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Best of Louange

Que faisaient les parents lorsque leurs ainés étaient aux JMJ, entre Valladolid et Madrid ? Ils écoutaient à tue-tête, en compagnie des plus jeunes, la compilation louanges de l’Emmanuel ! Quel bonheur que de retrouver tous les tubes (quoiqu’il manque bizarrement Voici celui qui vient au nom du Seigneur) qui rythment les soirées de louange et autres temps forts qui ont conquis, au-delà des groupes issus du Renouveau, nombre de paroisses !

Je vous passe le couplet du vendeur sur les bandes remasterisées et sur les enchaînements façon medley. C’est vrai ! Et ça marche. Mais l’essentiel est ailleurs. On peut (et c’est mon cas) tiquer sur certains arrangements et certaines voix masculines et préférer entendre ces chants avec un accompagnement minimal (pitié, arrêtons ces affreux synthés dans les assemblées de prière, guitare et tambourin suffisent amplement…). On peut difficilement nier que l’Emmanuel a un vrai charisme pour le chant (comme le Verbe de Vie, par ailleurs). Les mélodies sont souvent irrésistibles, les harmonies donnent du relief, même si elles ne sont pas toujours dans les règles de l’art. Quant aux paroles, elles sont généralement issues des psaumes ce qui leur confère une sûreté théologique et un élan poétique que les chants des générations précédentes, hélas, n’eurent pas toujours, qu’il s’agît des bluettes des années soixante-dix ou des cantiques de naguère… Cette remarque n’engage que son auteur…

Beaucoup de personnes de ma génération, et des plus jeunes, ont grâce à ces chants, fait une expérience fondatrice : celle d’exprimer sa foi, avec spontanéité et avec gratitude. A leur contact, beaucoup ont entamé une relation plus incarnée et plus vivante avec le Seigneur. Ces chants de louange conduisent à la prière par la joie. Or, la joie, disait Chesterton, est le grand secret du chrétien. Essayez donc !

François Maillot

Best of Louange

Carlo Sturla, la Passion selon saint Jean

La lecture de la Passion selon St Jean est liée liturgiquement au Vendredi Saint : le chrétien revit en cet après-midi le chemin de la Croix vécu par le Christ, du Jardin des Oliviers au Golgotha. Les musiciens de tous les temps ont cherché à mettre ce drame en musique. Les premières musiques que nous connaissions sont celles d’un récitatif musical du texte latin, distribué entre différents protagonistes qui dialoguent. Ainsi rencontrent-on le lecteur, Jésus, Ponce Pilate, la foule, une servante… A l’époque médiévale, le chant était dit « a capella », c’est à dire sans accompagnement aucun, chacun tenant son rôle comme au théâtre.

Si notre propos n’est point de faire un historique de la musique de la Passion selon St Jean, on ne pourra passer sous silence les noms des compositeurs les plus connus que furent Heinrich Schütz, Jean-Sébastien Bach ou Joseph Haydn, car combien d’autres, malheureusement, à l’exemple de Christoph Démantius et… Carlo Sturla, sont tombés dans les oubliettes de l’Histoire de la musique !

Carlo Sturla, un gênois oublié !

Aujourd’hui, c’est à Carlo Sturla que nous voudrions dédier ces quelques lignes, car à l’écoute de ce nouveau CD, qui vient de sortir chez Brilliant Classics, nous avons été immédiatement séduit.

Un portrait difficile à peindre, car cet italien de la première moitié du 18° siècle semble avoir traversé le ciel de Gênes tel une flèche, puisqu’en dehors de quelques pages conservées à la bibliothèque du conservatoire de cette ville, on ne connaît rien de sa vie ! Etrange destin, donc, de ces compositeurs qui finissent par être aussi anonymes que les sculpteurs de chapiteaux du Moyen- Âge.

Cette passion, qui a été écrite pour le couvent Saint Brigitte des Soeurs du Sacré-Coeur, offre une lecture continue du texte de l’évangile de St Jean (Jn 18, 1- avant de se clore étrangement sur la péricope du tirage au sort de la Tunique de Jésus. La mort du Christ en croix n’est pas évoquée : perte des derniers feuillets du manuscrit ou peut-être jamais écrite… qui sait ?

