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Alain Finkielkraut, Et si l’amour durait

Alain Finkielkraut présente son livre « Et si l’amour durait », paru aux éditions Stock

Jeudi La Procure : Alain Finkielkraut

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Pourquoi faut-il lire des bons livres ?

Dialogue entre Alain Finkielkraut et Pierre Lepape

« Alain Finkielkraut : le roman d’amour n’est pas la célébration du sentiment amoureux. Il est par définition … une critique du lyrisme. D’ailleurs, cette critique peut se faire au nom de l’amour même. Après tout, c’est trahir l’amour que d’exalter le sentiment que l’on éprouve. Aimer, ce n’est pas aimer l’amour, c’est aimer son destinataire. Le roman nous met en garde contre le narcissisme inhérent au lyrisme amoureux. Ainsi est-il fidèle à sa vocation.

Pierre Lepape : Oui, en même temps, les formes les plus diffusées du roman d’amour, autrement dit les romans de gare, les romans roses, reprennent pour l’essentiel les grandes structures, les grands mythes de l’amour romantique, le plus autocentré, le plus narcissique qui soit. Si l’on envisage les choses non plus du côté de la qualité littéraire mais du point de vue des ventes de livres, on s’aperçoit que, depuis 1830-1840, c’est toujours le même modèle qui domine, le modèle romantique où un personnage soumet l’autre à sa propre volonté narcissique.

Alain Finkielkraut : Mais justement, depuis les origines, la grande littérature mène une dure bataille contre le kitsch que ne cesse de développer la mauvaise. Car ces romans d’amour-là, qui jettent sur la réalité le voile du mensonge embellissant, ont des effets dans le monde. Ils façonnent une certaine manière d’aimer ou d’agir et de Don Quichotte à Madame Bovary, les romanciers ont traité du retentissement de la mauvaise littérature sur la vie des hommes. C’est justement le problème posé au roman et c’est là qu’on voit tout l’enjeu de la littérature. Pourquoi faut-il lire des bons livres ? Pour échapper à l’emprise des mauvais sur notre vie la plus intime. »

A propos de  Et si l’amour durait de Alain Finkielkraut, Stock

Et Une histoire des romans d’amour de Pierre Lepape, Seuil

In Le Monde vendredi 30 septembre 2011