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Alice Ferney, Passé sous silence

Alice Ferney était à La Procure pour présenter son nouveau roman Passé sous silence, paru aux éditions Actes Sud.

En osant s’attaquer à la douloureuse question des soldats perdus, Bastien-Thiry en tête, défenseurs contre De Gaulle de l’Algérie française et des populations abandonnées, Alice Ferney joue gros. Alors, d’où lui est venue l’idée de ce livre, nous lui avons posé la question.

En choisissant de ne pas nommer les protagonistes par le nom qu’ils ont laissé dans l’Histoire et à situer les faits, pourtant rigoureusement reconstitués, dans le cadre imaginaire et archétypal d’un « Vieux Pays» en prise avec le destin de ses « terres du Sud », Alice Ferney rend à cette histoire française « passée sous silence » toute sa charge émotionnelle de tragédie universelle.

Alice Ferney, Passé sous silence, Actes Sud

Alice Ferney, passé sous silence

Alice Ferney, Passé sous silence, Actes Sud

Voici un grand livre, celui d’un drame national, mais aussi d’une tragédie intérieure et intime. En osant s’attaquer à la douloureuse question des soldats perdus, Bastien-Thiry en tête, défenseurs contre De Gaulle de l’Algérie française et des populations abandonnées, Alice Ferney joue gros. Disons d’emblée qu’elle s’en sort non seulement avec les honneurs, mais avec panache. Rien n’est occulté : ni le machiavélisme du Général, mêlant réalisme et manipulation, ni l’enfermement des insurgés dans un idéal romantique et chevaleresque dérivant vers une logique d’enfermement et de haine. En choisissant de ne pas nommer les protagonistes par le nom qu’ils ont laissé dans l’Histoire et à situer les faits, pourtant rigoureusement reconstitués, dans le cadre imaginaire et archétypal d’un « Vieux Pays» en prise avec le destin de ses « terres du Sud », Alice Ferney rend à cette histoire française « passée sous silence » toute sa charge émotionnelle de tragédie universelle. Car, derrière le destin des peuples et des nations, c’est bien l’âme des hommes qui est en jeu. Celle d’un chef d’Etat naguère sauveur de l’honneur du pays qui amène ses anciens partisans à le haïr ; celle d’un jeune militaire intellectuel et sensible qui va choisir le terrorisme en toute (in)conscience. C’est la plus grande gloire de la littérature de ramener à la surface, ce qui, de notre histoire commune, est le plus enfoui, en déposant les armes, mais en ne cachant pas la cruauté de la destinée humaine.

François Maillot