Christianisme | Littérature | Sciences humaines | Beaux-Arts | Musique & DVD | Vidéos

Le pont des anges

le-pont-des-angesLa vaticano-fiction est à la mode et se vend bien. Elle m’a rarement convaincu, donnant souvent lieu à des intrigues cousues de fil blanc et masquant mal les procédés grossiers du roman à thèse. A ceux qui partagent ma réticence pour ce genre d’exercice de plume, je voudrais juste dire que le roman dont je vais parler est un authentique chef d’œuvre.

Ce n’est pas seulement parce que Le Pont des Anges est publié en collection blanche que je l’adoube ainsi de ce qualificatif prestigieux. La dite collection ne publie pas que des livres impérissables, mais avec les opus de François Sureau ou Eugène Green, Gallimard a inscrit à son catalogue des ouvrages dont l’élan spirituel renoue avec ce que la maison naguère a produit de meilleur. Dans ce registre qui n’est pas une classification, Philippe Le Guillou vient prendre place en maitre.

Le Pont des Anges prend la suite d’un des premiers textes de l’auteur, Le Dieu noir, qui racontait le pontificat du premier pape noir, Miltiade II. Nous sommes dans la deuxième moitié du XXIe siècle. Le monde explose sous le poids d’une mondialisation insupportable qui fait se dresser les pauvres de tous les pays contre une richesse arrogante et impitoyable. La figure altière de Miltiade, pape très traditionnel qui a fini par s’enfermer dans son palais du Vatican, en proie au doute et au désespoir, plane sur le conclave qui va élire son successeur. Qui va gouverner l’Eglise, en proie à la violence terroriste, à la menace de la sécession des continents africain et sud-américain, emmenés par le cardinal Alvarez auprès duquel les théologiens de la libération font figure d’aimables galopins ? Le parti de la curie, muré dans un conservatisme anachronique aurait bien fait élire son candidat, mais de consensus il ne peut y avoir. Avec un souffle et une précision confondants, Philippe Le Guillou nous fait vivre ce conclave de l’intérieur au terme duquel Thomas Sullivan, bénédictin irlandais, venu à Rome avec un ticket de retour, en prend pour perpette.

Je vous laisse découvrir sous la plume de Le Guillou les grandeurs et misères du pontificat de Clément XV. Disons juste que ce pape est une sorte de croisement entre Paul VI et Benoît XVI. Attaché à la tradition doctrinale contre vents et marées et à la sobriété de la liturgie, Clément XV saura imposer à un entourage rétif des réformes structurelles de nature à assurer l’unité de l’Eglise dans sa diversité. Nous sortons ici du clivage conservateurs-progressistes qui est le terreau de la vaticano-fication, comme l’adultère avec la soubrette est celui de la comédie de boulevard. Rien chez Philippe Le Guillou n’est enfermé dans des schémas simplistes. Les hommes que l’on croise dans ce livre sont d’une grande subtilité, celle de la nature humaine tiraillée entre son aspiration à faire le bien et son incapacité à se dépouiller du vieil homme.

Ce roman en effet, au-delà de l’anticipation très crédible sur l’évolution de la société et de l’Eglise, propose une méditation altière sur le pouvoir et sur son exercice solitaire. La figure de pape que dessine Le Guillou est celle d’un homme en proie à ses fragilités et à ses limites mais qui puise dans une verticalité qui repose sur le roc de la prière les ressources inconnues que l’homme, capax Dei, recèle en lui. Plus d’une fois, j’ai arrêté la lecture de ce texte vibrant et tenu bride serrée, au bord des larmes, submergé par l’angoisse du pontife, fasciné et terrifié par son impuissance et par la force inouïe qu’il dégage, ou plutôt que Dieu manifeste en lui. De ce point de vue, Le Pont des Anges est une méditation sur l’homme et son destin au cœur du monde. Il ne peut y faire face qu’en plongeant au plus profond de son intériorité, dans le cœur de ses ténèbres personnelles où gît l’étincelle qui lui donne la lumière qu’il s’épuise à chercher à tâtons en dehors de lui.

François Maillot


Phillipe Le Guillou, Le pont des anges, éditions Gallimard

Un commentaire à “Le pont des anges”

  1. Annic de Vallois dit:

    difficile à lire à cause des nombreuses desriptions répétitives des lieux.
    par contre l’étude des caractères est passionnante

Réagir