La généalogie… A quoi ça sert ?

La généalogie… « A quoi ça sert… finalement? »

Question abrupte certes, mais j’aime cette interrogation existentielle posée par Martine Delerm à la fin de son ouvrage sur la quête de ses ancêtres auvergnats. La réponse, si elle existe, ne se glisserait-elle pas entre les lignes de son avant-propos : « Passer dans la lumière de vos obscurités » ? Souhait de rencontres et de lumières. On découvre ainsi au fil des pages, comment et avec persévérance, on peut couvrir de chair ces aïeux perdus dans la nuit des temps et leur offrir un peu d’humanité. Et puis, vivre au XVIIème siècle n’était pas une sinécure. « L’hiver à Novacelles doit mordre comme un loup… »

Ce livre est le journal intimiste d’une quête patiente et personnelle. Si toutes et tous liront avec plaisir ces pages, nos amis généalogistes seront sensibles à maints petits détails.

En une cinquantaine de courts chapitres d’une page ou deux, voire en seulement quelques lignes, Martine Delerm voyage en aller-retour dans le temps, les paysages et les saisons. Comme il est bon de découvrir, en quelques bribes imaginées et poétisées, la vie de ces hommes et de ces femmes parcourant les chemins terreux du Livradois. Toute cette vie de paysans se trouve concentrée dans un triangle de quelques lieues, entre Novacelles, Doranges et Saint Bonnet le Bourg, petits villages de cette Auvergne profonde et boisée où Henri Pourrat romançait son Gaspard des Montagnes.

Digression. Généralement les généalogistes, dont j’ose avouer faire partie, ambitionnent de remonter le plus haut possible dans le dédale des branches de leur arbre généalogique. N’ai-je pas eu parfois l’impression de collectionner mes ancêtres comme des papillons scotchés dans une boîte aseptisée et sagement rangés les uns à côté des autres ?

Et c’est là que ce petit livre est passionnant, car Martine Delerm nous invite à une certaine  « métanoïa », une conversion sur nos recherches. Laisser de côté, parfois, ce désir impératif d’accumuler nos ancêtres pour se concentrer sur la qualité des informations glanées et fournies par les documents trouvés. Oser rêver aussi, un peu, passionnément…

La mise en ligne sur Internet des Archives départementales, depuis deux ou trois ans, a émoussé la patience des chercheurs, puisque quelques clics suffisent à vous faire voyager à travers les actes de communes en communes ; comme il est donc réjouissant de retrouver dans ces pages, ce que nous avons connu il y a encore peu : les attentes face aux courriers envoyés et les déceptions des lettres sans réponse, les heures parcimonieuses d’ouverture de mairies et les retards excusés de leurs secrétaires.

Enfin, rien de tel que de prendre son baluchon pendant quelques jours de vacances et de s’offrir un pèlerinage aux sources. Une virée dans le temps avec tous les sens en éveil ! Et au hasard du chemin quelque habitant vous voyant le nez en l’air, partage contre toute attente les retrouvailles d’un ancêtre à Doranges ou  Saint Bonnet… Reste le cimetière comme lieu ultime. « Et puis soudain tout en bas, contre le mur de gauche, une tombe abandonnée… »

L’arbre parfois peut reverdir lorsque les racines ont été nourries d’un bon terreau.

« Ecrire, c’est approcher. » Tout cela est dit avec tant de pudeur, de justesse et de poésie…

Merci à Martine Delerm.

Dominique Fournier

Martine Delerm, Ces noms qui sont les miens, Elytis

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