Christianisme | Littérature | Sciences humaines | Beaux-Arts | Musique & DVD | Vidéos

Requiem de Fauré, une réelle espérance

Requiem de Gabriel Fauré (1845-1924)

Elly Ameling, soprano – Bernard Kruysen, baryton – Choeurs de la Radio Néerlandaise

Orchestre Philharmonique de Rotterdam – Jean Fournet, direction

La discographie du Requiem de Fauré est abondante. Mais au hasard de l’opération « Musique à petit prix », quelle joie de découvrir parmi les nombreux disques présentés quelques pépites, dont ce magnifique enregistrement de Jean Fournet dirigé dans les années 1970.

Un peu d’histoire… de vie et de musique …

Est-ce le drame familial que représente la disparition de ses parents entre juillet 1885 et décembre 1889 qui inspirera à Gabriel Fauré la création de son Requiem? Cela est envisageable, car les premières ébauches de cette oeuvre se firent entre ces deux dates.

Ce qui est certain, c’est que la mort s’impose à lui. Elle le touche de manière personnelle de manière plus incisive qu’au travers des nombreux services mortuaires desservis à l’église de la Madeleine en tant que maître de chapelle. Ces offices à répétition -qui semblent le fatiguer un peu -  lui serviront de terrains d’essais et d’esquisses pour « son » requiem qu’il arrangera et amplifiera au fil des années.

Cinq grandes parties, Introït et Kyrie, Sanctus, Pie Jesu, Agnus Dei, In paradisum, forment la première version (1888) à laquelle viendra se joindre un peu plus tard un Offertoire (1889) et un Libera me (1891). (Il n’y a pas de Séquence puisque le schéma adopté par Fauré est celui de la messe gallicane.)

Deux versions ont été enregistrées, celle de 1893, dite deuxième version pour orchestre de chambre, plus intimiste et redécouverte par John Rutter en 1980 et la troisième version de 1901, plus importante dans sa dimension orchestrale, mais celle qui fut de loin la plus jouée jusqu’à la redécouverte de la deuxième version.

« La confiance dans le repos éternel »

Avec Jean Fournet, nous découvrons la version de 1901 dans toute son amplitude vocale et orchestrale. Une version accomplie, oserions-nous dire. Si l’on associe communément requiem et tristesse, l’impression quasi tangible qui ressort à la première écoute de cet enregistrement est tout autre. Place à une douceur et une confiance qui vous saisissent, sans nier quelques effets sonores dramatisants.

Gabriel Fauré, paraît-il, n’était guère un familier de Dieu, en dépit de ses nombreuses heures passées sous les voûtes de la Madeleine, mais il a su créer non avec des mots… mais avec des notes un climat de réelle espérance. Le philosophe V. Jankélévitch, amoureux de cette oeuvre, avoue que « l’audition du Requiem de Fauré est un acte autant que son exécution (…), événement unique, mais renouvelable. » Ne boudons pas notre plaisir face à cette grande fresque qui fit entrer Fauré dans le Panthéon des compositeurs « populaires ».

L’oeuvre…

Quelques mots d’esquisse musicale pour chacune des  sept parties

Introït et Kyrie. Des profondeurs vers la lumière. Grand équilibre des choeurs.

Offertoire. Admirable thème chanté par l’excellent baryton Bernard Kruysen qui intercède pour tous les défunts.

Sanctus. Les voix sopranos du choeur s’élèvent et s’évaporent telles des vapeurs d’encens.

Pie Jesu. La voix de E. Ameling, touchante et recueillie, est préférée ici à celles des enfants d’une Maîtrise. On touche, là, au coeur de l’oeuvre : la prière « Jésus plein de bonté donne leur le repos… » s’élève, soutenue par l’orgue.  La délicatesse des fonds instrumentaux dessine dans un dernier élan cette délicate prière.

Agnus Dei. Paysage bucolique et paisible où, comme des vagues mélodiques, le choeur et l’orchestre semblent soulevés par la direction attentionnée de J. Fournet.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Libera me. Imploration. Perspective d’un jugement dernier, tout en fanfare.

In Paradisum. Bouleversante mélodie des sopranos. Vision d’extase… Quand les notes s’enfuient, les voix se taisent, il reste le silence, mais un silence d’avant la Rencontre. In Paradisum…

La messe est dite ! Cette oeuvre emblématique et attachante fait entrer la musique religieuse dans le XX° siècle.

« Si personne n’a l’ouïe assez fine pour surprendre les messages d’outre-monde, (…) tous comprennent cette voix captivante où il n’y a rien à comprendre et qui sans parole nous parle de notre destinée. »

V. Jankélévitch, La musique et l’Ineffable.

En complément de programme vous trouverez sur ce Cd  : Pavane, Op.50, suivi de Pelléas et Mélisande, Op.80 avec la merveilleuse prière (plage 11) chantée par la soprano Jill Gomez, sans oublier l’adorable sicilienne qui suit. Et pour clore, la Ballade pour piano, en fa dièse majeur, Op.19.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Presque une heure et demie du plus pur des bonheurs, à notre avis !

Dominique Fournier

Gabriel Fauré, Requiem, Op. 48, Jean Fournet dir., Decca

Réagir