Depuis qu’aux premiers de jours de juin, j’ai lu sur épreuves « Rien ne s’oppose à la nuit » l’écho ne m’en a pas quitté, et je ne sais pas précisément depuis quand la lecture d’un texte m’aura à ce point laissé sans voix, les joues humides et la gorge nouée, captif et bouleversé.
Au point de l’avoir relu. Il y a deux livres en un seul. Le roman d’une femme, enfant rêveuse et mystérieuse, jeune femme à la beauté solaire, jeune mère descendue dans l’abîme, une vie qui s’effondre de l’intérieur. Et le livre de sa fille, ce « je » de ce matin d’hiver qui court au fil des pages, avec ses souvenirs et ses doutes, ses blessures et son regard, sa tendresse et sa lucidité. Jusqu’à ce magnifique « Et puis ». « Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma mère » c’est Delphine de Vigan.
Alors commence l’inlassable enquête. Des mois durant, à toutes les heures du jour et de la nuit, elle sollicite, collecte, interroge, écoute, visionne. Delphine de Vigan doute, mais, courageuse et volontaire, elle poursuit. « Je ne me rendors pas. Pas une minute. Je sais vers quoi j’avance » Inexorablement. La méthode force l’admiration, un travail presque scientifique pour approcher au plus près la fragilité des êtres malmenés et indéchiffrables qui s’en sont allés avec leurs blessures, des relations inachevées, des histoires interrompues, des vies désarticulées dans lesquelles nous nous inscrivons. C’est l’histoire de Lucile, de ses parents, de ses frères et sœurs, la chronique d’une famille nombreuse de l’après-guerre, ses bonheurs et ses drames. C’est l’histoire de Lucile, seule face à son gouffre.
J’aime ce que m’inspirent les « siens », rien de jamais définitif dans leurs passions, leurs faiblesses ou leur mal-être, une vulnérabilité qui fait leur vérité, qu’ils sont un peu ci ou un peu ça, mais pas que cela, et jamais complètement, comme des sables mouvants. Elle a essayé et elle a réussi. Delphine de Vigan a trouvé une justesse de ton et de construction qui jamais ne faiblit. Dépouillement, maturité, simplicité, distanciation d’une écriture qui brille d’un éclat sombre mais si dense et puissant. La vie rejaillit là où elle n’est plus, et les regards et les sourires des vieux films traversent encore une fois le temps.
Bertrand Deschamps
Delphine de Vigan, « Rien ne s’oppose à la nuit », Lattès

14 septembre 2011 à 14 h 56 min
quelle magnifique compte rendu avec lequel je suis entièrement d’accord (et votre photo n’est pas mal non plus) !
14 septembre 2011 à 15 h 37 min
Je suis totalement en accord avec vous d’autant plus que j’ai quelqu’un de très proche qui a cette maladie .Je comprends cela du fond du coeur.J’ai aimé cette façon de dire,de réfléchir en restant dans la dignité,la grâce,la compréhension.Il n’y a pas de ces règlements de compte officialisés que sont la plupart des livres faisant état d’une histoire personnelle.C’est beau et calme bien que tout ce périple familial ait été dur à vivre.Telle mère, telle fille.L’une et l’autre sont digne d’admiration
15 septembre 2011 à 5 h 38 min
C’est en effet un excellent ouvrage, certainement le meilleur de Delphine de Vigan, et pourtant les précédents étaient déjà très bons. Livre qui vous prend le coeur du début à la fin, l’émotion y est permanente et intense.
23 octobre 2011 à 19 h 53 min
j ai vraiment été tourmenté en lisant ce livre il est puissant en émotion, j’ai pleuré toutes mes larmes.La relation avec ma mère ressemble étrangement à son histoire; delphine de vigan a eu du courage et elle a su trouver les mots justes pour exprimer cette vie chaotique, »avec respect et amour ». J’espère que la parution de son livre l’aura aidé à évacuer tout ce chagrin enfoui en elle, une maman c’est sacré quoi qu’elle fasse
7 novembre 2011 à 22 h 52 min
Votre accueil de la romancière, jeudi dernier à la Procure, a été un moment de grande émotion et le silence était impressionnant. Une très belle rencontre à l’image du livre.
7 janvier 2012 à 19 h 51 min
Bonsoir,
Comme j’ai aimé votre commentaire…
j’avais tellement besoin d’évacuer, de partager, ce trop-plein d’émotions.
Je suis à la fois Liane (des moments de bonheur) et Lucile. Manon et Delphine sont mes filles.
Je crois que c’est la première fois que, moi aussi, je relis un livre juste après l’avoir quitté. Parce que je ne pouvais pas le quitter.
Ce n’est pas un roman. C’est un témoignage, qui s’exprime avec des mots tellement justes qu’il nous bouleverse.
Delphine de Vigan est une écrivaine majeure, parce qu’elle a cette capacité rare de sonder nos profondeurs.
Une sorte de psychothérapie, en quelque sorte. Je ne la remercie pas, car elle a remué trop de non-dits. Mais je vais la relire encore…
13 janvier 2012 à 18 h 23 min
merci
17 janvier 2012 à 22 h 38 min
Merci de ce beau texte sur ce livre magnifique que j’ai tellement aimée, qui m’a remuée, bouleversée… que j’avais tout à la fois hâte de continuer, peur de terminer trop vite. Je l’ai refermé à regret, en me disant que j’allais l’acheter pour le garder, le relire (une amie me l’avait prêté, persuadée qu’il me plairait). C’est un magnifique chant d’amour d’une fille pour sa mère, belle, fantasque, fragile, complexe, déroutante… et se ressent aussi l’amour de cette mère pour ses filles avant tout, pour ceux qu’elle a tenté d’aimer, cherchant désespérément à rester sur terre malgré ses fêlures. Cette Lucile si vulnérable, vacillante a laissé un souvenir lumineux à ceux qui l’ont approchée.
L’écriture est très belle, simple, pudique, délicate malgré les terribles secrets et chagrins qu’elle révèle.
Oui, c’est un très beau livre. (Je regrette de n’avoir pas pu rencontrer Delphine de Vigan ne voyant qu’aujourd’hui que la procure l’avait accueillie !)
16 avril 2012 à 8 h 52 min
Je reste sans voix, bouleversée depuis que j’ai tourné la dernière page.
Impossible de ne pas faire remonter des souvenirs à la surface….
20 avril 2012 à 21 h 01 min
Comme tous les témoignages précédents j’ai été boulversée par ce récit.
Delphine De Vigan a réussi à mettre des mots sur les maux qui étaient les miens… comme j’imagine tous ceux qui se sont reconnus dans son récit.
Cette maladie n’est ni simple à comprendre, ni à appréhender, ni à cotoyer, c’est un lourd fardeau.
Il n’empêche qu’elle a réussi à porter un éclairage différent, sans jugement, donc un grand merci et surtout un superbe bravo car je suis admirative du travail personnel qu’elle a du et réussi à accomplir.
18 mars 2013 à 21 h 31 min
Je me suis retrouvée enfant adulte et vieille à la fois. Je n’ai pu retenir mes larmes tant l’amour que dégage ce roman vous envoie en pleine figure que l’amour à de multiples facettes que l’on ne voit pas toujours