C’est donc dans ce contexte conventuel qu’il faut restituer l’ensemble de ces pages musicales, comme le furent en leur temps les Leçons de ténèbres de Couperin. La communauté avait-elle en son sein les soeurs musiciennes capable d’exécuter cette musique ? Pourquoi en douter au regard de l’effectif souhaité : un petit choeur de neuf choristes, dont deux solistes, et cinq instruments, une viole, un violon, un théorbe, une double harpe et un orgue. Il n’est pas impossible que la communauté ait fait appel à des musiciens extérieurs. A la mère abbesse revenait le rôle principal, celui du récitant, soutenu par un léger continuo à l’orgue. Quelques soeurs, à ses côtés, se partagent les différents rôles chorals.

Et que la musique commence…

Cette lecture de la Passion puise sa magnifique mélodie aux sources grégoriennes et son texte de la Bible Vulgate. D’emblée, on est saisit par la qualité de la diction latine d’Emanuela Esposito, la récitante. Son texte chanté, « le cantus firmus », est comme posé, sans précipitation, dans une longue ligne mélodique fort simple apparemment : toute idée d’ennui, face à ce texte assez long, s’en trouve naturellement écartée. On pourrait presque se passer du petit livret, pourtant utile pour ses explications.

La voix du Christ est confiée à l’alto, équivalent de la basse masculine dans les Passions à choeurs mixtes. Mais surtout, en contraste, s’insèrent, à intervalles réguliers, les différents « Coro », ensembles instrumental et choral composés par Sturla, très colorés, très XVII° oserait-on dire, d’un lyrisme à l’italienne bien présent, mais sans virtuosité excessive. Beaucoup de sentiments sans tomber dans un sentimentalisme exacerbé.

Entendre une Passion, Parole de Dieu, Parole à Dieu, est aussi une invitation à la « revivre » en ce temps de Semaine Sainte. Quand texte et musique sont en osmose à ce point, il est possible de faire nôtre les paroles de Philippe Charru : « L’écoute de cette musique, comme celle de la Parole requiert l’intelligence et le coeur, … (cette musique) développe un mouvement d’intériorisation ». Voilà ce que nous propose cet enregistrement dont vous pouvez écouter trois extraits.

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Carlo Sturla, petit maître oublié, certes ! Mais ô combien ressucité en cette veille de Pâques, par l’art vocal de cet Ensemble Il Concento Ecclesiastico, réuni et dirigé par Luca Franco Ferrari !

Dominique Fournier

Carlo STURLA, Passion du Vendredi Saint, Passion selon st Jean

Il Concento Ecclesiastico, dir. Luca Franco Ferrari

Requiem de Fauré, une réelle espérance

Requiem de Gabriel Fauré (1845-1924)

Elly Ameling, soprano – Bernard Kruysen, baryton – Choeurs de la Radio Néerlandaise

Orchestre Philharmonique de Rotterdam – Jean Fournet, direction

La discographie du Requiem de Fauré est abondante. Mais au hasard de l’opération « Musique à petit prix », quelle joie de découvrir parmi les nombreux disques présentés quelques pépites, dont ce magnifique enregistrement de Jean Fournet dirigé dans les années 1970.

Un peu d’histoire… de vie et de musique …

Est-ce le drame familial que représente la disparition de ses parents entre juillet 1885 et décembre 1889 qui inspirera à Gabriel Fauré la création de son Requiem? Cela est envisageable, car les premières ébauches de cette oeuvre se firent entre ces deux dates.

Ce qui est certain, c’est que la mort s’impose à lui. Elle le touche de manière personnelle de manière plus incisive qu’au travers des nombreux services mortuaires desservis à l’église de la Madeleine en tant que maître de chapelle. Ces offices à répétition -qui semblent le fatiguer un peu -  lui serviront de terrains d’essais et d’esquisses pour « son » requiem qu’il arrangera et amplifiera au fil des années.

Cinq grandes parties, Introït et Kyrie, Sanctus, Pie Jesu, Agnus Dei, In paradisum, forment la première version (1888) à laquelle viendra se joindre un peu plus tard un Offertoire (1889) et un Libera me (1891). (Il n’y a pas de Séquence puisque le schéma adopté par Fauré est celui de la messe gallicane.)

