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Guillaume de Thieulloy, Le pape et le roi [vidéo]

Guillaume de Thieulloy présente son livre « Le pape et le roi : Anagni, 7 septembre 1303″ aux éditions Gallimard

Le directeur de la publication du blog « Osservatore vaticano », Guillaume de Thieulloy, a 36 ans, il est journaliste et écrivain.
Il dirige notamment l’hebdomadaire politique et économique « Les 4 Vérités hedo ».
Docteur en sciences politiques et titulaire d’une maîtrise de théologie, il a obtenu en 2002 le prix Raymond Aron pour sa thèse sur la pensée politique néothomiste.

Voir le livre de Guillaume de Thieulloy  sur www.laprocure.com

Guillaume de Thieulloy, Le pape et le roi

Voici un livre d’histoire tel qu’on les aime : de ceux dont on sort avec une conscience affutée de la compréhension de notre passé et de la manière dont il nous modèle encore. Derrière l’affaire d’Anagni (1303) – où le pape Boniface VIII fut maltraité par Guillaume de Nogaret – dont Guillaume de Thieulloy démêle l’écheveau des faits avec virtuosité, au-delà même des fascinantes personnalités que furent ledit pontife ou le roi Philippe le Bel, il y a le cœur secret du passage de la féodalité à la modernité, le tracé initial des destinées de l’Europe et de la France. Avec deux lignes de réflexion que je vous propose : tout d’abord cette curieuse identité de la France, qui s’est créée contre ; contre les seigneurs féodaux, contre l’Empereur, contre les prétentions temporelles de la papauté. Un tel pays ne peut être qu’hors norme. Et puis, ce que soulignait naguère Pierre Manent dans son chef d’œuvre, La Cité de l’homme (Champs Flammarion) : l’incapacité de l’Occident à assumer et dépasser le clivage entre la cité de Dieu et celle des hommes, sauf dans une course à une sécularisation dont on commence à remettre en question le caractère (paradoxalement) sacré (nous évoquerons à la rentrée la traduction du grand livre de John Milbank, héraut de la Radical Orthodoxy, qui est décisif sur la question). Oui, le travail de l’historien nous concerne, dans notre vie d’aujourd’hui.

François Maillot

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La Fille aînée de l’Église contre le Vicaire du Christ

Si notre chère langue française a retenu de l’Histoire l’expression « venir à Canossa », elle n’a jamais forgé, en revanche, celle de « partir pour Anagni ». C’est un indice de sa piété naïve. Des deux événements contraires, symétriques, vis-à-vis de la papauté, elle laisse passer dans son lexique courant celui qui marque la soumission d’un empereur, et rejette prudemment celui qui rappelle la rébellion d’un roi.

À Canossa, en 1077, l’empereur Henri IV vient implorer son pardon à Grégoire VII, et reste trois jours durant, à genoux, dans la neige. À Anagni, en 1303, un conseiller de Philippe le Bel fait prisonnier Boniface VIII et, tandis que ses soudards pillent la cathédrale, lui signifie sa mise en accusation pour hérésie. De cet attentat sans précédent, Dante écrivait dans sa Divine Comédie qu’il « éclipsait tous maux faits ou à faire ». Ce fut comme si la « fille aînée de l’Église » insultait au « vicaire du Christ ». Cependant, comme le montre remarquablement Guillaume de Thieulloy, cette page n’est si sombre que de ne pas opposer le tout noir et le tout blanc : « Les différends entre Philippe le Bel et Boniface VIII se situaient au sein même de l’Église et ne pouvaient se résumer à une querelle entre un pape orthodoxe et un roi schismatique ou, à l’inverse, entre un roi très chrétien et un pape hérétique. »

Qu’est-ce qui se joue donc à travers cette date du 7 septembre 1303, à la veille de fêter la Nativité de la Vierge ? Rien de moins que la fin d’un monde. Et sans doute même la naissance de la modernité politique. Jusque-là perdure le « rêve d’unité absolue de la chrétienté sous la férule du prince des Apôtres, unissant entre ses mains les deux glaives temporel et spirituel ». Ce rêve, Boniface VIII va le pousser à l’extrême : il menace Philippe le Bel d’excommunication contre l’avis des prélats français, et c’est parce que le 8 septembre il est sur le point de promulguer une bulle pour déposer le roi des Français, réduisant du même coup la France à une poussière de souverainetés féodales, qu’eut lieu le coup de force d’Anagni : il s’agissait de prendre le pape de vitesse et de contrecarrer sa démesure théocratique. Mais, inversement, avec Philippe IV, ce qui commence, c’est la primauté de l’État-nation, la pente gallicane et l’avancée vers cet absolutisme que la Révolution Française n’aura pas de mal à transférer au « peuple souverain ». Le piège s’est refermé. L’excès théocratique a provoqué l’excès inverse d’une laïcité de droit divin, dont nous subissons encore les conséquences. Il y va donc ici d’un grand tournant théologico-politique, et c’est l’indéniable mérite de ce livre que de reporter vers lui nos trop oublieuses mémoires.

Fabrice Hadjadj

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