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Amélie Nothomb, Barbe bleue

amelie-nothon-barbe-bleueDans les poids lourds de la rentrée, une belle surprise est apparue avec le dernier roman d’Amélie Nothomb que l’on avait plus vue depuis longtemps dans une forme aussi éclatante. Cette plongée dans le mythe de Barbe Bleue est un régal. Saturnine Puissant trouve l’opportunité royale d’une colocation somptueuse dans un magnifique appartement parisien. Le seul hic c’est que toutes les précédentes locataires ont disparu. Mais Saturnine va tenter l’aventure, bien décidée à ne pas se faire piéger par le richissime hôte des lieux, Don Elemerio Nibal Y Milcar, issu d’une improbable lignée aristocratique espagnole.
Sur fond d’intrigue quasi policière ( quel lien y a-t-il entre ces disparitions étranges et cette pièce de l’appartement dont l’accès est interdit sous peine de terribles représailles ? ), se déploie un jubilatoire tête-à-tête en huis-clos entre l’effrontée locataire et le neurasthénique propriétaire. Cuisinier hors-pair, amoureux possessif (mais platonique) de Saturnine, Elemerio fait montre d’un catholicisme (presque) impeccablement orthodoxe et complètement givré. On s’enfonce dans un monde où le mot est purement rhétorique et où la réalité n’est que matière : œufs cuisinés à tous les modes, robes de haute couture étincelantes, champagne électrisant les veines. Dans l’interstice, un lieu sombre et secret, comme un château-fort imprenable, l’âme perdue d’Elemerio. Et la quête policière de Saturnine n’est rien d’autre qu’une interrogation ontologique sur le secret derrière la porte, sur ce qui résiste aux apparences, celles de la matière et celles de la vaine parole.
Hilarant, jubilatoire et éblouissant, ce roman d’Amélie Nothomb en tonalité majeure recèle comme en un contrepoint à peine murmuré un frisson de mélancolie qui, sur la fin, s’ouvre en corolle sur un point d’orgue en mode mineur. On referme le livre comme on referme un rêve. Avec gratitude et une pointe de nostalgie.

François Maillot


Amélie Nothomb, Barbe bleue, Albin Michel

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