Deux versions ont été enregistrées, celle de 1893, dite deuxième version pour orchestre de chambre, plus intimiste et redécouverte par John Rutter en 1980 et la troisième version de 1901, plus importante dans sa dimension orchestrale, mais celle qui fut de loin la plus jouée jusqu’à la redécouverte de la deuxième version.

« La confiance dans le repos éternel »

Avec Jean Fournet, nous découvrons la version de 1901 dans toute son amplitude vocale et orchestrale. Une version accomplie, oserions-nous dire. Si l’on associe communément requiem et tristesse, l’impression quasi tangible qui ressort à la première écoute de cet enregistrement est tout autre. Place à une douceur et une confiance qui vous saisissent, sans nier quelques effets sonores dramatisants.

Gabriel Fauré, paraît-il, n’était guère un familier de Dieu, en dépit de ses nombreuses heures passées sous les voûtes de la Madeleine, mais il a su créer non avec des mots… mais avec des notes un climat de réelle espérance. Le philosophe V. Jankélévitch, amoureux de cette oeuvre, avoue que « l’audition du Requiem de Fauré est un acte autant que son exécution (…), événement unique, mais renouvelable. » Ne boudons pas notre plaisir face à cette grande fresque qui fit entrer Fauré dans le Panthéon des compositeurs « populaires ».

L’oeuvre…

Quelques mots d’esquisse musicale pour chacune des  sept parties

Introït et Kyrie. Des profondeurs vers la lumière. Grand équilibre des choeurs.

Offertoire. Admirable thème chanté par l’excellent baryton Bernard Kruysen qui intercède pour tous les défunts.

Sanctus. Les voix sopranos du choeur s’élèvent et s’évaporent telles des vapeurs d’encens.

Pie Jesu. La voix de E. Ameling, touchante et recueillie, est préférée ici à celles des enfants d’une Maîtrise. On touche, là, au coeur de l’oeuvre : la prière « Jésus plein de bonté donne leur le repos… » s’élève, soutenue par l’orgue.  La délicatesse des fonds instrumentaux dessine dans un dernier élan cette délicate prière.

Agnus Dei. Paysage bucolique et paisible où, comme des vagues mélodiques, le choeur et l’orchestre semblent soulevés par la direction attentionnée de J. Fournet.

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Libera me. Imploration. Perspective d’un jugement dernier, tout en fanfare.

In Paradisum. Bouleversante mélodie des sopranos. Vision d’extase… Quand les notes s’enfuient, les voix se taisent, il reste le silence, mais un silence d’avant la Rencontre. In Paradisum…

La messe est dite ! Cette oeuvre emblématique et attachante fait entrer la musique religieuse dans le XX° siècle.

« Si personne n’a l’ouïe assez fine pour surprendre les messages d’outre-monde, (…) tous comprennent cette voix captivante où il n’y a rien à comprendre et qui sans parole nous parle de notre destinée. »

V. Jankélévitch, La musique et l’Ineffable.

En complément de programme vous trouverez sur ce Cd  : Pavane, Op.50, suivi de Pelléas et Mélisande, Op.80 avec la merveilleuse prière (plage 11) chantée par la soprano Jill Gomez, sans oublier l’adorable sicilienne qui suit. Et pour clore, la Ballade pour piano, en fa dièse majeur, Op.19.

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Presque une heure et demie du plus pur des bonheurs, à notre avis !

Dominique Fournier

Gabriel Fauré, Requiem, Op. 48, Jean Fournet dir., Decca

Magnificat de Bach

Combien de disques passent inaperçus dans l’énorme production qui déferle dans les rayons. Et puis, au hasard des situations ou des rencontres, c’est l’étincelle, la surprise, l’inouï… Ainsi en est-il dans le rayon musique en ce moment, avec le Magnificat de J.-S. Bach.

Voici trois CD, trois versions différentes mais toutes de référence qui arrivent en même temps cette semaine…

Un peu d’histoire musicologique. L’oeuvre qui date de 1733 et que nous proposent ces 3 enregistrements est en fait une révision d’un magnificat composé en 1723, remaniement tant dans la longueur, rendue plus raisonnable, que dans l’orchestration, plus adaptée à un office de vêpres. Le deuil du prince électeur venait de s’achever, la musique pouvait donc reprendre dans la joie !

