Eugène Green, Les Atticistes

atticitesEugène Green n’est pas seulement un des plus remarquables cinéastes contemporains. C’est aussi un écrivain passionnant et Les Atticistes, son dernier roman paru chez Gallimard, est un des textes les plus roboratifs de la rentrée littéraire.

Cette satire contemporaine met en prise deux personnages dont la drôlerie n’a d’égale que la cuistrerie, archétypes de tout ce que la culture contemporaine a produit depuis quarante ans dans le microcosme germanopratin. Amédée Lucien Astrafolli, mandarin des lettres représentant la tendance de l’atticisme (idéal littéraire de l’élégance et de la sobriété) et Marie-Albane de Courtambat, sémiologue féministe en rupture de ban avec son milieu familial, qui incarne le courant moderne des asianistes, prônant la déconstruction culturelle. La drôlerie des patronymes donne idée du ridicule des personnages. Ces deux idéologues se font une guerre à mort par revues interposées, d’autant plus jubilatoire que leurs existences sont remplies d’anecdotes grotesques, à la mesure de leur fatuité. On s’apercevra au bout du compte que ces deux adversaires sont en fait du même camp, et qu’ils ont face à eux, le bon sens affranchi des coteries d’un jeune homme issu des banlieues, Julien Tertre, qui, grâce au cinéma, trouve la voie d’un véritable langage artistique.

On retrouve chez ce Julien bien des aspects de la trajectoire d’Eugène Green qui après avoir connu l’ostracisme des théâtreux quand il faisait sur scène le travail équivalent de celui que les baroqueux firent en musique, trouva au cinéma un espace d’expression pour la parole. Car, sous la bouffonnerie, cette farce qui tient de Molière et de Pascal, reprend, dans un mode mineur, le grand thème greenien de la parole. Celle-ci peut se déployer dans la tension intime qui réside au sein même des hommes et des éléments, magnifiée par l’oxymore baroque et dont le cinéma sait singulièrement rendre compte. Toute idéologie est mortifère, tuant culture et spiritualité. Ces Atticistes sont en tous les cas la plus belle charge de la littérature française contre les ravages intellectuels et moraux de la société post soixante-huitarde.

François Maillot

Eugène Green, Les Atticistes, éditions Gallimard

Ce contenu a été publié dans Chroniques de nos libraires, Littérature, Livres, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.