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Amin Maalouf, Les désorientés

amin maalouf les désorientésQuand il reçoit le coup de fil d’un ancien ami de jeunesse mourant, Adam prend l’avion pour retourner en Orient dans le pays qu’il a quitté 25 ans plus tôt. A son arrivée, Mourad est déjà mort. Son retour dans le pays qu’il ne nommera jamais, il l’inscrit, jour après jour, dans ses carnets. 16 jours pendant lesquels l’historien qu’il est devenu tentera, à la demande de Tania, la veuve, de réunir pour une ultime fois tous leurs amis de jeunesse : Naïm le juif parti vivre au Brésil, Ramzi devenu moine et Ramez, les inséparables, Nidal, le frère de Bilal mort à la guerre, musulman extrémiste radical, et Albert parti vivre aux Etats Unis. Ce projet, il va le mener à bien en contactant un à un les membres du « club de Byzance », leur cercle d’amis de l’université. Adam, chrétien, était le premier à s’être exilé. Il a rejoint la France. Sémiramis quant à elle, n’a jamais quitté son pays, malmené par des guerres successives. Elle reçoit Adam dans son hôtel qui sera le lieu de la rencontre.

Le voyage d’Adam ne devait durer que le temps de dire au revoir à Mourad avec qui il était brouillé. Il ne se rendra pas aux funérailles. C’est le début de la réflexion. « Pour l’heure (…) Je vis, je respire, je me souviens. » Il ne sait pas encore que sa vie va être bouleversée.

Une longue retraite au cours de laquelle il convie ses vieux amis et règle ses comptes.

Chacun s’expose à raconter son histoire, son devenir et les causes réelles de l’exil. Mais c’est peut-être celle de Ramzi, devenu frère Basile, la plus troublante et la plus déchirante. L’un des plus beaux passages du livre concerne  le court séjour qu’Adam va réaliser au monastère suite à l’invitation de son ami. On y respire une atmosphère de sérénité et de repos parmi ces hommes qui consacrent leur vie à Dieu. L’homme exprime aussi sa tristesse face à la situation de son pays. « Mon peuple est au fond de l’abime. »

Dans son livre, Amin Maalouf révèle la nostalgie d’un pays perdu qu’on a quitté en désespoir de cause. L’exil est un refus de cautionner un pays perverti qui s’enlise dans le non-droit. Y rester peut amener la tentation de se compromettre. Tous ont en commun le remord d’avoir quitté leur pays d’origine, leur maison et leurs racines. Leurs meilleurs souvenirs et l’insouciance de leur jeunesse y sont restés. « L’époque (…) heureuse (…) quand toute notre bande était enthousiaste, naïve et solidaire (…) quand tous les rêves étaient autorisés. » Naïm y exprime son idéal d’une coexistence entre toutes les communautés. A la jeunesse se mêle l’envie de justice, et celle de se battre, mais aucune cause ne justifie le sacrifice.

L’amour du pays levantin s’exprime magnifiquement par le biais de ces personnages fondamentalement différents mais reliés par une amitié indéfectible. Un roman flamboyant et dense où Amin Maalouf puise dans ses souvenirs de jeunesse pour nous ravir et nous entraîner dans une profonde réflexion sur l’exil, la guerre, la religion et la tolérance. Une réflexion sur la vie et sur les choix que nous faisons.

Marie Joseph Biziou

Amin Maalouf, Les désorientés, Grasset

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