La première version proposée, c’est celle du Windsbacher Knabenchor et du Prager Kammerorchester sorti en 1999 sous la direction de K.-F. Beringer. (Prix : 18,50 euros)

Dix ans déjà et pas une ride, bien au contraire! Elle transmet une fraîcheur toute particulière ! Ne dévoilons pas le mystère dans l’immédiat.

Le lever de rideau se fait par trois motets, dont le célèbre Jesu, meine Freude BWV 227 et le grand motet funèbre Singet den Herrn ein neues Lied BWV 225, tous deux composés à Leipzig.  L’originalité de cette version -peu connue- est d’avoir choisi les chemins lumineux d’une instrumentation orchestrale, comme Bach en laissait le choix, plutôt qu’une version plus austère ‘a capella’. Il est sincèrement impossible de rester insensible à la plénitude de la ligne mélodique du premier choral du motet Jesu meine Freude, dont la beauté rayonnante élève l’âme.

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Quelques secondes plus tard, les trois trompettes éclatent et vous ouvrent les horizons les plus larges sur un Magnificat resplendissant. On entre dans une grande clarté où les voix des enfants émerveillent. C’est magnifiquement léger et tellement bien conduit ! Une vraie lumière !

Elle reste notre préférée !

Les deux autres versions, elles, ont toujours été considérées comme des versions incontournables : celle de Gardiner, chez Philips en 1983 et celle de McCreesh, chez Archiv en 2000.

Osons quelques mots rapides sur chacune. La première allie la finesse à la virtuosité, ce qui ne va pas toujours ensemble. Mais là, ce n’est pas un hasard, car avec de tels musiciens, c’est la fusion complète! L’or sort du creuset. Combien de moments de grâce, où les solistes basse et ténor sont parfaits! Et que dire de la soprano Patrizia Kwella!

Cette oeuvre est couplée avec la Cantate 51.

La seconde, McCreesh, est couplée avec l’Oratorio de Pâques. Beaucoup d’énergie et d’allant. Cela déborde et vous remplit de joie! L’enregistrement étant fait à la tribune, l’orgue vient concerter naturellement avec les autres instruments. Quel tourbillon de vie, dans une des versions les plus rapides. Mais ici, rapidité ne rime pas avec précipitation.

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Un livret consistant accompagne chacun de ces CD.

Une opération à petit prix (8 euros 90), dans la limite des stocks disponibles, vous les propose toutes les deux dans nos rayons en ce moment.

Dominique Fournier


Trois versions du Magnificat de J.-S. Bach

Magnificat en Ré majeur BWV 243

et 3 motets Singet dem Herrn ein neues Lied BWV 225

Komm, Jesu, komm BWV 229

Jesu, meine Freude BWV 227

Sous la direction de Karl-Friedrich Beringer, éditions Rondeau

Magnificat en Ré majeur BWV 243

Cantate BWV 51

Monteverdi Choir et English Baroque Soloists

sous la direction de J. E. Gardiner, éditions Decca

Magnificat en Ré majeur BWV 243

Oratorio de Pâques BWV 249

Gabrieli Consort et Gabrieli

sous la direction de Paul McCreesh, éditions Archiv

Un disque de Noël qui sort des sentiers battus

Si en cette période de fête, vous aviez envie d’offrir un disque « de Noël » qui sorte des sentiers battus ou éloigné des standards habituels de cette fin de mois … voici ce que l’on a découvert et écouté pour vous : le dernier disque du groupe Stile Antico. C’est tout simplement sublime. Ce choeur de douze jeunes chanteurs britanniques parcourt le monde et leur renom ne cesse de grandir au fil des enregistrements. Celui-ci est le cinquième, toujours fidèle à Harmonia Mundi.

Son titre : « Puer natus est… » L’Enfant est né. Musique anglaise du XVIème siècle.

