La Sapienza d’Eugène Green, un film éblouissant

La SAPIENZAsapienza
Film réalisé par Eugène GREEN
sorti en salle le 25 mars 2015
 
Comment bien parler de ce film qui ne ressemble pas aux autres et dont on sort ébloui ? Un éblouissement jubilant, calme, méditatif, qui résonne longuement en soi ? On cherche les mots justes pour expliquer l’enchantement qui habite le spectateur lorsqu’il sort de la projection. Ce qui accroît encore l’admiration pour cette œuvre pleine de beauté et de parole qui emporte dans la joie quiconque laisse opérer le grand art de ce film.

Alexandre Schmidt est un architecte brillant, mais à bout de souffle, étouffé par les commandes utilitaristes. Il part en Italie se ressourcer auprès des œuvres de Francesco Borromini, un grand architecte baroque du 17ème siècle qui fut le rival du Bernin. Il est accompagné de sa femme, elle aussi triste et découragée devant l’état des choses et l’état de leur couple. Ils rencontrent un étudiant en architecture et sa sœur qui, en plusieurs étapes, les relancent par leur jeunesse et leur fraîcheur, par des dialogues vifs et directs sur l’espace et la lumière, devant la beauté fascinante du Lac Majeur à Stresa et l’envolée de l’église Sant’Ivo alla Sapienza à Rome.

Eugène Green est né en 1947 de l’autre côté de l’Atlantique dans un pays qu’il n’appelle plus que la Barbarie. Il a trouvé d’emblée une source dans une langue française qu’il parle et écrit avec un respect et un soin jaloux. Romancier (on doit citer « La communauté universelle » Grand prix catholique de littérature 2012 et « Les Atticistes » 2012, tous les deux chez Gallimard), homme de théâtre (en 1977, il fonde sa compagnie le Théâtre de la Sapience), cinéaste (depuis les années 1990), il produit une œuvre unique, loin des manières de faire coutumières, mais qui rencontre l’adhésion des critiques et du public et qui attire les jeunes artistes par sa manière ambitieuse, malicieuse et habile. Une démarche artistique de haute tenue, mais sans rien d’une prétention avant-gardiste, aussi assommante que méprisante. Au contraire, son travail séduit. C’est justement la recherche de la vérité, la spiritualité et l’amour transparaissant dans la hauteur de son style qui contribuent à l’attirance qu’il suscite.

Ecoutons Eugène Green : « A sa naissance, le théâtre correspondait à l’expression baroque : c’était à travers le faux, l’artifice, qu’on accédait à la vérité cachée, au divin. Le cinéma est baroque par essence : il capte des fragments de la réalité matérielle et parvient à y révéler une spiritualité. Antonioni, Ozu, Bresson, Dumont sont des cinéastes hautement spirituels » (interview au Monde, 24/03/2015)

La Sapienza, vous l’avez compris, n’a rien à voir avec le style de certains films « barbares » qui vous bombardent de stimulations violentes toutes les minutes pour mieux vous abrutir. Les personnages sont mis en scène dans leur complexité, les acteurs vous regardent droit dans les yeux dans de longs plans fixes, avec une diction très soutenue, ne manquant aucune liaison légitime, même surprenante, pour qu’on ne perde rien de la force de leur parole. Les dialogues très écrits, les paysages italiens, les architectures magnifiées par la caméra, tout vous invite à la sapience « le savoir qui conduit à la sagesse », telle que la définit Eugène Green. Certains pourront être un peu dépaysés, mais je vous le promets, tous ceux qui feront confiance seront enchantés.

Comme il est peut-être désormais difficile de voir le film en salle, il vous faudra sans doute attendre la sortie du DVD. Déjà vous pouvez acquérir les films précédents « Le Pont des Arts » et « La religieuse portugaise ».

 

Jean-François Rod
Jean-François Rod

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Une réponse à La Sapienza d’Eugène Green, un film éblouissant

  1. Merci, cher Jean-Francois, pour ton incitation a aller voir la Sapienza. Je vais tenter !
    Amitiés.
    Thierry

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