrid Stinissen, Caché dans l’amour : Manuel de vie carmélitaine, Editions du Carmel

Voir la liste de l’ensemble des livres présentés à l’Esprit des Lettres

L’Esprit des Lettres

Tournée dans la célèbre librairie du 6e arrondissement à Paris, l’émission l’Esprit des Lettres donne la parole à trois auteurs. Leur échange est ponctué par les chroniques des libraires de la Procure.

L’actualité du libraire

- Larry W. Hurtado, Dieu dans la théologie du Nouveau Testament, Cerf
- Alain Marchadour, Venez et vous verrez, Bayard
- Pascale Vidal, Les cathos & la sexualité, Salvator
- Sylvain Brisson, Frédérique Da Silva, David Lerouge, Denis Tosser, Jean Pierre Barrière et Laurent Villemain, Ils sont jeunes ils sont prêtres ils sont heureux, Presses de la Renaissance
- Mihaela Vasiliu, Une lumière dans les ténèbres, Cerf
- Jean-Jacques Olier, Des anges, Seuil
- Antoine Pascal, Scoutisme un siècle d’aventure, Ouest France

L’auteur du mois

- Karl Rahner, Traité fondamental de la foi, Cerf
- Karl Rahner, Oeuvres, Cerf
- Karl Rahner, Aimer Jésus, Mame, Desclée
- Evelyne Maurice, La Christologie de Karl Rahner, Desclée
- Karl Rahner, Qui est ton frère? Une fraternité aux dimensions du monde, Salvator
- Bernard Sesboüé, Karl Rahner, Cerf

Le coup de coeur

- Jean-Noël Bezançon, Dieu ne sait pas compter, Presse de la Renaissance

Voir la liste de l’ensemble des livres présentés à l’Esprit des Lettres

La nature et la grâce

Il n’est pas d’une originalité inouïe de penser que Terrence Malick est le plus grand cinéaste vivant. En cinq films aussi rares qu’aboutis, il a construit une œuvre d’une ampleur unique, contemplative et charnelle à la fois. Tree of life, qui sort en dvd, a obtenu la palme d’or lors de l’édition 2011 du festival de Cannes. Ce film éblouissant est sans doute le plus ambitieux de son auteur et, pour ma part, je trouve que c’est le plus beau.

Le tour de force de Malick est de proposer une histoire du monde, de sa création à ce que nous appellerons son aboutissement, en l’incarnant dans la vie d’une famille américaine. Brad Pitt campe, avec une vérité admirable, le personnage d’un père perfectionniste, musicien qui est passé à côté d’une vocation, qui aime autant ses enfants qu’il les tyrannise, projetant sur eux le succès qu’il n’a pas obtenu. Autour de lui, une mère dont le seul défaut serait de n’en pas avoir (Jessica Chastain d’une beauté saisissante) et trois enfants, dont l’aîné, Jack (Sean Penn à l’âge adulte) se souvient de cette enfance où l’insouciance et la joie côtoient la peine et le deuil, au sein d’une nature qui, comme toujours chez Malick, est un personnage central du film.

Nul ne filme comme Malick ; la nature, certes, mais aussi les êtres humains : la lumière sur une feuille, le frémissement de l’air dans une chevelure, cet invisible lien entre les êtres et les éléments, avec une caméra qui embrasse comme nul autre son sujet. Sujet de contemplation. Rien que pour cela, il faut voir et revoir Tree of Life. Mais un autre aspect de ce film m’incite à vous le recommander ardemment. N’ayons pas peur des mots, c’est qu’il s’agit d’un immense film chrétien.