C’est autour de cette messe « Puer natus est » que s’articule le programme de ce CD. Sans entrer dans l’historique musicologique de cette messe de Tallis (enquête difficile sur les vrais destinataires de l’oeuvre), il est par contre possible à tout un chacun de mesurer l’ampleur et la très grande complexité de cette oeuvre aux contrepoints à 7 voix ! Gloria, Sanctus et Agnus, seules pièces retrouvées, le Credo ayant disparu, ces pièces prennent alors des proportions véritablement innovantes pour l’époque, près d’une demie heure de musique. De l’homophonie à la polyphonie : les introductions de certaines pièces ou les quelques alternances en plain chant permettent de mesurer l’immense chemin parcouru en dix siècles de musique vocale !

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Les meilleurs compositeurs de cette période des Tudor sont à l’honneur ! William Byrd et ses quatre graduels, de vrais bijoux;  Robert White et son Magnificat, sublime ; enfin John Sheppard et son répons de la nuit Verbum caro, d’une grande luminosité ; toutes ces pièces vocales mettent l’« ars musicae » au sommet de l’art choral.

Nous ne saurions être trop élogieux devant les prouesses vocales de ce jeune choeur, tant leur homogénéité et leur précision sont étonnantes. Les timbres de leurs voix, surtout les soprani, sont taillés dans du cristal. A force de beauté, ce chant de grâce devient une prière. Plus que de l’intensité ou de l’émotion, c’est un moment de contemplation qu’il vous est donné de vivre penchés que nous sommes sur le couffin d’un enfant attendu.

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Un des grands disques de cette fin 2010!

Dominique Fournier

Stile antico, Puer natus est – Musique des Tudor pour l’Avent et Noël, Harmonia mundi

Psaumes du Mont-Athos

Les éditions Jade deviendraient-elles les ambassadrices de « l’âme orthodoxe » ? On serait tenter de le croire en écoutant la discographie passée, présente et future de cette année 2010. Orthodoxie russe… d’une part, avec Divna et le Choeur Melodi* sorti en octobre et d’ici quelques semaines les confins de la Sibérie avec un nouveau CD des chants des moniales de Minsk**. Orthodoxie grecque… d’autre part avec les Psaumes du Mont Athos***, qui vient d’arriver dans nos bacs et qui mérite amplement que l’on en dise quelques mots…

On ne sait si la situation géographique est influente, mais cette liturgie est à l’image du monastère de Simonos Petra bâti entre terre et ciel : une invitation perpétuelle à regarder vers « le Haut ». Rappelons-nous, nous avions déjà eu cette impression dans leur précédent enregistrement.

Les voix chaudes et robustes bousculent quelque peu notre écoute aux idées préconçues sur une musique liturgique parfois désincarnée. Oui, ces psaumes prennent naturellement chair. Exultons, acclamez, chantez, louez, tous ces verbes à l’impératif claquent comme étendards au vent ! « Je te confesserai, Seigneur de tout mon coeur… » devient un véritable acte de foi qui engage corps et âme.

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Les psaumes occupent une place primordiale dans la liturgie de l’Office divin, et c’est à la demande explicite de leur Archimandrite Aimilianos que les moines de Simonos Petra ont entrepris la mise en musique du psautier, selon les règles traditionnelles du chant byzantin. Plus de 600 partitions sont le fruit de ce très long travail. Ce que nous entendons en est l’illustration la plus remarquable. Un petit livret joint au CD permettra de comprendre les paroles.

Joie des deux « Terirem » en milieu et fin de disque, sorte d’hymnes sans parole… qui rappellent le « la, la, la » que chantait Marie en berçant l’Enfant Jésus. Véritable jubilation en gammes montantes et descendantes qui peuvent durer des heures.

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Au terme d’une écoute où l’on se laisse conduire et souvent bercer, nous découvrons une intériorité habitée, de manière peut être plus sensible que dans leur premier CD.
Si les anges ont inspiré ces mélodies, et pourquoi ne pas le croire, alors ne désavouons pas saint Jean Chrysostome qui aurait préféré que le soleil s’éteigne plutôt que de voir oublier ces psaumes chantés avec tant de conviction par ces moines, hommes de Dieu et hommes de louange.
Tout simplement, un de mes coups de coeur en cette fin d’année dans notre rayon à La Procure.

Dominique Fournier

Psaumes du Mont Athos, Choeur des moines du monastère de Simonos Petra, JADE

Disques déjà parus aux éditions Jade :

* Divna et le choeur Melodi

L’âme du chant orthodoxe.
La divine liturgie de Saint Jean Chrysostome.

