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Comment reconnaître à l’homme Jésus un statut divin en tenant que Dieu est unique ?

Larry W. Hurtado, Le Seigneur Jésus-Christ, La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme, Cerf

Cet ouvrage magistral suscite l’admiration et la joie du lecteur par son érudition brillante, par sa méthode, par sa limpidité, par la sûreté de son jugement. Et évidemment d’abord par l’importance majeure de son sujet. Ne vous laissez pas intimider par la taille du livre, vous serez très vite emporté et récompensé au-delà de vos espérances dans votre connaissance des toutes premières années du christianisme. Sans compter qu’un index très utile facilite la consultation de l’ouvrage et que le livre procure une bibliographie impressionnante.

L’auteur s’attache à la période qui va de l’an 30 à l’an 170 et il choisit comme axe central de son travail non pas le développement des communautés chrétiennes pendant ces années, ni les ébauches des formules dogmatiques des siècles suivants, mais la place accordée à Jésus dans la prière et le culte des premiers croyants, la dévotion à Jésus telle qu’elle apparaît à partir de toutes les sources connues.

La thèse qu’il soutient et démontre de manière convaincante est que la place absolument centrale et unique de Jésus comme Christ et Seigneur dans l’adoration due à Dieu et à Dieu seul n’est pas une divinisation progressive et tardive de Jésus à partir d’influences hellénistiques et romaines, mais l’expérience et l’évidence originelles des touts premiers croyants juifs alors même qu’ils tiennent radicalement au monothéisme biblique. « La dévotion pratiquée au premier âge du christianisme eut un rôle éminemment fondateur pour les développements doctrinaux ». « La centralité de Jésus et le caractère unique de son statut dans les différentes  convictions religieuses des chrétiens du premier âge appelaient, presqu’inévitablement, une nouvelle conception de Dieu ».

L’enquête minutieuse pour savoir quelle était la place faite à Jésus dans la prière et les croyances du « christianisme du premier âge » parcourt méthodiquement tous les textes qui nous sont parvenus,  dans le Nouveau Testament et à côté : les écrits pauliniens (Paul est particulièrement précieux puisque ses lettres renvoient à ce qu’il a reçu dès sa conversion, c’est-à-dire vers 32-34 ! et qu’il permet d’atteindre les communautés juives chrétiennes en Judée avant les communautés pauliniennes), les Synoptiques, la source Q, les écrits johanniques (avec les traces de la crise christologique dans la communauté johannique), l’Evangile de Thomas, le Protévangile de Jacques, Hébreux, mais aussi Valentin et Marcion, Nag Hammadi, Apocalypse, l’Ascension d’Isaïe (on découvre l’importance de ce texte), le Pasteur d’Hermas, les Odes de Salomon, la Didachè, etc …,  en terminant par l’œuvre si intéressante de Justin.

Il faut noter que chacun de ces chapitres (ils peuvent être aussi abordés indépendamment) constitue une synthèse brillante qui rend bien service aux personnes moins savantes  et moins spécialisées… A chaque page, on apprend quelque chose, on rafraîchit ses connaissances dans certains cas, on découvre totalement d’autres domaines, on synthétise les désaccords des spécialistes, on pondère son jugement, on aimerait reprendre plus à loisir …

La richesse de connaissances et de réflexion qu’apporte ce livre met dans une immense gratitude à l’égard du travail et de la maîtrise de l’auteur. Et la rencontre aussi proche de la foi originelle, de la foi de toujours,  en Jésus comme Christ et Seigneur conduira sans doute beaucoup à une gratitude encore plus haute.

Jean-François Rod

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