Les deux scènes qui ont été contestées par certains – et que, pour ma part, j’ai trouvées admirables – celle de la création du monde et celle de la fin – immergent le spectateur dans le mystère du monde qui est celui de Dieu. Personne n’avait osé filmer la création ainsi. Ces images de l’émergence de la vie – les éléments, la vie végétative, la vie animale – constituent à la fois une catéchèse (on sent bel et bien l’acte créateur) et une contemplation de la manière dont ce geste créateur s’est déroulé, à savoir selon les lois de l’évolution. Quant à la scène finale, je ne voudrais pas vous imposer une interprétation. On peut penser qu’il s’agit de la communion des saints, du paradis, ou peut-être simplement de l’union à Dieu en tous, du royaume dès maintenant. A coup sûr, de ce point de jonction rare entre la nature et la grâce.

Car c’est bien le sujet de ce film : la nature et la grâce. Derrière cette chronique familiale d’une humanité ordinaire, enchâssée entre le spectacle grandiose de la création et l’atmosphère d’apesanteur du dénouement, se joue la grande tension de l’humanité. Celle de la nature et de la grâce. La nature, c’est à la fois ce monde qui suscite notre émerveillement et ses lois de combat et de violence ; la grâce, qui ne vient pas la détruire, est au contraire ce qui vient l’accomplir en faisant toutes choses nouvelles. Ce film en est l’épiphanie.

François Maillot

Terrence Malick, Tree of Life

L’Esprit des Lettres

Tournée dans la célèbre librairie du 6e arrondissement à Paris, l’émission l’Esprit des Lettres donne la parole à trois auteurs. Leur échange est ponctué par les chroniques des libraires de la Procure.

L’actualité du libraire

Georg Ratzinger, Mon frère, le pape, Bayard
Jacques Le Goff, A la recherche du temps sacré, Perrin
François Jourdan, La Bible face au Coran, L’Oeuvre
Yves Boulvin, Je me sens en décalage… et je réussis ma vie, Presses de la Renaissance
Christoph Theobald, Présences d’Evangile II, L’Atelier
Michael Lonsdale, L’Amour sauvera le monde, Philippe Rey
Guy Gilbert, Eveilleur d’espérance, Philippe Rey

L’auteur du mois

Pierre Maraval, Constantin le Grand, Tallandier
Vincent Puech, Constantin, le premier empereur chrétien, Ellipses
Bertrand Lançon, Constantin, PUF, coll. Que sais Je ?
Constantin, Lettres et discours, Belles Lettres
Marie Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, Seuil coll. Points
Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Livre de Poche

Le coup de coeur

John W. O’Malley, L’événement Vatican II, Lessius

Voir la liste de l’ensemble des livres présentés à l’Esprit des Lettres

Sorj Chalandon, Retour à Killybegs

Sorj Chalandon n’en avait pas fini avec cette blessure personnelle : Une amitié de vingt ans brisée par l’aveu de la trahison.

Dans Mon traitre paru en 2008, il racontait le point de vue d’Antoine, le petit français qui s’était engagé en Irlande et qui nouait une longue relation d’amitié avec un activiste irlandais. L’homme était en réalité un espion du gouvernement britannique. Ce furent vingt années de mensonges sans qu’on ait jamais su quelle en était la véritable raison. Cet homme s’appelait Denis Donaldson. Dans le roman il prend le nom de Tyrone Meehan. Vingt ans de fréquentation avec un traitre !Sorj Chalandon, Retour à Killybegs Et c’est le trahi qui parle, de sa douleur, de sa stupéfaction. Avant d’avoir fini d’écrire ce premier roman Chalandon apprenait qu’on l’avait tué. L’IRA n’a jamais revendiqué l’assassinat.

« Après la publication de Mon Traître, le tombeau est resté ouvert. J’avais écris Tyrone pour pleurer Denis mais soudain, les deux fantômes me demandaient des comptes. Le vrai, abattu au fusil de chasse. L’autre, à peine masqué par mes mots. Je n’avais pourtant pas condamné mon traitre, et Antoine n’avait pas jugé le sien. J’avais essayé de les écouter, de les regarder, de les comprendre. Mais cela n’a pas suffit à leur repos. Et je n’étais pas apaisé. »

Avec Retour à Killybegs Sorj Chalandon revient avec un livre plus introspectif dans lequel, cette fois-ci, c’est le traitre qui parle. L’auteur se pose la question de savoir qui est vraiment cet homme. Il part à sa rencontre.