** Choeur des moniales du monastère de sainte Elisabeth de Minsk.

Chants du grand Carême orthodoxe.
Grande vigile de la nuit.

*** Choeur des moines du monastère de Simonos Petra

Hymnes du Mont Athos.

Lauda Jerusalem

On ouvre ce coffret comme un écrin pour découvrir les deux CD qu’il contient.

Pas moins de dix années se sont écoulées depuis leur dernier enregistrement, aussi attendions-nous avec une certaine impatience ces nouveaux chants des fraternités de Jérusalem. La jeunesse est toujours au rendez-vous ! Et puis, comme la plupart des disques de communautés monastiques, on sent d’emblée le naturel et la joie de chanter , car chanter est le propre du moine ou de la moniale. Les pères de l’Eglise ne disaient-ils pas « que chanter, c’est prier deux fois. »

En ce mois de juin, la basilique de Vézelay, plantée sur la colline et dont l’incomparable acoustique n’est plus à démontrer*, était bien plus propice au silence pour cet enregistrement que l’église Saint-Gervais blottie au coeur bruissant du Marais…

Que trouve-t-on sur ce disque ? Quatre séries de chants polyphoniques en français : quelques uns des plus beaux chorals de Bach ou de Schütz, des cantiques du Nouveau Testament pour les vêpres sur des compositions modernes de R. Magnabosco, puis des pièces de Chevetogne extraites de la liturgie byzantine et enfin quelques cantiques à Marie composés par le père A. Gouzes.

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« Unité dans la diversité » :  unité de la Parole de Dieu qui unifie l’ensemble des textes de tous ces chants, dans la diversité des différentes communautés européennes de cette Fraternité. Dans le paysage monastique actuel, la force liturgique de cette communauté réside dans son choeur à quatre voix mixtes. En dehors du Bec Hellouin, il n’y a pratiquement pas de communauté en France qui offre une telle originalité, et l’habitude de chanter ensemble au quotidien donne tout naturellement une pâte sonore qui leur est très personelle.

Quant à nous, simples auditeurs et peut-être priants, très rapidement, avec l’aide du petit livret il nous sera facile de joindre notre voix à celles des communautés.

Ce double disque porte en son titre le message de l’universalité.

Lauda Jerusalem. Ô Jérusalem, loue le Seigneur! .

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* Nous pensons aux 3 CD de Igor Reznikoff.  Sainte Marie Madeleine – Studio SM.


Dominique Fournier

Lauda Jerusalem, Le chant des fraternités monastiques de Jérusalem

Les grands offertoires Grégoriens – aux sources du chant sacré

Faire de chaque disque une oeuvre d’art ! Tel est le pari de cette petite maison d’édition « Psalmus ». Or à l’écoute de ce CD, on sent immédiatement que le pari est tenu. Nous sommes transportés dans un autre monde, ou plutôt à une époque où la liturgie  « transfigurait » le temps en durée et en beauté.

Le premier millénaire s’achève. Le chant, dit grégorien, unit apparemment tout le royaume comme le souhaitait Charlemagne… Mais à quel prix? Celui d’une hybridation fort complexe des répertoires musicaux alors en activité. L’Italie, la Gaule, l’Espagne, chaque pays avec ces centres vivants d’activités liturgiques: Rome, Milan, Metz, Tolède, Séville….

Retenons simplement que les 6 grands offertoires chantés ici sont d’origine hispano-gallicane. Ces chants très développés accompagnent la procession des offrandes au cours de la célébration eucharistique. A défaut d’orgue, on peut chanter ! Près de vingt minutes pour l’offertoire Sanctificavit Moyses.

Il est certain que l’interprétation de ces chantres a peu à voir avec le grégorien de nos monastères aujourd’hui, pourtant ressourcé aux recherches de Solesmes du XIX°. Point de rivalités. Acceptons comme autant de traductions différentes le message spirituel de cette musique. Enracinement du présent pour les uns, quête d’historicité pour les autres.

Musique inouïe ! C’est certainement la première fois que ces chants d’offertoire sont enregistrés avec leurs différents versets.

