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Le « 18 juin » de la relève politique

On ne le dit pas assez : l’Appel du 18 Juin est l’acte d’un mystique. Seul, muré dans son silence, incompris, banni par ses chefs, crucifié en son for intérieur par le doute et l’espoir, son auteur finit par aller jusqu’au bout de lui-même, subjugué par un soleil incandescent, dont seuls des aventuriers de feu comme Rimbaud ou Lawrence d’Arabie et des contemplatifs comme Bernard de Clairvaux ou Charles de Foucauld ont su s’approcher et s’y brûler. « Le spirituel est constamment couché dans le lit de camp du temporel », écrivait Péguy. Charles de Gaulle ne pouvait pas mieux incarner cette étreinte entre le spirituel et le temporel, invoquée par l’un de ses maîtres, qu’en ce jour d’été 1940 dans un banal studio de la BBC.

L’action pour l’action, l’engagement sans la spiritualité, la politique sans la mystique, qui sont notre pain noir de plus en plus quotidien, ne se résument-ils pas à nous donner en spectacle de vulgaires jeux de massacres et de vains simulacres d’espérance ?

Dans un livre d’entretiens rondement mené, seize responsables politiques plaident, chacun à sa manière, pour une sorte de spiritualisation de la politique : elle aiderait à humaniser « une vie moins faite que jamais pour laisser un peu de place à une certaine culture de l’âme qui a du mal à exister », regrette Philippe Séguin dans l’émouvant entretien posthume qu’il a accordé à l’auteur. Deux témoignages livrés par des quadras en vue m’ont épaté par leur franchise rafraîchissante et la savoureuse épaisseur de leur conviction. Valérie Pécresse, actuellement ministre de la Recherche et des Universités, est une catholique pratiquante bon teint. Pourtant, « croire est un combat », admet celle qui se frotte chaque jour au scepticisme scientifique, à l’athéisme de son mari et aux questions de ses enfants. Pourquoi résiste-t-elle ? Parce que son engagement politique s’origine dans sa foi : « Je fais le pari du pourquoi pas Dieu », argue la députée de la circonscription de Port-Royal… Manuel Valls cultive, quant à lui, les paradoxes qui caractérisent tout chercheur de sens sincère : agnostique, il administre Evry, ville interreligieuse par excellence ; fils de républicain laïc espagnol, il confie, « il y a quelque chose de foudroyant dans la figure du Christ et dans le christianisme » ; enfin, responsable socialiste, il considère que « notre société a besoin de sacré et de rites »…

Ce livre est bourré d’enseignements sur ce qui se trame dans les âmes de nos politiques. Et c’est plutôt rassurant. La plupart de ceux qui s’y expriment ne bottent plus en touche, comme leurs aînés, pour parler de religion et de leur spiritualité propre. Ils ne les comparent plus à un « baume » pour politiciens schizophrènes. Non, atteste l’un d’eux, « la spiritualité, c’est dans la vie, par la vie, avec la vie ».

Soixante-dix ans après l’Appel du 18 juin, on se reprend à espérer que la spiritualité re-enchante la politique !

Michel Cool

Voir le livre d’Isabelle Dillmann sur www.laprocure.com