Tyrone Meehan raconte son désarroi, en mêlant différentes époques de sa vie, de son enfance avec un père alcoolique violent, de l’humiliation, de la misère et des privations, de son adolescence passée chez les scouts irlandais (il est l’un des tous premiers en 1940), de son engagement dans l’armée république irlandaise, de son emprisonnement, de la torture. On apprend les exactions commises sous le gouvernement de Margaret Thatcher où l’on refusait de considérer les prisonniers irlandais comme des prisonniers de guerre. Tyrone a en lui la totalité de l’Irlande combattante. C’est le plus courageux d’entre tous qui va trahir. Il raconte son angoisse et sa solitude face à ses amis qui ne savent pas, qui l’aiment et qui le louent. Il est le seul à savoir qu’il a trahi.

« Je ne reviens pas pour avouer »

Sa trahison le dépasse. Meehan Tyrone ne s’en explique pas. Il ne revient pas pour se faire pardonner. Il appartient désormais à un autre monde. Et si Chalandon crée un traitre de papier, il crée aussi les êtres qui lui sont chers. Le personnage de Sheila, sa femme, donne au récit des passages déchirants.

(…) J’écoutais le silence de ma femme. Ses gestes comme si rien. Quand je croisais ses yeux, elle souriait. Pas un sourire de fille, de mère, de combattante, un sourire très âgé que je ne lui connaissais pas.

Sorj Chalandon était journaliste avant de devenir écrivain (Il a reçu le prix Albert Londres en 1988) c’est pourtant un vrai travail d’écrivain. Le ton est juste. Pas un mot de trop dans ce roman sensible et émouvant qu’on lit avec avidité. Il en faut du courage et de l’abnégation pour se mettre dans la peau de celui qui vous a trahi. C’est un véritable tour de force.

« Dans mon traitre, je demandais au lecteur de partager la douleur du trahi. Dans Retour à Killybegs, je lui offre de partager l’effroi de la trahison.

- Lui as-tu pardonné ?

- Mille fois, j’ai  entendu cette question. Effacer, je ne dois pas. Oublier, je ne peux pas. Mais je n’éprouve plus de rancœur. »

Marie Joseph Biziou

Sorj Chalandon, Retour à Killybegs, Grasset

L’Esprit des Lettres

Tournée dans la célèbre librairie du 6e arrondissement à Paris, l’émission l’Esprit des Lettres donne la parole à trois auteurs. Leur échange est ponctué par les chroniques des libraires de la Procure.

L’actualité du libraire

Dans l’actualité du libraire :
Gender : la controverse
Thomas Traherne, Les Centuries
Jean-Marie Gueullette, Petit traité de la prière silencieuse
Maurice Bellet, Translation : croyants (ou non), passons ailleurs pour tout sauver !
Jean-Pierre Manigne, Solitaire dans la foi ou Comment je crois : faire mémoire de cet instant où tout bascule

L’auteur du mois

Chronique consacrée à Otto de Habsbourg

Le coup de coeur

Marc Rastoin, Du même sang que notre Seigneur : juifs et jésuites aux débuts de la Compagnie

Voir la liste de l’ensemble des livres présentés à l’Esprit des Lettres

Rien ne s’oppose à la nuit

Depuis qu’aux premiers de jours de juin, j’ai lu sur épreuves « Rien ne s’oppose à la nuit » l’écho ne m’en a pas quitté, et je ne sais pas précisément depuis quand la lecture d’un texte m’aura à ce point laissé sans voix, les joues humides et la gorge nouée, captif et bouleversé.