Tout l’art du chant du soliste est de faire « émerger » le texte du mélisme qui le porte. Et Dieu sait si cela n’est pas donné à tous ! Maître Alcuin disait du chantre qu’il ne devait manquer « ni de prestance ni d’agilité ». Avouons qu’à l’écoute, rien ne manque à ces six chanteurs, ni l’une ni l’autre. Les voûtes du Thoronet fondent leurs voix, les portent et les élèvent comme un encens. L’acoustique est pleine des harmoniques rendues par les « Ison » tenus par les basses.

Un livret écrit par Mathieu Smyth introduit à l’écoute dans les meilleures conditions. C’est une mine d’informations historique et musicologique accessibles à tous.

Ces voix d’hommes élèvent véritablement notre âme sur un chemin de prière et de beauté.

L’écoute proposée devrait vous faire partager mon enthousiasme!

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Les grands offertoires Grégoriens – aux sources du chant sacré, Damien Poisblaud – Les Chantres du Thoronet.

Dominique Fournier

Si des petits cochons pouvaient voler

L’humour anglais nous surprendra toujours ! Le simple titre de ce Cd et l’illustration de sa pochette en sont une preuve qui ne le dément pas ! « Pigs could fly … si des petits cochons pouvaient voler ». Mais où est le rapport, me direz-vous ? C’est tout simplement le titre de la première chanson qui a donné son nom à ce nouveau disque du célèbre Chœur anglais The new London Children’s Choir. Nous n’en saurons guère plus, l’éditeur ayant refusé de transmettre le texte de cette chanson pour raison de droits d’auteur… ah ! Ces Anglais… !
Mais revenons à nos chères têtes blondes qui chantent si merveilleusement ici. C’est un vrai tourbillon de vie qui emplit votre maison dès que le disque commence.
En route pour 35 plages de joie et de lumière, où alternent chansons religieuses et profanes. Les quatorze compositeurs anglais du XX° siècle, choisis pour ce récital, s’inscrivent parfaitement par leur style d’écriture, à la fois léger et vivant, dans la longue tradition de la musique chorale anglaise. Point d’orchestre ni d’orgue comme dans les grandes cathédrales, non, juste un piano qui apporte sa note instrumentale et claire à un ensemble qui ne manque ni de justesse ni de précision.
Mais la surprise, c’est la joie de ces enfants qui chantent comme ils respirent et savent communiquer leur émerveillement à l’auditeur. Tous les textes sont simples, ils parlent des fleurs et des oiseaux, des hommes et de la Création, de Dieu aussi, le tout baignant dans un univers très poétique.
Une tonicité et un vrai rayon de soleil pour votre journée. Croyez-moi !
Nous ne saurions que vous recommander ce disque. En écoutant plus particulièrement les plages 1, 14 et 23 … vous comprendrez notre enthousiasme!

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Dominique Fournier

Un dimanche à Saint-Benoît

L’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire est amarrée sur les bords de Loire, tel un grand vaisseau de pierre blanche et d’ardoise.

Habitée aujourd’hui par une communauté bénédictine qui lui a redonné la vie en 1945, elle continue de s’inscrire dans cette longue et belle tradition monastique française.

Voici plus de trente ans que ceux-ci n’avaient enregistré de disque. Dès lors, en ce début de millénaire, aventure audacieuse et belle initiative pour cette communauté jeune et dynamique de tenter une nouvelle confrontation aux micros et à la technique.

Un dimanche à l’Abbaye mêle à la fois l’originalité des compositions modernes en français, certainement plus appropriées à l’office, et la tradition séculaire des grandes pièces grégoriennes de la liturgie de la messe.

Au « trois claviers » du grand orgue construit dans les années 80, on peut entendre quelques belles pièces d’orgue de J.-S. Bach, qui ponctuent les différentes parties des offices et s’insèrent en contre point des voix humaines.

On notera cette continuité et cette riche interaction de la tradition vers la modernité, mais aussi la maturation nécessaire au quotidien d’un répertoire nouveau, et pas toujours facile à chanter, qui prend doucement et enfin ses lettres de noblesse.

La prière de ces moines s’élève sous les voûtes de la basilique et le chant qu’ils nous offrent sur ce disque en est l’expression la plus « visible ».

Une magnifique réalisation !

Dominique Fournier

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Voir le disque