Au point de l’avoir relu. Il y a deux livres en un seul. Le roman d’une femme, enfant rêveuse et mystérieuse, jeune femme à la beauté solaire, jeune mère descendue dans l’abîme, une vie qui s’effondre de l’intérieur. Et le livre de sa fille, ce « je » de ce matin d’hiver qui court au fil des pages, avec ses souvenirs et ses doutes, ses blessures et son regard, sa tendresse et sa lucidité. Jusqu’à ce magnifique « Et puis ». « Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma mère » c’est Delphine de Vigan.Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit

Alors commence l’inlassable enquête. Des mois durant, à toutes les heures du jour et de la nuit, elle sollicite, collecte, interroge, écoute, visionne. Delphine de Vigan doute, mais, courageuse et volontaire, elle poursuit. « Je ne me rendors pas. Pas une minute. Je sais vers quoi j’avance »  Inexorablement. La méthode force l’admiration, un travail presque scientifique pour approcher au plus près la fragilité des êtres malmenés et indéchiffrables qui s’en sont allés avec leurs blessures, des relations inachevées, des histoires interrompues, des vies désarticulées dans lesquelles nous nous inscrivons. C’est l’histoire de Lucile, de ses parents, de ses frères et sœurs, la chronique d’une famille nombreuse de l’après-guerre, ses bonheurs et ses drames. C’est l’histoire de Lucile, seule face à son gouffre.

J’aime ce que m’inspirent les « siens », rien de jamais définitif dans leurs passions, leurs faiblesses ou leur mal-être, une vulnérabilité qui fait leur vérité, qu’ils sont un peu ci ou un peu ça, mais pas que cela, et jamais complètement, comme des sables mouvants. Elle a essayé et elle a réussi. Delphine de Vigan a trouvé une justesse de ton et de construction qui jamais ne faiblit. Dépouillement, maturité, simplicité, distanciation d’une écriture qui brille d’un éclat sombre mais si dense et puissant. La vie rejaillit là où elle n’est plus, et les regards et les sourires des vieux films traversent encore une fois le temps.

Bertrand Deschamps

Delphine de Vigan, « Rien ne s’oppose à la nuit », Lattès

Best of Louange

Que faisaient les parents lorsque leurs ainés étaient aux JMJ, entre Valladolid et Madrid ? Ils écoutaient à tue-tête, en compagnie des plus jeunes, la compilation louanges de l’Emmanuel ! Quel bonheur que de retrouver tous les tubes (quoiqu’il manque bizarrement Voici celui qui vient au nom du Seigneur) qui rythment les soirées de louange et autres temps forts qui ont conquis, au-delà des groupes issus du Renouveau, nombre de paroisses !

Je vous passe le couplet du vendeur sur les bandes remasterisées et sur les enchaînements façon medley. C’est vrai ! Et ça marche. Mais l’essentiel est ailleurs. On peut (et c’est mon cas) tiquer sur certains arrangements et certaines voix masculines et préférer entendre ces chants avec un accompagnement minimal (pitié, arrêtons ces affreux synthés dans les assemblées de prière, guitare et tambourin suffisent amplement…). On peut difficilement nier que l’Emmanuel a un vrai charisme pour le chant (comme le Verbe de Vie, par ailleurs). Les mélodies sont souvent irrésistibles, les harmonies donnent du relief, même si elles ne sont pas toujours dans les règles de l’art. Quant aux paroles, elles sont généralement issues des psaumes ce qui leur confère une sûreté théologique et un élan poétique que les chants des générations précédentes, hélas, n’eurent pas toujours, qu’il s’agît des bluettes des années soixante-dix ou des cantiques de naguère… Cette remarque n’engage que son auteur…

Beaucoup de personnes de ma génération, et des plus jeunes, ont grâce à ces chants, fait une expérience fondatrice : celle d’exprimer sa foi, avec spontanéité et avec gratitude. A leur contact, beaucoup ont entamé une relation plus incarnée et plus vivante avec le Seigneur. Ces chants de louange conduisent à la prière par la joie. Or, la joie, disait Chesterton, est le grand secret du chrétien. Essayez donc !

François Maillot

Best of Louange